VdV 14: la synthèse

Si je compte bien, nous avons une grosse douzaine à participer au 14e Vendredi du Vin. Pour une dégustation convoquée à peine dix jours d’avance, c’est pas mal du tout, surtout avec un thème qui forçait passablement la recherche.

Le thème, je le rappelle, était Tu sors d’où, toi?, sur l’air du nouveau venu, cépage ou vigneron, qui débarque dans une appellation ou une bouteille, sans crier gare. Le résultat est assez probant: mettons que l’homogénéisation du monde du vin est loin d’être accomplie.

Les transplantés

L’angle le plus fréquent, pour ce VdV, c’est celui du cépage qui n’est pas à sa place traditionnelle – et ce n’est pas un reproche, loin de là.

Au contraire, moi qui aime tant les vins valaisans (ils vont si bien avec ma douce moitié valaisanne), j’ai été épaté de lire sur une petite arvine produite en Languedoc par une Suissesse installée à la Grange de quatre sous. Merci Iris de cette découverte qui, tu ne t’en doutais certainement pas, me touche bien personnellement. Il va falloir que je lui parle, à la dame de la Grange.

Prenez encore Stéphane, des Buveurs d’étiquettes, qui a regardé au-delà de celle-ci pour trouver que dans un vin de pays du Lot se cachait un 100% viognier, concocté par un des meilleurs producteurs de Cahors.

Le gewurztraminer, quant à lui, réussit un doublé, avec une bouteille tout à fait unique (les vignes ont depuis été arrachées!) sortie de l’Aude, et deux bouteilles venues d’Uruguay (un sec et un botrytisé), gracieuseté du Méchant Raisin. Nicolas Ritoux, de Vu Lu Su, aurait bien voulu aller en Uruguay, lui aussi, mais son quasi-cahors fait par des Italiens n’était plus disponible: le voilà donc avec un sémillon botrytisé d’Australie, qu’il qualifie de sauternes errant.

Les vignerons transplantés

Les vignes ayant les racines bien plantées, il demeure plus facile (ou en tout cas plus rapide) pour le vigneron d’aller voir ailleurs s’il y est. C’est, nous dit Vincent du Sommelier Virtuel, ce que fait Denis Debourdieu le Bordelais en vinifiant des chablis pour J. Moreau et fils, en Bourgogne, ce qui ne l’empêche apparemment pas de respecter leur typicité. La transplantation d’un vigneron sud-africain m’est apparue à moi aussi plus convaincante que celle du cépage merlot envoyé en Vénétie. Et certainement plus convaincante que celle de David et Victoria Beckham dans le vignoble de Napa, que j’ai appris par les bons soins du Méchant Raisin: du vin avec un parfum d’épices, sans doute.

Les no, les nono, les Normands!

Deux surprises à plus d’un niveau sont venues de Normandie. Du Calvados, patrie de la pomme au même titre que le Québec, Kathryne a sorti, au hasard du vin, un melon de Bourgogne qui ne manquait pas de soleil, avec ses parfums d’agrumes et de pêche blanche. Pendant ce temps, la poétique Aude des Mots dits ressort le souvenir d’un pinot noir récolté dans l’Orne, genre de madeleine de Proust, nous dit-elle. Eh ben. J’aurais pas cru voir du vin sortir de là.

Les mélanges insolites

Autre possibilité, les assemblages imprévus, étonnants, voire interrégionaux. Et on ne parle pas ici de vins du Midi venant mettre du soleil dans les bordeaux. Plutôt, à l’inverse, de pinot noir bourguignon venant mettre de la fraîcheur dans le grenache rhonassien, dégotté par Julie de Findawine – un site bien nommé, visiblement. Ou encore de cette bonne dose de chenin venue s’intégrer à du vermentino au Domaine Chabanon, que Gildas nous a proposé avec un petit retard tout à fait excusable, vu l’originalité de la trouvaille.

Étonnant aussi que le commentaire laissé par Toon, sur un Florida Blush, rosé inattendu, ça c’est clair. Un vin de Floride? Pas étonnant qu’il ait des arômes de pamplemousse…

La plus belle réponse, au total, vient peut-être d’Olif. Il a écrit en disant qu’il n’avait pas réussi à répondre au thème, mais pourtant, sa participation en vaut bien d’autres, puisque dans cette mystérieuse bouteille qu’il a mise en photo sur son blogue (sous la vidéo de Qui c’est celui-là? de Pierre Vassiliu !!!), il y a certainement, un peu comme le mouton dans la boîte du Petit Prince, le vin rêvé celui qui surprend et ravit parfaitement. À ta santé, ami Jurassien.

Et après?

Si vous avez lu jusqu’à la fin, soyez récompensé par l’annonce de la suite des Vendredis du Vin. C’est Nicolas Ritoux qui prendra le relais pour juin, sur un thème à bulles, avant que Laurent ne s’y mette en juillet avec des vins de table. Si vous avez des idées pour la suite, n’hésitez pas à me faire signe.

Et n’oubliez pas que pour participer, vous n’avez pas besoin d’avoir un blogue sur le vin, ni même un blogue tout court. Toutes les contributions sont acceptées, tant qu’elles restent dans le thème. Santé!

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6 commentairesLaisser un commentaire

  1. […] que convenu, la synthèse est publiée ici, en ce premier lundi de juin.  J’y donne même un petit aperçu des prochains vendredis. Les […]

  2. […] Tasting Note: Palladius 2005, The Sadie Family, Swartland I’ve been a little quiet, these days, and it’s not because I haven’t been thinking about wine. On the contrary, I’ve been coordinating (and hosting) the 14th edition of the Vendredis du Vin, the French-language equivalent of the Wine Blogging Wednesdays. We had a great time with this collective tasting on unusual wines, which led us to discover the likes of gewurztraminer and petite arvine from Languedoc, or a peculiar wine blended from Rhône grenache and pinot noir from Burgundy – a great kind of sacrilege. If you read French (or can make good use of online translation tools), it’s worth a visit. You can see the summary on my French blog. […]

  3. Merci pour cette synthèse.

  4. Félications pour un super résultat Rémy ! Il me faisait tellement de plaisir de voir le continuation des VdV’s.

    Je pensais de faire des commentaires sur un vin néozélandais, mais j’en ai pas trouvé à temps. J’attends les détails pour la dégustation de juin où j’aurai plus de temps (et un voyage au Canada entretemps pour trouver les vins « étrangers »).

  5. Merci beaucoup, Aude, et surtout Lisa. Je suis honoré que la fondatrice des Vendredis du Vin prenne le temps de suivre la suite des choses d’un regard bienveillant.

    Pour juin, si tu trouves un bon mousseux du Niagara, ça ira très bien!

  6. Très bon travail, longue vie aux Vendredis du Vin et Vive le Canada !


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