Vendredi du vin 26: sous le marronnier des Enfants sauvages de Fitou

Une belle assemblée de copains vignerons et cavistes, tendance nature, chez Les Enfants Sauvages de Fitou

Le mieux, dans le vin, c’est de partager les bonnes choses entre copains. C’est ce qui fait tout l’enchantement de ce que j’ai dégusté, lundi dernier, chez Carolin et Nikolaus Bantlin, les vignerons bien transplantés des Enfants Sauvages, à Fitou.

Pour tout vous dire, avant ce beau repas (suite…)

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VdV 24: sauvignon blanc et basilic, le côté simple de la sommellerie moléculaire

Entre la publication de son livre sur la sommellerie moléculaire, Papilles et Molécules, et son retour au restaurant elBulli pour fignoler le menu 2009 auquel il collabore, François Chartier a gentiment trouvé le temps d’animer un Vendredi du vin autour de cette approche scientifique des accords vins et mets. Une belle occasion de considérer sous un nouvel angle cet art complexe dont le plaisir des repas peut dépendre largement.

Même si l’idée peut sembler complexe, voire intimidante, c’est dans les choses simples que la sommellerie moléculaire prend son sens. Le principe consiste à trouver des parentés moléculaires entre un vin et un aliment, la présence dans les deux d’une molécule aromatique particulière devant créer une harmonie qui magnifie le tout. Le total devient plus que la somme des parties.

Évidemment, les molécules aromatiques présentes dans les aliments et le vin sont à peu près innombrables, leurs combinaisons complexes étant ce qui rend la gastronomie si captivante. Un repas n’est jamais pareil à l’autre, les variations des saveurs et des arômes, leur succession et leur mise en contexte changeant constamment.

Du basilic, tout court

J’y suis donc allé au plus simple, en travaillant l’accord proposé par François Chartier entre sauvignon blanc et aliments anisés: des pâtes au basilic et à l’huile d’olive. Pas même d’ail (ni de noix de pin, ni de parmesan) pour distraire l’attention. L’idée: réduire les variables au minimum.

Du côté du vin, un Fransola de la maison Torres, millésime 2002. Un sauvignon blanc exemplaire et bien typé, élevé partiellement en chêne, mais dont le caractère de pur sauvignon ressort avec le temps, au fil de son vieillissement si élégant et si durable.

En enfilant une bouchée des pâtes au basilic et une gorgée de Fransola, la démonstration était on ne peut plus claire. La combinaison des deux produisait une impression de grande fraîcheur et une ampleur aromatique accrue, par rapport à ce que chaque élément offrait seul. Un petit côté anisé, mentholé, oui, mais aussi ce « goût de froid » dont François Chartier fait aussi état dans ses écrits.

À côté des pâtes, il y avait aussi une poitrine de poulet grillée au barbecue qui avait mariné dans l’huile d’olive, le jus de lime et le basilic fraîchement haché. L’impression de fraîcheur et l’amplitude accrue des arômes s’y sentait également, mais moins franchement, la texture de la viande et les saveurs grillées ajoutant d’autres variables et rendant le rapport harmonique entre le vin et le plat moins limpide. Un sauvignon un peu plus boisé aurait-il réuni les deux axes aromatiques? Il faudra bien que je teste ça un de ces quatre…

D’ici là, pour pousser la réflexion plus loin, il semblait logique de vérifier ce qui allait se passer en jouant l’accord avec un vin, disons, moins harmonique. Pour une deuxième portion de pâtes au basilic, le lendemain, j’avais en main un chardonnay australien de la maison Innocent Bystander, à l’acidité rafraîchissante, certes, mais montrant quand même la chaleur du climat et surtout, un toasté provenant d’un élevage en barrique de chêne.

Dans Papilles et molécules, François Chartier souligne que les chardonnays de climat frais (le chablis, par exemple) comptent aussi des éléments anisés. Sur le plan aromatique, la proximité entre un chardonnay de climat frais et un sauvignon est certainement plus grande qu’avec un chardonnay de climat chaud, dont les arômes passent plus vers les fruits tropicaux. Le boisé, en prime, ajoute des éléments toastés qui jouent une part importante dans le portrait aromatique du vin.

La combinaison des deux donnait une fois de plus une belle impression de fraîcheur, mais cette fois sans la résonance harmonique qui se manifestait avec le sauvignon. Pas que c’était vilain, loin de là. Mais ce n’était pas aussi réussi. Comme avec le poulet grillé, le rapport entre les deux était moins clair. Peut-être aurait-il fallu le poulet, justement, pour arrondir le tout…

Poussant la vérification encore plus loin, j’ai tenté de façon encore plus simple de tester les rapports entre le basilic et d’autres cépages. Armé simplement de quelques feuilles de basilic, j’ai fait le test avec deux autres vins. D’abord avec un rosé 100% merlot Three Trees, du Roussillon, vinifié par l’excellent Tom Lubbe au Domaine de Majas. Résultat. Bien… pas grand chose. Un très bon rosé, équilibré, rafraîchissant, mais outre un petit côté épicé, peut-être, on ne sentait pas d’arômes s’accorder, et on ne sentait pas les aspects froid et anisé que l’on détectait si clairement avec le sauvignon.

Deuxième test, un muscat sec alsacien du Domaine Julien Meyer, le Petite Fleur 2006. Une expression nette et élégante du muscat, sans sucre, mais avec tout le parfum. Et là, il se passe tout à fait autre chose. Presque aussi beau qu’avec le sauvignon, mais très différemment. Un côté floral, pétales de fleurs, prend le dessus avec une petite touche astringente.

Mon hypothèse, suite à une petite recherche rapide (voir ici et ici, notamment) est que ce rapport harmonique tient à la forte présence dans le basilic et le muscat d’une famille de molécules aromatiques appelées terpènes, apparentées à la rose et au géranium, entre autres. Le muscat est un des cépages les plus forts en terpènes, tout comme le basilic, du côté alimentaire. Le résultat est on ne peut plus éclatant. Un point de plus pour les travaux de François Chartier.

La possibilité d’entraîner des accords entre vins et mets dans deux directions radicalement différentes et tout aussi éclatantes, suivant les principes de la sommellerie moléculaire, m’était déjà apparue lors du lancement (avec dégustation) de Papilles et molécules au restaurant L’Utopie, à Québec, fin 2008. Dans un billet précédent, j’ai déjà décrit comment un plat combinant thon et poivron se manifestait complètement différemment avec un blanc et un rouge offrant deux types distincts de pyrazines. Le ballet sauvignon-muscat-basilic me semble fonctionner de la même manière, des accents moléculaires différents portant l’accord dans des directions bien différentes.

Variables multiples

Si les versions simplifiées des accords « moléculaires » se révèlent facilement, la mise en rapport de multiples éléments dans un plat vient ajouter des variables et rendre l’exercice nettement plus complexe. Si une dizaine de composés aromatiques se font concurrence dans le verre et l’assiette, le résultat peut être tout à fait harmonieux, mais il devient nécessairement plus difficile de discerner d’où provient l’harmonie – et plus difficile de produire le genre de résonance harmonique qu’offre le rapport entre un seul cépage et un seul aliment. Pour faire une métaphore musicale, une symphonie est plus complexe à écrire qu’une mélodie pour instrument solo – ou un duo, pour rester dans le monde des accords.

Le défi posé par la transcription en mode «symphonique» des principes de la sommellerie moléculaire était pleinement illustré par le repas «à cinq mains» dégusté en marge du Salon international des vins et spiritueux de Québec, en mars dernier. En plus du chef du restaurant L’Utopie, Stéphane Modat, chez qui se déroulait le dîner, François Chartier pouvait compter sur trois autres collaborateurs. Tout d’abord, Pascal Chatonnet, ingénieur chimiste, docteur en oenologie, propriétaire des Laboratoires Excell et des châteaux libournais Haut-Saigneau, La Sergue et L’Archange, consultant de nombreux grands domaines, expert de l’utilisation des barriques et pionnier dans la lutte aux contaminants du vin comme les brettanomyces (voir page 2 de ce document). Ensuite, Thomas Perrin, du Château de Beaucastel, un des plus réputés de Châteauneuf-du-Pape, qui offre une des plus belles sélections de vins des Côtes-du-Rhône au sein de la société Perrin et Fils, et qui favorise la viticulture bio «parce que c’est comme ça que mon grand-père faisait», selon le mot de l’héritier de la famille qui y oeuvre depuis cinq générations. Finalement, l’équipe était complétée par Laurent Deconinck, chef attitré du domaine de Beaucastel, venu travailler en tandem avec Stéphane Modat.

Les vins de Pascal Chatonnet comme ceux de Thomas Perrin étaient mis à contribution, les accords proposés devant répondre aux principes de la sommellerie moléculaire, en liant les éléments moléculaires dominants de chaque vin à des aliments y répondant. Selon ce qu’explique François Chartier dans le dernier chapitre de son livre, consacré à cette expérience à grand déploiement, Pascal Chatonnet, depuis son laboratoire, avait fait un travail avancé pour mettre en valeur les molécules d’intérêt des vins, afin de guider le travail des chefs.

Au cours de cette soirée travaillée pendant deux bons mois, il faut bien dire que tous les accords étaient réussis. Rien qui soit tombé à plat ou qui n’ait pas permis au vin de trouver une résonance significative dans au moins une des composantes du plat.

Ainsi, le superlatif Beaucastel Blanc 2006, un des plus beaux vins blancs  du Rhône qu’il m’ait été donné de déguster, était parfaitement mis en valeur par un pétoncle tiédi et par la salade de fenouil à la mandarine impériale, qui travaillait notamment du côté des lactones et du HO-triénol, pour dire les choses savamment.

De même, l’excellent Vacqueyras Les Christins 2006 de Perrin et fils trouvait un écho particulièrement éclatant dans les brins d’algue nori torréfiée qui accompagnaient un plat de thon rouge. Le Côtes-du-Rhône rouge réserve 2007, servi en tandem sur le même plat, faisait éclater le parfum de genièvre qui avait servi à frotter le thon.

Côté bordelais, les Château La Sergue 2006 (Lalande-de-Pomerol) et L’Archange 2001 (Saint-Émilion), vibraient avec une énergie particulière en rencontrant les éléments fumés de plats complexes – un boeuf fumé à froid dans le premier cas, un magret de canard aux arômes de fumée de thé oolong dans le second. Des éléments de fruits noirs et d’épices ressortaient également de part et d’autre dans ces accords.

Sur le magnifique et expansif Beaucastel rouge 2005, c’est une poudre de cèdre séché qui produisait un effet positivement explosif sur le vin. Un rapport similaire, côté résineux, à celui du genièvre et du Côtes-du-Rhône.

À la longue, pendant ce repas en huit services, il devenait toutefois difficile de discerner les nuances très nombreuses des plats, qui pouvaient comprendre jusqu’à huit composantes, toutes porteuses d’une signature aromatique propre. Et si le tout était toujours agréable, la démonstration devenait plus difficile à saisir et l’impact de chaque composante était parfois dilué dans l’effet général.

En fin de repas, le bavarois de mascarpone sucré au miel d’orange faisait merveille avec le muscat des Beaumes-de-Venise 2006, un vin croquant, tout sur le fruit, que Thomas Perrin présentait avec un plaisir évident, au terme de la soirée. Le miel (HO-triénol) rejoignait une composante essentielle du muscat. Toutefois, les arômes de géranium, de lavande et de citronnelle, puis de menthe et d’eucalyptus qui venaient aromatiser en trois temps le dessert se perdaient finalement dans le total. Dans cette très belle forêt, on ne pouvait pas voir tous les arbres.

La théorie et la pratique

En cherchant à expliquer à l’échelle moléculaire des accords vins-mets particulièrement porteurs, François Chartier vient d’ouvrir une piste – que dis-je, une autoroute à huit voies – vers une meilleure compréhension des rapports aromatiques entre vins et mets.

L’approche est clairement fondée sur des principes biochimiques valables, expliqués sous plusieurs angles dans la littérature scientifique, tant du côté du vin que des aliments. Le pas en avant de Chartier, c’est le fait de réunir les deux points de vue.

Il est intéressant de noter que c’est d’un praticien, de son instinct et de son expérience empirique qu’est née cette théorie de la sommellerie moléculaire. Avouant lui-même avoir fait sa «chimie 101» au fil de la démarche, appuyée par des docteurs en biologie moléculaire et en oenologie, Chartier vient asseoir un savoir-faire de longue date, dans les cuisines et les salles à manger du monde, sur des bases plus précises. Des bases qui permettent aussi d’ouvrir la porte à des accords plus inattendus – comme ce romarin méditerranéen qui se marie naturellement au riesling, ou encore le fino, le plus sec des vins de xérès, qui se marie pourtant si bien à la très sucrée figue séchée.

Voilà déjà beaucoup de boulot abattu en quelques courtes années par le plus connu des sommeliers québécois. Et pourtant, ce n’est qu’un début, comme il l’avoue lui-même en expliquant que Papilles et molécules n’est que le premier tome d’une série.

En offrant de premières explications, la démarche ouvre la porte à de nombreuses questions. Comment peut-on le mieux appliquer ses principes en cuisine, chez soi comme au restaurant? Si l’harmonie se manifeste entre molécules similaires, pourrait-on voir apparaître des contrepoints tout aussi éclatants, à cause de molécules différentes mais compatibles? Comment intégrer les textures, les cuissons, les températures de service à la réflexion? Quelles sont les molécules actives du pinot noir, du nebbiolo ou du tannat? Si l’âge modifie la composition moléculaire des vins, comment affecte-t-elle l’approche d’harmonie moléculaire des vins et des mets?

C’est le signe d’un défrichage prometteur, que de voir autant de questions surgir pour la suite des choses. Si Papilles et molécules lance la discussion de façon exubérante, avec quantité d’exemples, la systématisation de la démarche reste véritablement à faire. À certains moments, la présentation de multiples molécules et aliments complémentaires devient un brin étourdissante, dans ce premier ouvrage. Mais comment ne pas être étourdi, au moins un peu, devant des découvertes aussi enthousiasmantes?

Le premier à mettre le pied dans un nouveau territoire est rarement celui qui en dresse la cartographie complète. Mais c’est bel et bien celui qui ouvre la voie et pointe la direction à suivre. J’ai bien hâte de poursuivre le voyage.

VdV 23: les vins de printemps rassemblés

Un rosé ne fait peut-être pas le printemps, mais un bouquet de rosés et de vins rafraîssants, ça fait certainement le Vendredi du vin sous le thème du printemps. Les notes de tout un chacun donnent certainement envie de s’asseoir sur la terrasse avec ce qu’il faut pour grignoter, du soleil et du pinard facile (à boire, ce qui ne veut pas toujours dire facile à faire) et gouleyant.

Pour souligner que les VdV sont accessibles à tous, blogueurs ou pas, allons -y d’abord pour les deux amis qui nous ont laissé leurs notes sous forme de commentaires, soit Stéphane Quéralt, avec un rosé du Domaine Clavel très gourmand et à l’alcool raisonnable, et Toon, avec le Clairet du Château Haut-Colombier, « viril mais correct ». Avis à tous: ne vous gênez pas pour suivre leur exemple. Les VdV, c’est pour tout le monde.

Côté blogues, outre mon rosé expérimental californien, un carton de six avec des extras.

Tout d’abord, l’excellent Olif avait vraiment envie de célébrer, lui qui a ouvert un champagne rosé de René Geoffroy. Un rosé de saignée qui fait dans la dentelle et le taffetas, nous dit-il.

Iris, autre habituée des VdV, ne s’est pas laissée décourager par le bris de deux bouteilles, pour nous livrer ses impressions enthousiastes sur le Moulin à Vent 2007 du Domaine des Côtes de la Molière, une gourmandise qui me donne l’eau à la bouche – et je suis convaincu que c’est plus contagieux que la grippe A H1N1.

Julien Marchand, lui, avait le printemps un peu frisquet, le jour de sa dégustation, alors il est allé se réchauffer sous le soleil du Priorat avec un rouge consistant, le Los 800 2004. La terrasse et le rosé, ça sera un peu plus tard.

En regardant les martinets passer, Olivier le Showviniste, lui, a fait dans le rosé espagnol et le rosé français, ce dernier conçu par un tandem australo-britannique. Il promet même de reparler du Verjus produit par ces derniers – très bon pour la volaille, je vous le dis.

Anne, des Dindonsvins, a fait glouglou avec un vin Tombé du ciel, un 100% carignan produit en macération carbonique. Un autre vin qui redonne ses lettres de noblesse à ce cépage parfois sous-estimé.

De quoi étancher sa soif jusqu’à l’été. Et pour savoir quel plat marier à vos vins de printemps et d’été, n’oubliez pas de suivre le Vendredi du Vin du mois de mai, qui sera consacré à la sommellerie moléculaire, une approche raisonnée des combinaisons vins-mets basée sur la présence, dans le vin et le plat, des mêmes molécules aromatiques. Le sommelier François Chartier, qui prépare pour le 20 mai un livre à ce sujet, intitulé Papilles et molécules, guidera la dite dégustation.

Pour en savoir plus sur la sommellerie moléculaire, vous pouvez écouter ce reportage de l’émission Découverte, diffusée dimanche dernier à Radio-Canada. Vous verrez, c’est pas sorcier.

Vendredi du vin 23: La fraîcheur printanière, version Scholium Project

En pensant à quel vin ferait le printemps pour moi, à l’occasion de ce 23e Vendredi du vin, j’ai bien essayé d’élargir le champ de mes réflexions. Du gamay, peut-être? Un muscadet? Un cabernet franc gouleyant?

J’y ai pensé, oui, mais je suis revenu sans vraiment hésiter au rosé. Il m’arrive bien de boire du rosé l’automne ou l’hiver – quand c’est bon, c’est bon tout le temps – mais au bout du compte, aucun autre vin ne représente autant le retour du beau temps et de la chaleur qu’un rosé savoureux et rafraîchissant. Dans ma rue, c’est le vin des apéros spontanés entre voisins, au moment où la chaleur de fin de journée pousse les enfants à jouer dehors jusqu’au souper, et que les parents se retrouvent du même coup comme ils ne parviennent jamais à le faire aussi bien l’hiver.

Évidemment, les rosés sont souvent considérés comme n’étant bons que pour rafraîchir par temps chaud. Comme s’ils n’avaient pas d’autre valeur intrinsèque, d’autre qualité véritable. Ce qui explique possiblement pourquoi les autorités européennes se sont dit qu’il ne serait pas grave de faire fi des traditions et de permettre la production de rosés de coupage (c’est-à-dire des mélanges de vin blanc et de vin rouge), par opposition aux méthodes traditionnelles de saignée ou de pressurage. Le but? Permettre de faire des volumes et de vendre le vin à la Chine, par exemple. Pour le virage qualité, on repassera.

La France, après avoir autorisé le projet de règlement européen, a changé son point de vue devant les réactions outrées des associations de vignerons. L’Italie aussi semble emboîter le pas. Le vote sur la question a été reporté d’avril à juin, mais la question est loin d’être réglée. 

Bref, on a encore le printemps au complet pour profiter du bon rosé, sans avoir peur qu’il soit trafiqué en toute légalité. 

Je me suis donc sorti un excellent rosé de saignée ramené d’un voyage en Californie, l’automne dernier. Le résultat d’une des nombreuses expériences tentées chez Scholium Project par Abe Schoener, ex-professeur de philosophie antique devenu un des plus audacieux vignerons de Californie. De micro-cuvée en micro-cuvée (aussi peu que 36 caisses, parfois), il produit des vins déroutants mais toujours bien définis, précis et jamais ennuyeux. Le but, c’est d’essayer. Quand ça rate, les barriques ratées sont éliminées, tout simplement. Un labo, autant qu’un producteur de vins.

Entre les Sylphs, un chardonnay élevé sous voile, comme un xérès ou un vin jaune du Jura, ou le Prince in his caves, un sauvignon fermenté sur ses peaux comme un rouge, et toutes sortes d’autres vins conçus selon les humeurs oenologiques et la nature des raisins et du millésime, Abe avait une cuve pleine de cinsault qui lui semblait manquer un peu de coffre et de concentration. Dans l’espoir de concentrer son rouge, il avait saigné sa cuve, produisant un rosé très frais… et un cinsault toujours très frais, équilibré et lumineux. Le vin sait ce qu’il veut, l’oenologue le suit.

Le rouge, je l’ai goûté en cuve où il était encore en élevage pour plusieurs mois. Le rosé, j’en ai ramené une bouteille à la maison, généreusement offerte par l’auteur.

img_38321Avec l’arrivée du printemps et du 23e VdV, le rosé de Scholium m’a fait un clin d’oeil et je l’ai sorti de son refuge sans plus attendre. Avec beaucoup de bonheur. D’un rose très clair, presque comme un vin gris, le vin dégageait des arômes très frais d’orange sanguine, de fraise fraîche et de raisin frais, le tout rehaussé d’un petit quelque chose de jurassien au nez, une délicate touche oxydative, comme dans un savagnin ouillé de Fanfan Ganevat. En bouche, le vin avait de la fraîcheur, de la pureté, mais aussi de l’intensité et de la longueur en bouche. Bref, il y a du vin, là-dedans. Plein de plaisir, du soleil en bouteille et pourtant, du sérieux aussi. J’y penserai tout l’été, je crois bien.

Vendredi du vin 21: Voyages en Grèce et en Hongrie

 

L’invitation au voyage de l’ami Julien Marchand, pour le 21e Vendredi du vin, était irrésistible: sorir des sentiers battus (c’est-à-dire des 10 premiers producteurs mondiaux de vin) à la recherche de saveurs peut-être un brin moins connues et de cépages moins internationaux.

C’est du moins comme ça que j’ai choisi de l’interpréter. Car le Canada ne faisant pas partie des 10 premiers producteurs mondiaux, j’aurais pu opter pour un vin canadien et ne pas aller voir beaucoup plus loin.

Prenez ce cabernet sauvignon 2006 Black Sage Vineyard de Sumac Ridge, un des plus vieux vignobles en activité dans l’Okanagan. Une belle bouteille, intense, concentrée, avec des arômes de fruits noirs et de café – de liqueur de café, même – un bon équilibre en bouche, sur un taux d’alcool de 13,5%. Voilà qui n’aurait pas démérité, pour ce VdV.

Mais bon, je voulais aller voir plus loin. Et dans le secteur « Autres pays » de ma succursale du coin de la SAQ, je suis tombé sur (suite…)

Vendredi du vin 19: En état de nature à San Francisco

Croyez-le où non, un des terroirs les plus naturels et les plus inspirants de Californie se trouve non pas à Rutherford, Howell Mountain ou Dry Creek, mais bien à l’angle de Folsom et de la 7e rue, en plein coeur de San Francisco.

C’est en effet sur ce coin de bitume très, très urbain que s’est installé le bar et marchand de vins Terroir, ce rendez-vous véritablement exceptionnel des vins naturels. Un gros merci à Doug Cook, créateur de l’excellent moteur de recherche oenologique Ablegrape (essayez-le, vous l’adopterez), de m’avoir fait découvrir cet espace que bien des amateurs québécois rêveraient d’avoir dans leur voisinage. Imaginez: une boutique de vins du terroir, à la sélection solide et intelligente, qui se transforme (suite…)

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