Du riesling pour l’été – un peu de vidéo avec Cellier

J’ai eu bien du plaisir, récemment, à enregistrer une petite capsule vidéo en compagnie de Frédéric Fortin, animateur du blogue Cellier  (extension web du magazine auquel j’ai le plaisir de collaborer) et des réseaux sociaux afférents, pour le compte de la SAQ. Frédéric m’avait demandé si on pouvait faire une petite dégustation appropriée au temps estival.

Après une brève discussion, nous avons opté pour le riesling, un vin auquel on pense peut-être plus pour des plats d’hiver comme la choucroute, la fondue, voire le rieslingbraten que pour le bord de piscine sous le soleil. Et pourtant, le riesling, avec son acidité franche et ses notes d’agrumes portant souvent sur la lime et le citron, est tout ce qu’il y a de plus rafraîchissant pour les temps chauds. Même que, depuis 2008, on célèbre à New York et ailleurs le Summer of Riesling, créé en 2008 par le bar à vin new-yorkais Terroir, qui n’avait mis que des rieslings à sa carte pour « forcer » sa clientèle à découvrir ce grand cépage.

Honnêtement, pas besoin de se forcer. En choisissant des rieslings secs (désigné par les termes, dry, trocken ou kabinett, par opposition à off-dry, semi-dry, spätlese, demi-sec ou auslese), le plaisir est assez immédiat, merci. En prime, (suite…)

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Published in: on 21 juillet , 2011 at 1:53  Laisser un commentaire  
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Tastecamp, prise 2: en route vers les Finger Lakes

Ce weekend, le côté social des médias sociaux prendra un élan particulier, côté vin, alors qu’une trentaine de blogueurs Américains, Canadiens et Québécois se réuniront au nord-ouest de l’État de New York pour le deuxième Tastecamp East, un rendez-vous viticole éminemment sympathique – et professionnel – autour d’une région viticole.

L’année dernière, l’événement fondé par Lenn Thompson, du New York Cork Report, avait permis une tournée des vignobles de Long Island (dont plusieurs sont vraiment de classe mondiale).  Cette année, le groupe aura l’occasion de déguster quelque 150 vins de plus de 35 domaines (beaucoup de riesling, du cabernet franc, du pinot noir et quelques hybrides), tous venus des vignobles des Finger Lakes, région située autour de quelques lacs de forme allongée (comme des doigts, tiens), située au sud du lac Ontario.

La région est déjà modestement représentée sur les rayons des succursales de la SAQ, avec deux vins de très bonne tenue: le riesling 2007 du Dr Konstantin Frank, un des domaines vétérans de la région, et le riesling 2006 de la maison Lamoreaux Landing. Ce dernier offre un bel équilibre entre ses notes citronnées, son épice (gingembre) et ses notes minérales, voire légèrement pétrolées. De quoi m’encourager à aller voir de quel raisin on se chauffe par là.

Pour en savoir plus sur ce qui se trame à ce Camp du Goût – où se trouvera aussi un autre blogueur de Québec, Julien Marchand – vous pouvez suivre le marqueur (hashtag) #tastecamp sur Twitter, qui vous donnera les réactions sur le vif des participants. J’essaierai aussi de bloguer pendant le weekend, malgré un horaire bien chargé, merci. Pas tout à fait une colonie de vacances, le Tastecamp: plutôt une manière de joindre l’utile à beaucoup d’agréable.

Vendredi du vin 25: pêches, kérosène, fromage et dessert

La bouteille de Wehlener Sonnenuhr jouant au cadran solaire qui lui donne son nom (Sonnenuhr) sur ma table de jardin.

Pour moi, toutes les raisons sont bonnes pour replonger le nez dans un riesling allemand de qualité. Ce mélange unique d’acidité et de sucre résiduel, ces arômes exubérants sur une structure subtile mais bien solide, tout ça vaut amplement le détour.

Je remercie donc d’autant plus Iris Rutz-Rudel, du Domaine Lisson, d’avoir eu l’initiative de relancer les Vendredis du vin, tombés en dormance depuis l’année dernière, alors que l’enthousiasme et la participation s’étaient un peu étiolés. Et bravo aussi d’avoir offert la présidence de ce 25e VdV à Mathieu Turbide, le Méchant Raisin lui-même, qui a visé à un endroit que personne n’attend vraiment: les vins demi-secs, merveilleux monde interlope (ou en tout cas, intersucre) qui recèle d’innombrables trésors qu’on fouille trop peu, de nos jours. Le changement de garde semble avoir réveillé des blogueurs qui dormaient, comme en témoigne la page Facebook des VdV, où plusieurs blogueurs jusqu’alors inconnus de l’événement ont contribué à la dégustation collective.

Petite parenthèse, (suite…)

Dégustation: Riesling 2007, Vignoble des Côtes d’Ardoise

Il fallait de la volonté, de l’imagination et probablement un brin de témérité pour planter des vignes au Québec, au tournant des années 80. C’est donc avec une admiration et un respect certains qu’il faut saluer le travail effectué au Vignoble des Côtes d’Ardoise depuis 1980, quand Christian Barthomeuf et Jacques Brault ont planté les premiers ceps à cet endroit. Un travail qui se poursuit depuis 1984 sous la houlette de Jacques Papillon, devenu seul propriétaire du domaine à ce moment.

Ce premier des vignobles québécois modernes, lancé avant même (suite…)

La pastille entre les dents: quand la SAQ essaie de définir vos goûts

Peut-on définir un vin par une simple pastille et deux qualificatifs? La Société des alcools parie que oui.

Pour être plus juste, disons plutôt que le monopole québécois des vins et spiritueux cherche, avec son nouveau système de « Pastilles de goût », à offrir aux consommateurs un guide simple et facile pour trouver un vin à leur goût et à mieux identifier les mets à marier à la bouteille. Huit pastilles, au total: quatre pour les blancs, quatre pour les rouges, passant du plus léger au plus corsé.

Devant le côté parfois intimidant du monde des vins, l’intention est excellente, louable, potentiellement intéressante. Après tout, si un passionné de vin entre à la SAQ à la recherche d’un pinot noir, voire même d’un mercurey, voire encore d’une cuvée particulière de cette appellation, la plupart des consommateurs se cherchent un rouge qui ira bien avec les pâtes du soir, ou un blanc pour les truites que le beau-frère a pêché et gentiment partagé. Cépage? Appellation? Pas sûr qu’il ou elle ait toujours des idées très précises à ce sujet. Une échelle de goûts à quatre « barreaux », c’est potentiellement un bon guide, pour commencer – ou pour accroître le plaisir du buveur débutant (ou distrait).

Mis à l’essai depuis plusieurs mois dans quelques nouvelles succursales de la Société, le concept a été intégré aux recherches sur SAQ.com au début de l’été. Depuis le weekend dernier, il a été lancé en grande pompe dans tout le réseau. La circulaire SAQ du mois est tout entière consacrée à ce nouveau concept, mettant l’accent sur une sélection de vins de chaque catégorie, et offrant même des coffrets dégustation pour tester, à l’aide de quatre petites bouteilles, la nature de chaque pastille. Ajoutons à ça un questionnaire en ligne pour trouver « votre » pastille, ainsi que des dégustations en succursale, et on voit vite que le monopole met le paquet pour positionner son concept.

(En passant, j’ai fait le questionnaire, pour les rouges, et le site m’a répondu « Vous êtes fruité et généreux ». Je prends le compliment, pour la générosité, mais je dois dire que je ne me suis jamais considéré comme fruité. Faudrait que je demande à ma blonde… Entéka.)

La bonne pastille pour le bon vin

Évidemment, si on veut que le système fonctionne, il faut que les vins désignés par une pastille correspondent vraiment au profil annoncé. Or, après avoir exploré un peu le répertoire offert, pas sûr que l’alignement est tout à fait bien réglé.

En regardant la circulaire de la SAQ claironnant l’arrivée généralisée des pastilles dans les succursales, je m’étais retrouvé assez sceptique devant le classement réservé au riesling McWilliams Hanwood Estate 2008, un des vins vedette de l’opération. La pastille? Fruité et doux.

Fruité et doux? Un riesling australien?

Dans la liste des vins classés Fruité et Doux (la pastille bleu oeuf de pigeon),  on retrouve des rieslings allemands, du chardonnay en cannette australien Billy Rock (qui est tellement fruité et doux qu’il en est même sucré), du pinot grigio californien, voire même du vin de glace L’Orpailleur. Pour tous ces vins, aucun mal à croire que le terme s’applique.

Mais un riesling australien, normalement, ça vous accueille avec une acidité saisissante, de la minéralité, des agrumes. Parfumé, oui. Fruité? Pas tellement. Doux? Pas pantoute.

Le McWilliams aurait-il été atypique? J’en ai acheté une bouteille, pour en avoir le coeur net. Et vous savez quoi, l’acidité aurait de quoi vous décaper les dents. Les parfums sont sur le zeste de lime et de citron, le fruit de la passion, la trame est serrée et minérale. Moi, j’adore ça. J’ai bu ça à grand soif, avec une tarte au fromage et à la courgette, l’acidité et le côté vif venant bien couper le gras des oeufs et du fromage.

Mes notes de dégustation rejoignent d’ailleurs celles de Julien Marchand et celles du Méchant Raisin sur le millésime 2006. Et celles de la maison McWilliams. Même celles de la SAQ mettent l’accent sur les agrumes, la minéralité et la nervosité. Il y a peut-être du sucre résiduel, mais si c’est le cas, on ne le sent pas du tout.

J’insiste, ce n’est pas un vin doux et le consommateur néophyte qui se fierait à la pastille pourrait être très surpris et potentiellement, voir ses attentes déçues.

Bref, on l’enverrait plus facilement vers la pastille jaune, celle des vins fruités et vifs, avec le riesling de Hugel, toujours bien sec et vif, et avec la plupart des chablis qui sont classés là. Si on avait besoin d’y faire de la place, on pourrait toujours échanger le Gros Manseng/Sauvignon blanc gascon d’Alain Brumont ou le San Vincenzo d’Anselmi, deux vins que je connais bien et qui m’apparaissent beaucoup plus proches du fruité et doux que le McWilliams.

Si le classement des rouges me semble généralement plus approprié, il y a là aussi des exceptions. Les Cahors et les primitivo iraient vraiment dans l’aromatique et souple plutôt que dans le fruité et généreux? Et ne pourrait-on pas dire l’inverse pour le Teroldego Mezzacorona ou le Proprietor’s Red de Jackson-Triggs (un vin qui n’est d’ailleurs pas vraiment de l’Ontario, mais fait à majorité de vins achetés en vrac à l’étranger et coupés d’eau, soit dit en passant)?

Bref, le système a clairement ses limites.

Loin de moi l’idée de le condamner intégralement. Je le répète, l’idée est bonne, pour un public non averti. Si ça permet à un plus grand nombre de gens de s’initier agréablement aux plaisirs du vin, je suis pour. Et je souhaite sincèrement que ce soit le cas.

Toutefois, pour que le système fonctionne, les choix doivent être véritablement fidèles à ce que la pastille promet. D’autant plus que les catégories ne sont peut-être pas tout à fait évidentes, au départ. Le registre allant de léger à corsé, par exemple, est décrit essentiellement, dans les explications audio-visuelles données par un conseiller virtuel, lors du questionnaire en ligne, comme étant un passage du moins au plus asséchant. Je comprends qu’on veut parler du caractère tannique des vins, mais un vin très corsé et puissant, s’il est bien fait, ne devrait rien avoir d’asséchant. Pas sûr que cette description est nécessairement une bonne pub pour les vins « aromatiques et charnus ».

Le consommateur, s’il peut se fier globalement aux catégories offertes, ne doit pas y aller totalement à l’aveuglette. À chacun de bien goûter les vins achetés à partir d’une catégorie, pour voir s’il correspond bien à ses goûts et à la description. Le vin est-il fruité et léger, par exemple? Peut-être bien, mais ses arômes, sa concentration, sa texture, ses tannins – bref, sa personnalité – devraient le différencier d’autres vins de la même catégorie. Et c’est en notant et en appréciant ces différences que l’on peut partir sur le chemin de la découverte pour laisser derrière soi les pastilles, au profit d’une appréciation plus personnelle et plus raffinée.

Allez, je vous laisse. J’ai justement envie d’un vin généreux, aromatique, souple et charnu…

Riesling Jubilée 2005, Hugel: une note de dégustation et un hommage

La nouvelle a couru très vite, quelques heures à peine après son décès. Jean Hugel, patriarche de cette célèbre famille d’Alsace, plus connu comme Jeanny ou Johnny, est mort parmi les siens mardi soir, à l’âge vénérable de 84 ans. Un décès qui a été accueilli par une multitude de salutations senties et d’hommages, rendus par de nombreuses autorités et grandes figures du monde du vin.

Jancis Robinson y était presque la première, se remémorant ses rencontres avec le fier défenseur du vin alsacien et livrant le témoignage d’Étienne Hugel sur les derniers moments de son oncle. Sur le blogue de la maison Hugel, tenu justement par Étienne, les témoignages s’ajoutent d’heure en heure, avec des noms comme Christian Pol-Roger, Nicolas Jaboulet, Marc Perrin (Beaucastel), le chroniqueur Michel Bettane ou Pierre-Henry Gagey (président de l’Interprofessionnelle de Bourgogne). Le monde du vin salue une de ses grandes figures.

Le mot n’est pas galvaudé. Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, Jeanny Hugel a travaillé avec énergie à la reconnaissance des vins d’Alsace, notamment pour assurer une reconnaissance légale stricte aux vins de vendange tardive et de sélection de grains nobles. Il avait aussi oeuvré à la reconnaissance des meilleurs terroirs alsaciens, avant de claquer la porte devant un processus qu’il jugeait trop empreint de compromis. Pas question pour lui d’appuyer un concept dilué.

Et c’est ainsi que le Riesling Jubilée, la cuvée haut de gamme de la maison, provient du coeur du grand cru Schoenenbourg, même si on ne le dit pas, par principe, sur l’étiquette. On est, quoi qu’il en soit, dans un excellent terroir, sur une excellente année avec le millésime 2005.

Voilà un vin net, droit et fier, qui montre déjà tout son potentiel et son caractère, même s’il est clair, en le goûtant, qu’il sera bon pendant des décennies. La robe va dans le même sens, avec ses reflets verdâtres qui expriment la jeunesse du vin.

Le nez, compact, livre tout de même toute la complexité du vin: un peu de fruit à chair blanche, des notes florales, du conifère et des fines herbes, aligné sur une trame minérale qui annonce subtilement les aspects pétrolés que le riesling prend avec l’âge. 

L’attaque est claire, marquée par l’acidité franche d’un riesling bien mené et par des notes minérales affirmées. Le fruit mûr se révèle derrière ces premières impressions, avec du citron, de l’abricot frais et un peu de pomme cuite. Les saveurs sont intenses, la bouche ample, l’amertume finale s’intégrant parfaitement à un ensemble, ma foi, tout à fait impeccable.

En prime, sur une note bien personnelle, le nez évoque pour moi mes premières impressions spécifiques de vin, senties chez mes grand-parents lors d’une fête de famille. La minéralité du riesling et moi, ça fait longtemps qu’on se fait de l’oeil…

Alors voilà. En terminant ce billet, tout absorbé par la beauté de cette cuvée – qui ferait bien l’affaire avec du homard, mais qui était parfaite avec ma petite tartine de rillettes de canard de chez Julien Dupont, sympathique éleveur de Tewkesbury, au nord de Québec – je lève mon verre à la santé de M. Hugel, dont les vins continuent, depuis une bonne vingtaine d’années, d’être un rendez-vous régulier pour moi. Jamais été déçu. Et si le passé et garant de l’avenir, je serai encore au rendez-vous pour des années à venir. Ne serait-ce que pour goûter, à maturité, cet excellent Jubilée.

Published in: on 11 juin , 2009 at 6:15  Comments (1)  
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