Vendredi du vin 25: pêches, kérosène, fromage et dessert

La bouteille de Wehlener Sonnenuhr jouant au cadran solaire qui lui donne son nom (Sonnenuhr) sur ma table de jardin.

Pour moi, toutes les raisons sont bonnes pour replonger le nez dans un riesling allemand de qualité. Ce mélange unique d’acidité et de sucre résiduel, ces arômes exubérants sur une structure subtile mais bien solide, tout ça vaut amplement le détour.

Je remercie donc d’autant plus Iris Rutz-Rudel, du Domaine Lisson, d’avoir eu l’initiative de relancer les Vendredis du vin, tombés en dormance depuis l’année dernière, alors que l’enthousiasme et la participation s’étaient un peu étiolés. Et bravo aussi d’avoir offert la présidence de ce 25e VdV à Mathieu Turbide, le Méchant Raisin lui-même, qui a visé à un endroit que personne n’attend vraiment: les vins demi-secs, merveilleux monde interlope (ou en tout cas, intersucre) qui recèle d’innombrables trésors qu’on fouille trop peu, de nos jours. Le changement de garde semble avoir réveillé des blogueurs qui dormaient, comme en témoigne la page Facebook des VdV, où plusieurs blogueurs jusqu’alors inconnus de l’événement ont contribué à la dégustation collective.

Petite parenthèse, (suite…)

Note de dégustation: Cryomalus 2007, cidre de glace, Antolino Brongo

Il y a beaucoup de belles choses à dire sur la complexité – et je ne parle pas, ici, du nom assez complexe du Cryomalus (des racines grecques cryo=froid et malus=pomme), ce cidre de glace produit par le domaine Antolino Brongo, situé à Saint-Joseph du Lac, au nord-ouest de Montréal. Ni de la référence un peu alambiquée, sur la contre-étiquette, au mythe romain de Vertumne et Pomone (et non Vertumnus et Pomona, en français), des dieux qui ne sont pas vraiment les parents de Cryomalus.

Je parle plutôt de la composition de ce nectar doré, qui compte sur cinq variétés de pommes: McIntosh (54%), Cortland (20%), Lobo (12%), Spartan (12%) et Empire (2%). La douceur de la McIntosh, la substance de la Cortland, l’acidité de la Lobo et de la Spartan, tout ça aide à donner un supplément de complexité aux arômes et aux saveurs. C’est ainsi qu’on est dans la pomme poêlée, l’abricot frais, le caramel, un peu la compote de pommes, le tout sur une texture assez fine, pas trop riche (c’est un compliment), avec l’acidité qui soutient bien un taux de sucre raisonnable.

Cet équilibre en fait un bon accord pour les fromages et les plats de porc simples (je verrais bien ça avec une petite côtelette grillée, avec des pommes de terre rissolées et des carottes glacées, par exemple), mais aussi un liquide tout à fait agréable à déguster seul, tel qu’en lui-même, en fin de soirée. Et comme tous les breuvages « de glace », il a l’avantage de se conserver aisément plusieurs jours au frigo, une fois ouvert.

Élégamment habillé de noir, le Cryomalus est un peu le chouchou des chroniqueurs, cette année (voir le billet du Méchant Raisin, par exemple). Tant mieux pour les partenaires de ce tout nouveau domaine, Daniel et Patricio Brongo et Francisco Antolino, qui ont également eu la bonne idée de s’associer à l’agence Rézin, une des plus intéressantes et des plus dynamiques au Québec.

Le Cryomalus est certainement une des belles nouveautés dans le monde en croissance du cidre de glace et rejoint les excellents produits de chez Pinnacle (qui vient de s’allier à un très gros joueur, Vincor, pour assurer sa distribution), La Face cachée de la pomme, Michel Jodoin ou la Cidrerie Saint-Nicolas. Est-il au sommet de la liste? Peut-être pas. Mais ils ne font que commencer.

Des sommets panaméricains pour la sommellerie québécoise

C’est en attrapant au vol un « twit » du Méchant Raisin que j’ai appris avec plaisir que le concours du Meilleur sommelier des Amériques, organisé par l’Association de la sommellerie internationale, a été remporté par une Québécoise, Élyse Lambert, du restaurant Le Local, et que, mieux encore, l’autre candidate québécoise, Véronique Rivest, a pris la deuxième place, devant tous les candidats des sept autres pays représentés.

Un bel honneur pour les deux candidates, qui n’en étaient pas à leurs premiers succès dans des concours du genre. Élyse Lambert a remporté le titre de meilleure sommelière du Québec en 2004 et la 3e position du Concours du meilleur sommelier du Canada en 2006, tandis que Véronique Rivest a remporté les titres québécois et canadien en 2006, avant de remporter le concours Femmes du vin en 2007.

En plus de donner la nouvelle, le Méchant Raisin a livré deux textes (le premier, le deuxième) de Guénaël Revel, qui était juré au concours, et qui rendent compte de l’atmosphère de l’événement.

Ce n’est évidemment pas la première fois que des sommeliers québécois se distinguent à l’étranger, les succès de François Chartier, dans les années 90, ayant posé les premiers jalons importants de ce côté.

Qui sera le prochain? Pourquoi pas Bertrand Eichel, du restaurant montréalais le 357C,  qui a remporté le titre de meilleur sommelier du Québec 2009, la semaine dernière, devant Kler-Yann Bouteiller du restaurant l’Utopie à Québec (par ailleurs nommé premier nez du Québec), et Jean-Louis Doucet et Sylvain Labrie, tous deux de l’Auberge Quilliams à Lac Brome. Tous des gens qui ont du métier, du sérieux et… du flair.

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