Dégustation: Ste-Croix 2006, Domaine de la Roche des Brises

Le cépage Ste-Croix a le privilège d’être le plus planté au Québec, ce qui le rend presque omniprésent dans les vins rouges d’assemblage et donne aussi lieu à quelques vins monocépages qui ont de la couleur et de la substance. (On peut en trouver une liste complète à partir de cette page du site de l’AVQ).

Dans les 100% Ste-Croix, le Domaine de l’île Ronde s’est fait une spécialité de son très bon Saint-Sulpice, tandis que le Domaine Royarnois et le Domaine Clos Sainte-Croix de Dunham produisent aussi des cuvées entièrement dédiées à ce raisin. À La Roche des Brises, à Saint-Joseph-du-Lac, on en fait un vin sec, mais aussi un vin de glace rouge.

S’il offre de la profondeur et de la substance, le Ste-Croix est à manipuler avec un certain soin. Au fil des ans, j’ai goûté plusieurs cuvées marquées par une amertume un peu forte. Extraction excessive? Manque de maturité phénolique? Défaut potentiel de ce cépage rustique? Je n’ai pas poussé l’analyse assez loin pour répondre à cette question, mais le risque guette visiblement le vinificateur au moment de changer le raisin en vin.

Le Ste-Croix 2006 m’a inquiété à ce propos, quand je l’ai ouvert. Au travers de notes fumées, torréfiées, l’amertume se présentait de façon assez prononcée. Et si l’acidité réussissait un tant soit peu à relever le tout, l’ensemble n’était pas tout à fait harmonieux.

Or, sur la contre-étiquette, le producteur recommande très sagement un passage en carafe. Avec raison, puisque le lendemain midi, le vin s’était ouvert, des notes de cassis étaient remontées à l’avant-plan, avec un petit côté tomaté, et l’amertume s’était quelque peu calmée. Ce qui donnait alors un vin encore assez dense et concentré, passablement marqué par son passage en chêne, mais nettement plus intégré et que j’aurais bien dégusté avec des grillades. Pour être un brin moléculaire, les éléments fumés et torréfiés semblaient prometteurs avec le grillé d’une viande au barbecue.

Au total, le vin est resté bien agréable à boire sur deux jours, ce qui m’encouragerait à en mettre une bouteille à la cave, pour voir son évolution sur deux ou trois ans. C’est ce que j’avais fait avec le Saint-Sulpice, avec des résultats plutôt convaincants.

Pour moins de 15$, un vin assez réussi, au total. Dont j’ai hâte de voir le millésime 2007, une véritable réussite dans les vignobles québécois.

Dégustation: Le crin blanc 2007, Clos du Roc Noir, Québec

Lors d’un récent passage à Montréal, j’ai profité d’un passage au Marché Jean-Talon pour faire un détour au Marché des saveurs, un des trop rares endroits au Québec où l’on peut trouver une sélection vraiment substantielle de vins, cidres et autres alcools du terroir québécois. Et j’en ai profité pour prendre quelques bouteilles de domaines que je n’avais pas goûté (ou presque pas), comme le Vignoble Carone, La roche des brises ou encore le Clos du Roc Noir.

Si j’avais déjà connaissance de Carone et des Brises, je n’avais jamais entendu parler du Roc Noir avant d’en voir les bouteilles au marché. Le domaine, planté en 2002 tout près de Stanstead et donc, de la frontière américaine, a commencé sa mise en marché au domaine en 2007. C’est donc tout neuf.

Hésitant entre un rouge et un blanc, j’ai opté pour Le crin blanc 2007, un vin fait, selon ce que les informations un peu limitées offertes sur le site du domaine permettent de deviner, de vandal-cliche et de prairie star (pour plus de détails sur ces cépages, voir cette page du site de l’Association des vignerons du Québec).

Au nez, le vin était un peu pris par ces arômes végétaux qui se manifestent souvent dans les blancs de cépages rustiques. Un peu agaçant pour moi, au premier abord, mais je dois dire qu’en bouche, le résultat était très probant, harmonieux, d’une belle rondeur, avec de bonnes notes de poire et, tiens, de raisin. Élevé sur lie, Le crin blanc y gagnait visiblement une certaine ampleur.

Quoi qu’il en soit, il s’agissait d’un accord parfait avec le crabe des neiges que nous avions aussi été cherché au marché. La richesse de la chair du crabe, avec ses notes salines mais aussi son côté presque sucré, se combinait parfaitement au fruit du Crin blanc, les saveurs prenant une dimension plus éclatante en se mélangeant en bouche. À grandes lampées et à grandes bouchées, un repas simple et savoureux, descendu rondement et dans la bonne humeur, grâce à une combinaison dont la somme était plus que le total des parties.

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