Un regard sur Mondovino

J’ai beaucoup aimé et beaucoup apprécié, au fil de trois ou quatre écoutes partielles ou complètes, le célèbre et controversé documentaire de Jonathan Nossiter, Mondovino. Je songe à m’acheter le DVD, d’ailleurs – mieux vaut tard que jamais.

Incendiaire par moments, le film sait également être sensible et toujours perspicace. S’il a autant soulevé les passions, c’est vraisemblablement parce qu’il a bien lu les lignes de fracture entre deux grandes visions du vin qui s’affrontent, même si cet affrontement est loin d’être dépourvu de zones grises et de nuances, dans le film comme dans la réalité.

La résonance du film a certainement été vue autour de la fin de l’association entre Michel Rolland et Château Kirwan, (suite…)

Notes de dégustation: petit hommage bordelais

Les dépêches de presse nous apprenaient, lundi, le décès d’Élie de Rothschild, à qui l’on doit la reconstruction du Château Lafite Rothschild, après la Deuxième guerre mondiale. À 90 ans, il chassait avec des amis en Autriche à la veille de son décès. Circonstances agréables, apparemment, pour ses derniers jours sur terre.

J’ai eu le bonheur, il y a quelques années, de déguster un Lafite 1991, dont la finesse absolument exceptionnelle, tout en dentelle, mais aussi la tenue et la complexité démentaient entièrement la relativement mauvaise réputation du millésime. Une référence, pour moi, dans toutes mes dégustations de vins de Bordeaux – ou de vin tout court. Les Carruades de Lafite 1998, s’étaient pour la part distinguées comme le clou d’une soirée consacrée aux seconds vins de grands vins du Bordelais: comme pour le premier vin, la finesse et l’équilibre s’en dégageaient avant tout.

Le souvenir de ces dégustations  renforce  mon estime des vins de cette région reine de la viticulture mondiale, avec laquelle j’entretiens une relation un brin contradictoire. Par moments, j’ai tendance à devenir grognon par aux terroirs-caisse de la région et à ses excès de toute sorte, et à ressentir dans la foulée une certaine fatigue du cabernet-merlot. Au point de me demander périodiquement pourquoi j’ajoute chaque année quelques bouteilles de vins du Médoc ou de Graves à ma cave.  Et puis après, je goûte un ou deux châteaux séduisants, étonnants par leur fruit et leur caractère fin ou encore par leur sérieux et leur droiture, petits ou grands, et je me demande pourquoi je n’en achète pas plus.

Mettons que ces jours-ci, je suis plutôt dans la seconde moitié du cycle, grâce au souvenir de Lafite réactivé par la mort du patriarche du clan, mais aussi grâce à deux dégustations toutes récentes, et extrêmement agréables, en rouge comme en blanc.

Le rouge, tout d’abord, était un Château Rauzan-Gassies 1998, un deuxième grand cru de Margaux dégusté la semaine dernière avec un excellent gigot d’agneau. C’est mon ami Jacques Rigaud, grand promoteur du mécénat des entreprises en France et tout aussi grand amateur de Bordeaux, qui m’avait présenté ce domaine, en m’offrant tout de go un 1995: en le dégustant, je m’étais vite dit que ce château et moi étions fait pour nous entendre. Le 1998 ne m’a pas fait changer d’idée une seconde: avec sa belle robe grenat, ses tannins bien fondus, ses notes de cassis, de tabac et de cuir, bien ouvert mais sans fatigue, il m’est apparu comme un exemple tout à fait typique de la finesse des margaux. Il me reste une bouteille du même millésime (propriété qui était autrefois dans le même ensemble que son voisin Rauzan-Ségla) que je boirai sans me presser, à la santé de celui sans qui je ne l’aurais peut-être pas découvert.

Côté blanc, un Château de l’Hospital 2005, vin de graves dont les propriétaires sont aussi ceux du Château Loudenne, m’a épaté par sa fraîcheur exceptionnelle et son bouquet fin et subtil. Des arômes légers et aériens de citron confit et de vanille, une jolie touche minérale et un fruit très pur en bouche, avec une belle longueur. Rien de grave dans ce très beau blanc à la robe dorée, fait d’un peu plus de sauvignon blanc que de sémillon, issu d’un millésime qui ne cesse de se montrer exemplaire.

J’ai aussi dégusté, ces derniers jours, un petit Côte de Castillon avec un plat de dorade qui se mariait à merveille avec le beau fruit rond du vin et ses tannins fins. Ce n’était pas la première fois qu’un mariage rouge-poisson me réjouissait autant. Mais ça, comme dirait l’autre, c’est une autre histoire…

Cornas menacé par… Cornas?!?

J’ai lu quelque chose d’assez incroyable sur le blogue Vinography d’Alder Yarrow. Apparemment, le maire de Cornas a décidé qu’il voulait développer un site appelé Les Mazards, en plein coeur des meilleurs coteaux de cette appellation réputée du Rhône, afin d’y faire construire un grand édifice de quatre ou cinq étages. Conséquence de cette décision, l’accès au nouveau développement nécessiterait le passage d’une route au beau milieu de certains des meilleurs vignobles, parfois centenaires, d’Auguste Clape, un des meilleurs producteurs de Cornas. John Livingstone-Learmonth, vraisemblablement le plus grand expert au monde sur la région du Rhône, a aussi sonné l’alarme à ce sujet.

Il est fortement suggéré par ces deux oenophiles reconnus de faire connaître sa façon de penser au maire de Cornas, Gilbert Garnier. Je prévois bien me décoller de mon ordinateur assez longtemps pour écrire une note à ce sujet à:

Monsieur Gilbert Garnier
Le Maire de Cornas
Mairie de Cornas
07130 Cornas
France

Même si la situation peut sembler farfelue, elle a le mérite de nous rappeler, de façon très sérieuse, que l’on ne doit pas croire qu’un site reconnu dans le patrimoine viticole mondial sera automatiquement protégé pour l’avenir. Rappelons-nous qu’un projet d’autoroute au beau milieu de l’appellation Margaux a suscité le même genre de levée de boucliers. Les vignobles bordelais ne sont d’ailleurs pas à l’abri de l’expansion de la ville de Bordeaux, dont le développement enserre certains excellents terroirs, notamment à Pauillac.

Les vignerons locaux et les populations locales doivent évidemment faire leur part pour assurer la défense du patrimoine d’une région. C’est le cas ici, puisque le Syndicat des producteurs de Cornas a lancé une pétition pour tenter de mettre fin à cette initiative franchement stupéfiante. Ce qui donne d’autant plus l’envie de leur donner un coup de main, non?

Published in: on 31 juillet , 2007 at 4:09  Comments (1)  
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