Dégustation: Pinot Noir Fût de Chêne 2008, Trapiche, Mendoza

À Cahors, on fait du malbec. Dans le Mendoza, on fait du malbec.

À Cahors, on ne fait pas de pinot noir. À Mendoza, ça ne les empêche pas d’essayer.

Mon ami Frédéric, avec qui j’importe du vin, dis toujours que je vois toujours le bon côté de la bouteille. Que j’ai toujours quelque chose de bon à dire sur un vin.

Ça doit être vrai, j’en ai trouvé une pour ce vin: les arômes de cerise et d’épices sont assez typiques du pinot noir et assez agréables.

Ça va s’arrêter là.

Pour le reste, le pinot noir fût de chêne 2008 est plutôt rêche. On sent l’alcool, le soleil qui a plombé pas mal (l’étiquette dit 13,5%, mais la fiche du vin sur le site de Trapiche dit 14% et ça ressemble plus à ça, à mon avis). C’est pas mal coloré – ce qui, pour un pinot, n’est pas nécessairement un plus. Reste un peu d’épice – qui fait plus chêne que pinot.

Bref, c’est pas super. Pour un dollar de moins la bouteille (le pinot est 14,90$), le malbec fût de chêne ou le cabernet sauvignon fût de chêne de la même maison donnent quelque chose de plus intéressant, mieux calibré et plus équilibré.

Que voulez-vous, faire du pinot à grande échelle – et en pays chaud, en plus – ce n’est pas une entreprise qui a de grandes chances de succès. Même avec les avantages notables que possède l’Argentine au chapitre des coûts, ce n’est pas facile d’arriver à bien exprimer la nature capricieuse de ce cépage sans prendre une approche méticuleuse. Chez Trapiche, on n’y est visiblement pas arrivé.

Allez, on greffe du tempranillo là-dessus et on n’en parle plus?

Les vins les plus populaires au Québec: au-delà de la domination Fuzion

Lundi dernier, Vincent Marissal, chroniqueur à La Presse et grand amateur de vins, publiait le palmarès double des vins meilleurs vendeurs à la SAQ, en 2009. Je dis double parce que l’on y trouve les 10 meilleurs vendeurs par volume (nombre de caisses) et par prix (valeur des ventes en dollars), des catégories tout de même assez différentes.

Par exemple, deux vins à près de 20$, (suite…)

Des sommets panaméricains pour la sommellerie québécoise

C’est en attrapant au vol un « twit » du Méchant Raisin que j’ai appris avec plaisir que le concours du Meilleur sommelier des Amériques, organisé par l’Association de la sommellerie internationale, a été remporté par une Québécoise, Élyse Lambert, du restaurant Le Local, et que, mieux encore, l’autre candidate québécoise, Véronique Rivest, a pris la deuxième place, devant tous les candidats des sept autres pays représentés.

Un bel honneur pour les deux candidates, qui n’en étaient pas à leurs premiers succès dans des concours du genre. Élyse Lambert a remporté le titre de meilleure sommelière du Québec en 2004 et la 3e position du Concours du meilleur sommelier du Canada en 2006, tandis que Véronique Rivest a remporté les titres québécois et canadien en 2006, avant de remporter le concours Femmes du vin en 2007.

En plus de donner la nouvelle, le Méchant Raisin a livré deux textes (le premier, le deuxième) de Guénaël Revel, qui était juré au concours, et qui rendent compte de l’atmosphère de l’événement.

Ce n’est évidemment pas la première fois que des sommeliers québécois se distinguent à l’étranger, les succès de François Chartier, dans les années 90, ayant posé les premiers jalons importants de ce côté.

Qui sera le prochain? Pourquoi pas Bertrand Eichel, du restaurant montréalais le 357C,  qui a remporté le titre de meilleur sommelier du Québec 2009, la semaine dernière, devant Kler-Yann Bouteiller du restaurant l’Utopie à Québec (par ailleurs nommé premier nez du Québec), et Jean-Louis Doucet et Sylvain Labrie, tous deux de l’Auberge Quilliams à Lac Brome. Tous des gens qui ont du métier, du sérieux et… du flair.

Retour au royaume des vins à (très) petit prix

Au début de l’année dernière, j’avais écrit sur ce blogue un article faisant le tour de quelques bouteilles à moins de 10 dollars, pour voir de quel bois (de quels copeaux?) ces vins pour petits budgets se chauffent.

L’article, si je me fie aux statistiques du blogue, reste très populaire. Normal. Avec des budgets limités, on cherche toujours l’aubaine, le grand plaisir à petit prix. Et avec le temps des Fêtes, l’idée de recevoir la famille élargie sans se ruiner – et sans avoir l’air cheap – est plutôt attrayante. Et voilà en prime qu’il y a cette crise financière qui se complique…

Alors me revoilà avec une petite série de vins à moins de 10$, voire même à moins de 9$. Pas de Latour du pauvre là-dedans, mais quand même, quelques trucs très buvables et parfois surprenants. Je continue à maintenir que (suite…)

Le mélange des genres

Une dégustation récente m’a interpellé à propos d’une tendance fréquente, dans les vins du Nouveau Monde, à créer des assemblages inhabituels de cépages: chardonnay-verdelho-pinot gris,  touriga-tempranillo, sémillon-chardonnay, sangiovese-malbec, etc. La tendance est parfois stimulante, souvent étonnante, parfois franchement agaçante.

Les Australiens y vont avec un enthousiasme remarquable, comme s’ils étaient déterminés à emmener le vin là ou aucune vigne n’avait mis le pied. En Argentine, une marque créée par la famille Zuccardi, Fuzion, est entièrement dédiée à ce concept de mariages inhabituels, voire incongrus. Les États-Unis et le Chili ont aussi des exemples du genre à offrir.

Bien sûr, certains de ces mélanges ont fait leurs preuves. Les combinaisons de cabernet et de syrah ont produit plusieurs vins exceptionnels en Italie et dans le sud de la France – par exemple, les vins de Cabardès. On peut aussi penser à des combinaisons de sangiovese et de cépages bordelais, dans le monde des supertoscans. On trouve aussi des résultats accessibles et harmonieux dans des vins plus simples comme le Rawson’s Retreat de Penfolds, un australien où le chardonnay et le sémillon sont franchement bien intégrés.

Car après tout, c’est là la clef d’un assemblage réussi: l’intégration et l’harmonie. Un concept qui semble parfois oublié au profit d’une volonté de créer des nouvelles combinaisons qui devient parfois une fin en soi. Le fait que le mélange soit incongru semble parfois le but de l’opération, même si des notions théoriques de complémentarité des saveurs, des couleurs et des textures font bel et bien partie de la réflexion.

Certains des mélanges que j’ai goûté ainsi se sont montrés franchement imbuvables, parce que les cépages se côtoyaient sans jamais s’intégrer. L’audace, c’est bien, mais il faut aussi s’assurer qu’elle mène à quelque chose.

Il y a des raisons historiques derrière les assemblages traditionnels qui ont fait les grands vins du monde: la combinaison du caractère mur et ample du merlot avec la structure tannique du cabernet dans les mélanges bordelais vient immédiatement à l’esprit. Utiliser des cépages qui ont à peine pris pied dans un nouveau pays, et dont on connaît à peine le caractère dans ces terroirs neufs, et les réunir pour tenter de voir comment ils se comportent ensemble, c’est un pari considérable. Normal qu’on ne réussisse pas tout le temps.

Mission impossible? Pas du tout. Sauf que les oenologues devraient parfois faire preuve d’un peu plus de patience et de rigueur en élaborant et en testant ces mélanges. Une approche essai et erreur ne suffit pas. Mettre un vignoble en production prend plusieurs années, en maîtriser la production encore plus de temps. Pourquoi se précipiter à lancer de nouveaux assemblages? Le bon vin mérite qu’on prenne le temps qu’il faut.

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