TasteCamp North: un tour dans les vignes du Niagara

Vendredi le 13 mai, sur le coup de midi, une quarantaine d’amateurs de vin canadiens et américains commenceront un périple gustatif dans la région du Niagara, du côté ontarien et du côté américain, à la découverte de ce qui se trame dans les vignoble de la région. Venus de New York, de Boston, de la Nouvelle-Écosse, du Québec, de l’Indiana, du Colorado et de l’Ontario, ils et elles participeront au troisième Tastecamp, après des arrêts à Long Island et dans les Finger Lakes, respectivement en 2009 et en 2010.

Le chai de Malivoire, un des producteurs qui feront découvrir leurs vins lors de TasteCamp North, ce weekend

Ayant fait partie du comité organisateur de l’événement, je suis un brin fébrile et surtout, très enthousiaste de voir ce groupe se réunir dans cette région que j’ai appris à découvrir depuis la fin des années 90 et dont je constate avec plaisir les progrès constants. J’ai bien hâte de voir ce que des collègues blogueurs et journalistes du vin, dont plusieurs en seront à leur première visite dans la région, penseront de ce qui se trame dans les vignobles, de part et d’autre de la rivière Niagara. De mon côté, les vins américains de l’AVA Niagara Escarpment seront une découverte totale – j’en ai goûté un ou deux, sans plus.

Ce que je peux dire sans hésiter, c’est que les blogueurs présents ne manqueront pas de bonnes choses à découvrir. Des vétérans de la première heure comme Inniskillin, Château des Charmes, Vineland Estates ou Thirty Bench aux nouveaux chefs de file comme Tawse, Southbrook, Hidden Bench ou Ravine, il y a beaucoup de joueurs de calibre mondial, dont les cuvées se défendraient fort bien face à des régions réputées de la planète vin. Tout n’est pas parfait, bien entendu – quelle région l’est, d’ailleurs? – mais entre les rieslings vifs et expressifs, les chardonnays bien menés, quelques pinots noirs fins et équilibrés et des assemblages bordelais qui réussissent à se distinguer même les années froides, on ne manque pas de bonnes choses à se mettre sous la dent.

De façon plus précise, voici quelques vignobles dont j’ai eu le plaisir de goûter les vins de façon plus assidue, depuis deux ou trois ans, et qui valent la découverte, que ce soit par les quelques bouteilles qui se rendent à la SAQ ou par un voyage dans la région pendant la belle saison.

Château des Charmes

C’est en bonne partie en dégustant des vins du Château des Charmes que j’ai découvert, il y a près de vingt ans, que l’Ontario pouvait faire des vins de grande qualité. Paul Bosc, le patriarche de la famille, est un des grands pionniers de la région du Niagara avec Donald Ziraldo, cofondateur d’Inniskillin. En goûtant plusieurs cuvées de cette maison familiale, plus tôt cette année, j’ai été impressionné par la bonne tenue générale des vins, d’un agréable chardonnay musqué à l’excellent Equuleus 2007, un assemblage bordelais très classique et savoureux tiré de vignes plantées en 1982, en passant par un très bon pinot noir 2007 (une année qui a été parfois difficile pour les pinots du Niagara) et un vin de glace de savagnin qui est une des plus belles curiosités canadiennes que j’aie bu récemment.

Ravine Estate Vineyards

La maison ancestrale de la famille Harber, où l'on déguste aujourd'hui les vins de leur jeune vignoble, Ravine

Profitant d’un site parfaitement exceptionnel – l’ancien lit de la rivière Niagara, il y a plusieurs milliers d’année -, Ravine profite d’une variété de sols qui a permis à la famille Harber et au vigneron et oenologue Peter Gamble  de jouer habilement avec les cépages, pour produire certains des vins les plus précis et les plus représentatifs du terroir de Niagara et des qualités que peut donner un climat frais. Leur riesling à l’allemande, avec un équilibre vraiment irréprochable de douceur et d’acidité, est un des meilleurs de la région, voir du pays, tandis que leur Merlot Réserve 2007 (disponible en importation privée au Québec via Trialto) est un des meilleurs rouges du Niagara qu’il m’ait été donné de boire, toutes catégories confondues.

Le Clos Jordanne

Ce projet conjoint de deux géants, le groupe Boisset et Vincor, travaille depuis une dizaine d’années sur une exploration toute bourguignonne du terroir, afin de déterminer, dans quatre vignobles installés sur les hauteurs du "Bench", la partie sud de la péninsule du Niagara, les secteurs qui donnent les meilleurs vins de chardonnay et de pinot noir. Sous la gouverne de Thomas Bachelder, et maintenant de Sébastien Jacquey, le Clos livre des vins de haut vol, avec beaucoup de précision et de finesse. Leurs vins "village" sont de véritables aubaines et le cru Claystone, en particulier, est un vin de garde d’une profondeur épatante. Le seul défaut, c’est que Le Clos n’a pas de domaine à faire visiter pour les voyageurs qui passent par le Niagara.

Hidden Bench

Projet ambitieux dirigé par Harald Thiel, Hidden Bench profite d’une viticulture tirée à quatre épingles pour produire des cuvées amples et savoureuses qui visent les plus hauts sommets. Son Nuit Blanche, un sauvignon blanc de grande qualité, ses pinots noirs et riesling précis, entre autres, sont plus que satisfaisants – et plusieurs années de cave seront nécessaires pour qu’ils parviennent à livrer tout leur potentiel. Le départ de Jean Martin Bouchard (maintenant chez Road 13, dans l’Okanagan) a créé une certaine transition, mais une équipe compétente continue de tenir le fort.

Southbrook Vineyards

Née dans les vignes et les arbres fruitiers de l’Okanagan, Ann Sperling est une des vigneronnes et des oenologues les plus accomplies au Canada. Les quelques conversations que j’ai eu le plaisir d’avoir avec elle, depuis deux ans, m’ont toujours permis d’en apprendre énormément sur les vignobles ontariens, les méthodes de viticulture et de vinification qui conviennent à la région, le tout avec une sorte de pragmatisme et de bon sens impressionnants. Certifié biodynamique, Southbrook produit sous sa gouverne des vins impeccables et souvent surprenants: la manière dont Ann Sperling (et son mari Peter Gamble, chez Ravine) a réussi à tirer des rouges élégants et agréables dans un millésime aussi exigeant, pluvieux et frais que 2008 constitue un véritable exploit. Un domaine à surveiller, doté en prime d’un des plus beaux édifices de la région, un long ruban bleu qui vaut le détour à lui seul.

Tawse

Maury Tawse, riche homme d’affaires ayant particulièrement bien réussi, est en train de faire de Tawse un des hauts-lieux de la viticulture ontarienne – en plus d’avoir acheté des premiers crus en Bourgogne, dans un projet auquel participe aussi le Québécois Pascal Marchand. S’il fait du volume avec les vignobles Lakeview, achetés récemment, c’est autour de sa winery imposante et moderne, dans une série de vignobles travaillés en biodynamie (vous y verrez notamment paître des moutons), que le travail plus sérieux de mise en valeur du terroir se fait. Avec une attitude prudente et attentive, Paul Pender produit là des chardonnays, pinots noirs, rieslings et cabernets francs précis et élégants, toujours bien définis et délicieux.

Malivoire

Chez Malivoire, où le souci des particularités du sol et le travail bio sont dans le collimateur, on réussit à faire une cuvée pas mal réussie (mais aussi pas mal tannique) de Maréchal Foch vieilles vignes, un cépage hybride qui n’est pas toujours facile à maîtriser. Et ce n’est là qu’un de leurs exploits. Le gamay tout court et son grand frère, le gamay Courtney, tiré d’un vignoble particulièrement parlant, ont beaucoup de personnalité, tandis que les chardonnays Moira et Mottiar (ce dernier étant tiré du vignoble personnel du maître de chai, Shiraz Mottiar) sont ronds et équilibrés, avec du coffre et de la personnalité. Et le rosé "Ladybug" de la maison, pas mal sympathique, a de quoi vous ensoleiller une journée de printemps, aussi.

Vineland Estates

Brian et Allan Schmidt gèrent avec beaucoup d’aplomb ce domaine qui compte un des plus vieux vignobles de riesling de la région, le St Urban’s Vineyard, dont il tire des vins superbes et aptes à un long vieillissement – à un point tel que l’on trouve régulièrement en vente à la boutique du domaine de vieux millésimes des rieslings de la maison, remontant jusqu’au début des années 90. Capable de produire des vins de terroir bien définis, Brian Schmidt sait aussi faire des vins à plus grand volumes à peu près irréprochables dans leur catégorie, comme le chardonnay 2009 simple, rafraîchissant et équilibré qui fonctionne plutôt bien sur les rayons de la LCBO, avec un prix d’une quinzaine de dollars. Schmidt a aussi une grande affection pour le cabernet franc, dont il produit des cuvées réserves sérieuses et pourtant bien accessibles. La maison a aussi fait une belle trouvaille en créant le Vice, un "martini" fait de vodka et de vin de glace qui est franchement très agréable: moi qui ne suis pas cocktail pour deux miettes, j’avoue m’en resservir facilement un deuxième verre.

Creekside Wines

Au chai de Creekside Wines, j’ai dégusté des syrahs extrêmement intéressantes, des rieslings étonnants (en particulier un réserve tiré d’une section à haute densité du vignoble Butler’s Grant, vraiment exceptionnel), et aussi des vins vraiment expérimentaux d’une série appelée Undercurrents, où l’on mélange par exemple du muscat et du sauvignon blanc avec beaucoup de succès. Il leur arrive même de faire mûrir du sangiovese avec pas mal de succès. Dommage qu’ils ne viennent pas mettre un brin de folie dans les dégustations de TasteCamp. Il faudra que je fasse un détour…

Lailey Vineyards

Même s’il fait des chardonnays agréables et des pinots noirs équilibrés qui valent le détour, ce sont les syrahs concoctées par Derek Barnett, un sympathique australien qui s’est remarquablement bien adapté au climat local, qui me ramènent le plus vers ce domaine situé tout près de la rivière Niagara, sur la route qui relie Niagara Falls à Niagara-on-the-Lake. Barnett produit aussi un Zweigelt original et facile à boire, ainsi qu’une série de cuvées élevées en chêne canadien qui ont une personnalité des plus intéressantes. Je m’en voudrais d’oublier son chardonnay tiré du vignoble Brickyard, qui est plus que simplement agréable.

Ces quelques domaines, je le précise bien, sont un palmarès personnel au fil d’un parcours personnel et incomplet, à ce jour. D’autres maisons comme Colaneri et A Foreign Affair, qui travaillent tous deux des vins selon la méthode italienne de l’appassimento (séchage partiel des raisins), Rosewood, Thirty Bench, Megalomaniac, 13th Street, voire même des domaines "virtuels" comme l’excellent Nyarai (la winery virtuelle est en fait une marque distincte produite dans un domaine d’un autre nom, en profitant du même permis de produire), ont aussi beaucoup de belles choses à offrir – et j’en oublie plusieurs autres. Il y a de quoi faire plusieurs voyages dans le Niagara, pour prendre la mesure de tout ce qui se produit là-bas.

Published in: on 12 mai , 2011 at 4:09    Commentaires (2)  
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2 CommentairesPoster un commentaire

  1. Bravo Remy ,tres bel outil de travail enfin quelque chose du canada a lire bien comme il se doit bravo

    Jean Pierre Lortie

    • Merci Jean-Pierre. Et il y en aura à ajouter. Quelques très belles dégustations hier.


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