Les vins français, le Québec et le Canada

L’autre jour, alors que je fouillais l’Internet à la recherche de nouvelles sur le monde du vin, je suis retourné vers la section vins du site du Figaro (la seule que je lise régulièrement, au demeurant). Une collection de bien bons articles, des portraits de vignerons aux actualités en passant par les découvertes de régions ou d’appellations.

Mon attention a été captée par un article dont le titre, vous le comprendrez facilement, avait de quoi susciter la curiosité: «Même les Québécois se laissent séduire par les crus australiens». «Morbleu», me suis-je dit, moi qui n’avait pas regardé les statistiques sur les parts de marché des pays producteurs dans mon petit coin de planète, «qu’est-ce qui se passe dans les SAQ!». Et vraiment, ç’avait l’air d’un raz-de-marée:

Selon le ministère canadien de l’Industrie, entre 2002 et 2006, la part de marché des vins français au Canada est passée de 32 % à 26 %. La France conserve la première place, talonnée par l’Australie (20 %). Les importations de vins français ont progressé de 16 % pendant la période 2002-2006, celles de vins australiens de 209 % et celles de vins argentins de 394 %.

20 pour cent pour l’Australie?!?! Vraiment? Ça faisait un moment que j’avais lu ces statistiques, mais pas 15 ans, tout de même.

Alors j’ai relu. Et sous le sous-titre affirmant que « la concurrence est de plus en plus vive dans la Belle Province », j’ai compris ce qui se passait. C’était pas le marché québécois du vin, le problème. C’était la géographie du journaliste.

Car le dénommé Ludovic Hirtzmann, qui a écrit son article de Montréal, a parlé à un attaché français au Consulat de Montréal et à Marc Chapleau, réputé chroniqueur vins québécois et responsable de la revue Cellier, mais il a apposé à leurs commentaires les statistiques sur le marché… canadien.

Encore un Français qui ne sait pas faire la différence entre Québec, le Québec et le Canada. Après l’immense connerie du rédacteur en chef de Paris Match et de toute son équipe, incapables de faire la différence entre la Ville de Québec et le Québec (avec des journalistes incapables de trouver le bon indicatif téléphonique pour rejoindre le maire de Québec…), et en plus, incapables de reconnaître leur erreur, (au point d’en remettre avec une obstination hallucinante) je me disais que les gens avertis ne s’y feraient plus reprendre.

Eh ben non. Le brouillard semble rester assez dense.

Si Ludovic Hartzmann avait voulu parler du vins français au Québec, il n’aurait eu qu’à se tourner vers la section Tendances du Rapport annuel 2007 de la Société des alcools du Québec (qui n’est pas le monopole d’État canadien en vins et spiritueux, est-il nécessaire de la préciser).

Il y aurait lu que la France représente 32,67% des ventes de vin au Québec, suivie de l’Italie avec 22,83% du marché, l’Australie arrivant en 6e place avec 6,19%. Bref, pas de montée fulgurante de l’Australie, qui s’est faite doubler par les États-Unis (6,31%), tandis que l’Argentine s’est propulsée au 3e rang du palmarès avec 8,40% de parts de marché. Une façon de plus de démontrer que le Québec est une société distincte du vin en Amérique du Nord.

Bref, au Québec, il n’y a pas péril en la demeure pour le vin français – pas de la part de l’Australie, en tout cas. Et même à l’échelle canadienne, il faut tout de même noter que les ventes de vin français progressent. Quelques offensives bien ciblées (ça, les Australiens connaissent!) pourraient certainement permettre de renforcer le tout. Mais je dérive…

Est-ce bien grave, cette confusion? Je la trouve assez consternante, je dois dire. Un journaliste doit rapporter des faits, avec une certaine précision.

Disons que j’avais écrit un article sur ce blog intitulé « La France écrase la concurrence au Québec » et que j’avais écrit que « les vins français représentent 67% du marché québécois ». Alors que c’est l’Europe qui représente les deux tiers du marché. Que penserait-on de moi à Paris, à Bruxelles ou à Berlin?

En confondant le Québec et le Canada, le Figaro fait une erreur équivalente. Un petit effort, messieurs dames.

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