Quand le prix de l’uniforme fait monter le prix du vin

Mardi, Radio-Canada a révélé que la Société des alcools du Québec allait faire produire en Chine les nouveaux uniformes de ses employés en Asie. Après avoir suscité tout un débat en ayant introduit, il y a quelques temps, des sacs réutilisables produits en Chine, plutôt qu’au Québec, la SAQ se retrouve donc au coeur d’un nouveau débat autour de l’importance de l’achat local pour une société d’État.

Il est vrai que la question de l’achat local n’est pas simple pour une société d’État, au Québec comme ailleurs. Les accords commerciaux nationaux et internationaux limitent beaucoup la marge de manoeuvre en la matière et l’exigence du plus bas soumissionnaire, notamment, peut conditionner fortement la procédure d’achat. Ce qui peut sembler souhaitable n’est donc pas toujours si facilement réalisable – même si le président d’une compagnie québécoise qui se sent flouée à cause du choix de la SAQ évoque un argument intéressant en suggérant que le contrat contrevient peut-être à la loi québécoise sur le développement durable, en allant chercher si loin hors du Québec.

Ceci dit, certains aspects des réponses de la ministre des Finances du Québec, Monique Jérôme-Forget, dont relève l’administration des sociétés d’État, ont de quoi surprendre. Après avoir d’abord déclaré sa surprise à l’Assemblée nationale, en réponse à une question de l’opposition, mardi, la ministre a donné mercredi son appui à la SAQ, en disant notamment:

Quand on achète quelque chose, au gouvernement, on essaie d’avoir un prix et une qualité […] et chaque société d’État va suivre ses politiques, […] va établir ses politiques, ce qui est faisable parce que vous comprendrez qu’il y a le consommateur en bout de ligne, qui lui, se plaint déjà que les vins sont plus chers ici qu’en Ontario.

D’accord pour l’argument de rigueur administrative et le bénéfice des contribuables-consommateurs, mais on me permettra de douter que le prix des uniformes soit un facteur majeur dans l’établissement des prix de la SAQ. Selon le rapport annuel 2007 du monoopole, l’ensemble des charges d’exploitation de la SAQ représentait 470 millions de dollars en 2007, alors que le coût des marchandises, tous frais compris, représente 994 millions, sur un chiffre d’affaires de plus de 3 milliards. 12 000 polos à 10 ou 15 dollars, là-dedans?

Il me semble qu’il faudrait chercher ailleurs pour expliquer le coût plus élevé du vin au Québec. Peut-être que la prépondérance du vin dans les ventes de la SAQ, dont les marges sont moins élevées que celles des spiritueux (majoritaires dans les ventes de la LCBO, par exemple), aurait plus à voir avec ce différentiel que les achats d’uniformes, quand la SAQ cherche à dégager des dividendes important pour son actionnaire – c’est-à-dire l’État et donc, au bout du compte, les citoyens-contribuables. Une hypothèse, comme ça…

Published in: on 15 mai , 2008 at 1:06  Laisser un commentaire  
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