Vive les « petits » pinots noirs

J’aime particulièrement le pinot noir quand il est léger, clair, aux arômes frais et friands. Pas nécessaire de trop en mettre: ce cépage est à son meilleur quand il fait dans la dentelle, dans la délicatesse. Voyez ce qu’en fait un Josh Jensen en Californie, malgré la chaleur et le soleil de la Central Coast, et vous verrez qu’il est possible de préserver cette délicatesse dans presque tous les vignobles. Ce qui n’empêche pas nombre de producteurs d’essayer d’en faire des versions musclées et opaques, comme s’ils essayaient de faire la compétition à des syrahs ou à des cabernets.

Pour éviter cette surenchère, j’aime bien me tourner vers les pinots de terroirs perçus comme plus « petits », de coins plus frais comme l’Alsace, le Valais ou le Trentin, dans le nord de l’Italie. Ce soir, par exemple, j’ai goûté un pinot nero del Trentino, justement, le Ritratti 2005 de la Cantina La Vis, une coopérative établie en 1948 dans la Valle di la Cembra. Avec des vignes assez jeunes et des rendements tout de même relativement élevés (entre 50 et 60 hectolitres à l’hectare), la coopérative produit un vin léger et agréable: le nez offre une abondance de fruit frais, dès le départ, sur une robe claire et limpide. En bouche, la cerise est bien présente, les tanins sont légers, l’acidité est rafraîchissante. On peut se demander si les 12 mois en barriques de chêne ne viennent pas contredire un peu le fruit, mais bon, à vingt dollars et des poussières, ça se boit très, très bien.

J’ai eu le même genre de plaisir, au cours des dernières semaines, avec un pinot noir d’Alsace 2005 de Léon Beyer, acheté pour 23,40$ à la SAQ. Le nez bien typé, la couleur claire, encore une fois, pour un ensemble dont la finesse et la délicatesse est tout à fait satisfaisante. Mieux encore, le pinot noir du Domaine Julien Meyer, dégusté grâce à une importation privée d’Insolite Import, va sur la même ligne, mais avec la complexité et la dentelle qui l’élèvent à un cran supérieur. Dans les deux cas, quoi qu’il en soit, on en boit avec soif, sans que le palais ne se fatigue, ni que les papilles se saturent. Ça fait du bien de toutes sortes de façons. Et sur un poulet rôti, c’est impeccable.

En Valais, ces pinots noirs légers et goûleyants sont souvent intégrés dans la Dôle, un rouge de soif où il voisine le gamay. Mais on en fait aussi des vins de pinot à part entière, qui profitent de l’ensoleillement élevé de sites comme Fully, Chamoson et surtout, Sierre. J’ai une affection particulière pour ceux de René Favre & Fils, puisque je contribue à leur importation au Québec, mais j’apprécie beaucoup ceux de la maison Rouvinez, dont le pinot de Sierre se détaille aussi 20 dollars et des poussières, et dont l’élevage en cuve permet de bien rendre le fruit et la souplesse.

Ceci dit, on peut aussi en faire trop, dans ces terroirs. Du Valais également, j’ai goûté un pinot noir de Salquenen, la Cuvée des chevaliers de Malte 2005, 5 dollars de plus que le Rouvinez, mais boisé, foncé et dense comme tout, ce qui évacuait entièrement la typicité du cépage et la finesse que j’apprécie tant, comme beaucoup d’autres amateurs de pinot. Un peu plus de modération aurait eu, à mon avis, bien meilleur goût.

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