La SAQ en mode olympique: un bel arrivage de l’Okanagan

Pendant que la flamme olympique termine son périple vers l’ouest, les vins de Colombie-Britannique se dirigent à grands pas vers les rayons de la Société des alcools du Québec. Un échange gagnant-gagnant, qui permettra aux vins de l’Ouest canadien de profiter d’un éclairage sans précédent, avec la mise en vente d’une petite trentaine de vins de l’Okanagan, le jeudi 11 février, veille de l’inauguration des Olympiques d’hiver de Vancouver.

24 vins s’inscriront au rayon des spécialités et quatre seront disponibles dans les SAQ Signature. Un registre assez large, comme en témoignent les prix (de 15,95$ à 95$) et les cépages (merlot, chardonnay, riesling, chenin blanc, pinot noir, sauvignon blanc, shiraz) qui font partie de la sélection.

L’automne dernier, le magazine Cellier avait fait un premier espace significatif aux vins canadiens dans les promotions de la SAQ, avec un arrivage d’une vingtaine de vins du Niagara et de l’Okanagan. Une collection où l’on trouvait quelques perles – le très bon merlot 2007 de Road 13, expressif et équilibré, encore disponible dans quelques succursales, un pinot noir du Clos Jordanne, le Quatrain de Mission Hill, ou le grand vin d’Osoyoos Larose (qui fait un retour jeudi) – mais aussi quelques trucs nettement plus ordinaires – les vins de la Prospect Winery, pas chers mais pas extraordinaires, le chardonnay de East Dell, les vins « bistro » de Tawse, bien sympathiques mais malheureusement vendus trop chers.

La sélection mise en vente cette semaine est nettement plus solide et a de quoi vous faire découvrir de quel bois se chauffent les vignerons britanno-colombiens (même quand ils font des cuvées sans chêne). Plusieurs des maisons sont représentées pour la première fois au Québec.

Sans vous donner la liste complète (ce qui serait assez fastidieux), voici une douzaine de cuvées (une caisse, quoi!) qui méritent particulièrement l’attention, pour diverses raisons.

Oculus Mission Hill Okanagan Valley VQA 2006, : 10411102, 59,75 $

Oculus Mission Hill Okanagan Valley VQA 2005, :10942456, 59,75 $

Deux millésimes d’un des plus solides vins canadiens, toutes catégories confondues. L’Oculus est un assemblage de merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc et petit verdot (dans cet ordre) et un vrai vin de garde, profond et techniquement impeccable. Du très sérieux, provenant de la « Legacy Series », une sélection impitoyable réalisée par l’oenologue en chef John Simes, qui garde à peine 0,5% de la production de Mission Hill pour ces cuvées. Fait étonnant, l’Oculus coûte 10$ de moins ici qu’en Colombie-Britannique (alors que d’autres vins coûtent plus cher… allez comprendre.)

Compendium Mission Hill Okanagan Valley VQA 2006, 11262891, 37,50 $

Également de la série « Legacy », le Compendium est un assemblage assez similaire à l’Oculus, qui a toutefois fait moins de temps en barriques, et possède un taux d’alcool un peu moindre et une acidité un peu plus élevée. En prime, il est moins cher que l’Oculus, si vous voulez tester le haut de gamme de Mission Hill. À noter que d’autres cuvées réserve de cette maison font aussi partie de l’arrivage.

Blind Trust Laughing Stock Okanagan Valley VQA 2007, 11262903,  34,75 $

Le « Blind Trust » évoque l’idée d’une fiducie financière comme celle que les ministres doivent employer pour se distancer de leurs biens. Mais il exprime aussi l’idée d’une « confiance aveugle » envers l’oenologue qui produit cet assemblage mystère de cépages rouges, surtout bordelais. La maison, Laughing Stock, a de l’esprit, visiblement, et une bonne réputation. Première présence au Québec.

Chenin blanc Quail’s Gate VQA Okanagan Valley 2008, 11262920, 18,90 $

Le chenin blanc semble trouver une terre d’accueil assez favorable dans l’Okanagan: le mélange d’acidité et de rondeur typique du cépage, dans ses terres d’origine de la Loire, se retrouve aussi dans les deux exemples que j’ai pu goûter à ce jour. À moins de 20$, par une maison de bon aloi, ça vaut la peine d’essayer.

Pinot noir Belle Le Vieux Pin Oliver Colombie‐Britannique, 2006, 11263210, 54,75 $

Lors des Sélections Mondiales, il y a deux ans, cette toute jeune maison avait obtenu quatre médailles et impressionné aussi considérablement des amis sommeliers qui travaillaient au concours. Les pinots noirs, m’avait-on soufflé, étaient vraiment à surveiller. C’est le temps de vérifier si les vins sont aussi impressionnants qu’on le laissait entendre, tant avec ce pinot noir qu’avec deux autres cuvées du Vieux Pin incluses dans cet arrivage – et un vin de la maison « jumelle » du Vieux Pin, La Stella, qui sera en vente à la SAQ Signature.

Merlot Township 7 VQA Okanagan Valley Colombie‐Britannique 2006, 11263324,  24,90 $

Depuis plus d’un an, je converse régulièrement sur Twitter avec Bradley Cooper, le winemaker de Township 7 et, depuis peu, de sa propre maison, Black Cloud. Un type aux idées bien arrêtées – et bien ordonnées – sur la viticulture dans l’Okanagan. Après toutes ces discussions en ligne sur le vin – et bien des blagues légères – j’ai personnellement très hâte de voir ce qu’il met dans la bouteille. Je goûterai donc ce merlot et le sauvignon blanc qui l’accompagne – des vins dont bien d’autres amateurs de vin de l’Ouest m’ont dit le plus grand bien.

Merlot NK’Mip Quam Qwmt VQA Okanagan Valley 2007,  11263990, 27,90 $

La maison NK’Mip est une association entre Vincor, le géant du vin canadien, et la première nation Osoyoos, dont les terres accueillent une grande partie des meilleurs vignobles du sud de l’Okanagan. La série Quam Qwmt (prononcer Kwam Kwèmt) est le haut de gamme de la maison. Du travail bien fait, selon les autres cuvées que j’ai goûté.

Chardonnay Unoaked Joie Farm Okanagan Valley 2008, 11264634,  26,90 $

De tous les vignobles de l’Okanagan, aucun ne suscite autant de trépidation et d’enthousiasme que Joie, une maison dont les nouveaux millésimes sont attendus avec une… joie qui frôle presque le délire. Ayant entendu autant de superlatifs, est-ce que je trouverai le vin à la hauteur des attentes? Ça reste à voir (surtout que Joie est encore plus réputé pour ses blancs de cépages alsaciens), mais pas question de passer à côté jeudi.

Sumac Ridge Tribute Okanagan Valley (mousseux), 11266269, 32,75 $

Sumac Ridge fait partie de l’empire Vincor, commanditaire officiel de Vancouver 2010. À ce titre, certaines maisons qui en font partie ont été appelées à produire des cuvées spéciales à saveur olympique. Le Tribute sera ainsi le mousseux officiel des Jeux d’hiver de Vancouver  - et les médaillés pourront s’en servir pour arroser la foule sur les podiums. De façon amusante, parmi les deux cuvées (le Tribute « Or » et le Tribute « Argent »), le Québec se contente apparemment de l’argent. Espérons qu’il ne s’agit pas d’un présage pour nos athlètes.

Chardonnay Burrowing Owl VQA Okanagan Valley 2007, 11264642, 33,75 $

Parmi les nombreuses maisons qui font régulièrement les palmarès, dans l’Okanagan, Burrowing Owl est un nom qui revient assez régulièrement. De quoi rendre curieux de découvrir ce chardonnay élevé en barrique, qui s’annonce plutôt équilibré.

Merlot Jackson-Triggs Sun Rock VQA Okanagan Valley 2005, 11264036,  39 $

Jackson-Triggs est une maison qui fait de tout, du meilleur au pire. Parmi le pire, les « Proprietor’s Selection », qui font semblant d’être du vin canadien mais qui sont en fait des assemblages de vin en vrac chilien, achetés pour des prix dérisoires avant d’être embouteillés ici. À l’autre bout du spectre, le vignoble Sun Rock, situé en haut de coteau sur les pentes ensoleillées de la vallée de l’Okanagan, dont on tire des cuvées en quantités très limitées, dont ce merlot (250 caisses) en vente à la SAQ Signature.

Jackson-Triggs est également responsable du vin « Esprit », qui était au départ une vinasse chilienne assez quelconque, bien qu’il constitue le vin officiel de Vancouver 2010 et qu’une partie des profits sert à soutenir les athlètes olympiques canadiens. Après de vives protestations, Vincor s’est rendu compte de l’absurdité de louer le Canada avec du vin étranger et a refait sa cuvée en VQA – c’est-à-dire avec des raisins 100% canadiens. L’Esprit sera bien en vue sur la prochaine circulaire de la SAQ. À moins de 12$ (dont 1,25$ va à l’équipe canadienne), si on achète pour le prix, pourquoi pas y ajouter un soupçon de patriotisme.

Les vins les plus populaires au Québec: au-delà de la domination Fuzion

Lundi dernier, Vincent Marissal, chroniqueur à La Presse et grand amateur de vins, publiait le palmarès double des vins meilleurs vendeurs à la SAQ, en 2009. Je dis double parce que l’on y trouve les 10 meilleurs vendeurs par volume (nombre de caisses) et par prix (valeur des ventes en dollars), des catégories tout de même assez différentes.

Par exemple, deux vins à près de 20$, (Lire la suite…)

Le Roy de Hauteville, L’Ambroisie de Mirabel

Décidément, il y a de belles choses qui se trament dans le monde de l’érable québécois – ou plus précisément, des produits alcooliques dérivés de l’érable. L’année dernière, j’avais écrit un billet sur les excellents alcools d’érable produits dans le Témiscouata par Vallier Robert. Des produits qui ont pointé la voie vers une approche tout à fait nouvelle de la fermentation de l’érable.

D’autres s’emploient désormais à faire leur propre petit érable de chemin, comme l’équipe de L’Ambroisie de Mirabel, érablière de la région de Mirabel (bien entendu) qui prévoit aussi entrer prochainement en production de vins et de cidres. Depuis ses premiers pas en 2000, ce producteur travaille à développer des produits distinctifs, d’un mousseux de méthode traditionnelle nommé Caldeira à un genre de « madère » d’érable, Le Roy de Hauteville, vieilli longuement en barriques et en foudres de chêne.

Disponible à la SAQ, Le Roy de Hauteville livre, sous sa robe caramel limpide, une série complexe (Lire la suite…)

Vente de feu à la SAQ: du Mouton Cadet à 30% de rabais, ça vaut la peine?

On voit que le temps des Fêtes approche à grands pas: la SAQ offre, ce samedi seulement (5 décembre), des rabais de 25 ou 30% sur quatre produits largement distribués et aux prix accessibles. Un blanc, deux rouges et une liqueur, l’Amarula – un de ces trucs très sucrés qui ont autant de chance de vous donner mal au coeur à cause du sucre qu’à cause de l’alcool, si vous en prenez trop.

Dans les vins, le blanc est représenté par (Lire la suite…)

Courrier vinicole La relève France-Espagne: c’est quoi au juste la relève?

Si vous êtes amateurs de belles bouteilles, il vous reste jusqu’à minuit, lundi soir (23 novembre) pour placer votre commande au Courrier Vinicole La Relève France | Espagne, un catalogue au principe original, qui offre, comme d’habitude, un choix de cuvées intéressantes, parfois rares et pas toujours à des prix stratosphériques. Innovation appréciable – un retour, en fait, après quelques incompréhensibles années de recul technologique – on peut faire sa commande par Internet. Au lieu de se courir un télécopieur ou de se chercher un timbre (on s’en sert si souvent, de nos jours…), voilà que vous pourrez procéder de façon instantanée. Il était temps!

Ceci dit, ce Courrier Vinicole consacré à « La Relève France | Espagne » me laisse un brin perplexe.

Un peu comme c’était le cas pour les Pastilles de goût, le problème n’est pas tellement dans le concept, mais plutôt dans l’exécution.

Pour la plupart des gens, la relève, c’est la jeunesse, la nouveauté, ceux et celles qui percent, qui renouvellent fraîchement les domaines, les régions où ils travaillent. Le jeune groupe qui explose sur la scène musicale avec un son inédit. L’entrepreneur fraîchement sorti de l’université qui innove et trouve sa place sur le marché. Le vigneron qui change la direction d’un domaine ou crée le sien et montre rapidement une grande promesse. C’est ce qu’on laisse entendre dans la présentation du catalogue, constitué de «51 produits issus d’une nouvelle génération».

Mais la relève, ce n’est donc pas le milieu de carrière – ni, évidemment, l’expérience du vétéran. D’un point de vue personnel, je ne suis pas vieux, il me reste un bon quart de siècle de carrière devant moi, mais je rigolerais franchement si on me disait que je fais partie de la relève.

Après vingt ans aux commandes du domaine familial, Michel Chapoutier fait-il vraiment encore partie de la "relève"?

C’est pourquoi je sursaute en voyant que la Relève définie par l’équipe du Courrier Vinicole inclut Michel Chapoutier, qui a repris le domaine de son grand-père il y a bientôt vingt ans, Étienne de Montille, qui vinifie les vins du domaine familial depuis 1989 (et qui sera de passage à Montréal Passion Vin, la fin de semaine prochaine), ou encore Pascal Chatonnet, qui oeuvre dans le vin depuis les années 80 et qui a mis le Château La Sergue en route en 1996. Autre exemple, on présente Jean-Bernard Larrieu comme la relève du Clos Lapeyre, dans le Jurançon, en précisant qu’il «a débuté en 1985 à l’âge de 22 ans».

Je reste aussi perplexe en voyant Emmanuel Cazes, jeune relève du Domaine Cazes, certes, mais représenté par un vin doux naturel de 1990 qu’il n’a certainement pas vinifié lui-même. Du côté des Moueix, même problème avec un Château Bélair 2000, qu’on lit à Édouard Moueix, fils de Christian, entré dans l’entreprise familiale en… 2002 et à Bélair lors de l’acquisition par les Établissements Moueix en… 2008.

Même hésitation devant le Silex 2007 de Didier Dagueneau: Louis-Benjamin et Charlotte Dagueneau sont maintenant aux commandes du domaine familial, mais le 2007, c’était encore le vin du paternel, mort en septembre 2008.

Entre le Silex ou le Volnay des de Montille, ce n’est surtout pas la qualité des bouteilles qui me pose problème. La Sergue, pour l’avoir goûté le printemps dernier, est un excellent vin et un très bon rapport qualité-prix, à 45$. Je suis sûr que Bélair 2000 est loin d’être de la piquette. Mais que font-ils dans un catalogue de « La Relève »?

Avec un concept aussi dilué, on perd l’occasion de pointer vraiment, avec un véritable travail de recherche, les vignerons qui sont à définir l’avenir du vin, ceux qui arrivent fraîchement sur la scène et qui sont à créer les grands vins de demain. Là, on aurait peut-être fait de parler de familles du vin ou de générations, tous simplement, puisqu’on finit par simplement illustrer le processus traditionnel de succession, dans d’innombrables domaines viticoles.

Il se pourrait très bien que je cède à la tentation en achetant un Hermitage de Yann Chave à 33$, le Jurançon La Magendia de Lapeyre au même prix, un Mas Karolina du Roussillon à 23$, ou encore un Auxey-Duresses d’Estelle Prunier à 55$. Je ne vais pas bouder mon plaisir à cause d’un flou dans les définitions. Mais j’aimerais bien que l’on soit un peu plus précis dans les concepts, ceci dit: que dirait-on si un catalogue Nouveau Monde nous offrait des Bourgogne et des Brunello en nous disant qu’ils sont de style nouveau monde?

 

La pastille entre les dents: quand la SAQ essaie de définir vos goûts

Peut-on définir un vin par une simple pastille et deux qualificatifs? La Société des alcools parie que oui.

Pour être plus juste, disons plutôt que le monopole québécois des vins et spiritueux cherche, avec son nouveau système de « Pastilles de goût », à offrir aux consommateurs un guide simple et facile pour trouver un vin à leur goût et à mieux identifier les mets à marier à la bouteille. Huit pastilles, au total: quatre pour les blancs, quatre pour les rouges, passant du plus léger au plus corsé.

Devant le côté parfois intimidant du monde des vins, l’intention est excellente, louable, potentiellement intéressante. Après tout, si un passionné de vin entre à la SAQ à la recherche d’un pinot noir, voire même d’un mercurey, voire encore d’une cuvée particulière de cette appellation, la plupart des consommateurs se cherchent un rouge qui ira bien avec les pâtes du soir, ou un blanc pour les truites que le beau-frère a pêché et gentiment partagé. Cépage? Appellation? Pas sûr qu’il ou elle ait toujours des idées très précises à ce sujet. Une échelle de goûts à quatre « barreaux », c’est potentiellement un bon guide, pour commencer – ou pour accroître le plaisir du buveur débutant (ou distrait).

Mis à l’essai depuis plusieurs mois dans quelques nouvelles succursales de la Société, le concept a été intégré aux recherches sur SAQ.com au début de l’été. Depuis le weekend dernier, il a été lancé en grande pompe dans tout le réseau. La circulaire SAQ du mois est tout entière consacrée à ce nouveau concept, mettant l’accent sur une sélection de vins de chaque catégorie, et offrant même des coffrets dégustation pour tester, à l’aide de quatre petites bouteilles, la nature de chaque pastille. Ajoutons à ça un questionnaire en ligne pour trouver « votre » pastille, ainsi que des dégustations en succursale, et on voit vite que le monopole met le paquet pour positionner son concept.

(En passant, j’ai fait le questionnaire, pour les rouges, et le site m’a répondu « Vous êtes fruité et généreux ». Je prends le compliment, pour la générosité, mais je dois dire que je ne me suis jamais considéré comme fruité. Faudrait que je demande à ma blonde… Entéka.)

La bonne pastille pour le bon vin

Évidemment, si on veut que le système fonctionne, il faut que les vins désignés par une pastille correspondent vraiment au profil annoncé. Or, après avoir exploré un peu le répertoire offert, pas sûr que l’alignement est tout à fait bien réglé.

En regardant la circulaire de la SAQ claironnant l’arrivée généralisée des pastilles dans les succursales, je m’étais retrouvé assez sceptique devant le classement réservé au riesling McWilliams Hanwood Estate 2008, un des vins vedette de l’opération. La pastille? Fruité et doux.

Fruité et doux? Un riesling australien?

Dans la liste des vins classés Fruité et Doux (la pastille bleu oeuf de pigeon),  on retrouve des rieslings allemands, du chardonnay en cannette australien Billy Rock (qui est tellement fruité et doux qu’il en est même sucré), du pinot grigio californien, voire même du vin de glace L’Orpailleur. Pour tous ces vins, aucun mal à croire que le terme s’applique.

Mais un riesling australien, normalement, ça vous accueille avec une acidité saisissante, de la minéralité, des agrumes. Parfumé, oui. Fruité? Pas tellement. Doux? Pas pantoute.

Le McWilliams aurait-il été atypique? J’en ai acheté une bouteille, pour en avoir le coeur net. Et vous savez quoi, l’acidité aurait de quoi vous décaper les dents. Les parfums sont sur le zeste de lime et de citron, le fruit de la passion, la trame est serrée et minérale. Moi, j’adore ça. J’ai bu ça à grand soif, avec une tarte au fromage et à la courgette, l’acidité et le côté vif venant bien couper le gras des oeufs et du fromage.

Mes notes de dégustation rejoignent d’ailleurs celles de Julien Marchand et celles du Méchant Raisin sur le millésime 2006. Et celles de la maison McWilliams. Même celles de la SAQ mettent l’accent sur les agrumes, la minéralité et la nervosité. Il y a peut-être du sucre résiduel, mais si c’est le cas, on ne le sent pas du tout.

J’insiste, ce n’est pas un vin doux et le consommateur néophyte qui se fierait à la pastille pourrait être très surpris et potentiellement, voir ses attentes déçues.

Bref, on l’enverrait plus facilement vers la pastille jaune, celle des vins fruités et vifs, avec le riesling de Hugel, toujours bien sec et vif, et avec la plupart des chablis qui sont classés là. Si on avait besoin d’y faire de la place, on pourrait toujours échanger le Gros Manseng/Sauvignon blanc gascon d’Alain Brumont ou le San Vincenzo d’Anselmi, deux vins que je connais bien et qui m’apparaissent beaucoup plus proches du fruité et doux que le McWilliams.

Si le classement des rouges me semble généralement plus approprié, il y a là aussi des exceptions. Les Cahors et les primitivo iraient vraiment dans l’aromatique et souple plutôt que dans le fruité et généreux? Et ne pourrait-on pas dire l’inverse pour le Teroldego Mezzacorona ou le Proprietor’s Red de Jackson-Triggs (un vin qui n’est d’ailleurs pas vraiment de l’Ontario, mais fait à majorité de vins achetés en vrac à l’étranger et coupés d’eau, soit dit en passant)?

Bref, le système a clairement ses limites.

Loin de moi l’idée de le condamner intégralement. Je le répète, l’idée est bonne, pour un public non averti. Si ça permet à un plus grand nombre de gens de s’initier agréablement aux plaisirs du vin, je suis pour. Et je souhaite sincèrement que ce soit le cas.

Toutefois, pour que le système fonctionne, les choix doivent être véritablement fidèles à ce que la pastille promet. D’autant plus que les catégories ne sont peut-être pas tout à fait évidentes, au départ. Le registre allant de léger à corsé, par exemple, est décrit essentiellement, dans les explications audio-visuelles données par un conseiller virtuel, lors du questionnaire en ligne, comme étant un passage du moins au plus asséchant. Je comprends qu’on veut parler du caractère tannique des vins, mais un vin très corsé et puissant, s’il est bien fait, ne devrait rien avoir d’asséchant. Pas sûr que cette description est nécessairement une bonne pub pour les vins « aromatiques et charnus ».

Le consommateur, s’il peut se fier globalement aux catégories offertes, ne doit pas y aller totalement à l’aveuglette. À chacun de bien goûter les vins achetés à partir d’une catégorie, pour voir s’il correspond bien à ses goûts et à la description. Le vin est-il fruité et léger, par exemple? Peut-être bien, mais ses arômes, sa concentration, sa texture, ses tannins – bref, sa personnalité – devraient le différencier d’autres vins de la même catégorie. Et c’est en notant et en appréciant ces différences que l’on peut partir sur le chemin de la découverte pour laisser derrière soi les pastilles, au profit d’une appréciation plus personnelle et plus raffinée.

Allez, je vous laisse. J’ai justement envie d’un vin généreux, aromatique, souple et charnu…

Vente aux enchères de vins fins sur Internet : la deuxième fois est la bonne

Le printemps dernier, j’avais écrit un billet sur une vente aux enchères organisée par l’Hôtel des encans de Montréal, avec la Société des alcools du Québec, pour le compte du propriétaire du restaurant Les Chenêts. Je m’étais posé quelques questions, à l’époque, sur la répartition un peu particulière des millésimes et des choix de vins, en me disant que le vendeur avait gardé plusieurs belles bouteilles par devers lui.

Et pour cause. C’est qu’à la lumière de la deuxième vente organisée par le même trio, on serait tenté de penser que la première vente était une sorte de test de marché. De 400, le nombre de lots est passé à 1200, la qualité des lots et le caractère exceptionnel des crus grimpant d’autant.

Cette fois, naviguer au travers des lots devient un véritable magasinage de rêve. Des Mouton-Rothschild de plusieurs millésimes, incluant celui dont l’étiquette a été peinte par Riopelle. Même chose pour les Yquem et pour un paquet d’autres solides liquoreux de Sauternes, ainsi que quelques lots de champagne qui montent facilement à la tête. Des vins du Domaine de la Romanée-Conti en formats et années diverses. Des châteauneuf-du-pape de haut vol, comme des Beaucastel d’une vingtaine d’années et quelques bouteilles du rare et exceptionnel Rayas. Sans compter d’autres vins moins chers mais tout aussi attrayants, comme le Moulin Touchais, le Pesquera ou le Farnito.

En prime, les lots sont de tailles variables, ce qui laisse la chance à des gens aux bourses moins bien garnies de rêver un peu – voire d’acheter un grand cru. Parfois, il y a une douzaine de bouteilles par lot, parfois une seule. Les plus riches pourront viser la dizaine de Mouton-Rothschild des années 80, mais un autre sera peut-être très heureux de mettre la main sur un lot comptant une seule bouteille de ce vin d’exception.

On trouve aussi de très vieilles bouteilles, avec un Lafite-Rothschild 1890 et un Calon-Ségur du légendaire millésime 1900. Dans d’autres cas, il faut toutefois se méfier. Le vin a beaucoup baissé, a pris des couleurs assez étonnantes et sera vraisemblablement très altéré. Dans ces cas, on voudrait la bouteille comme objet, plus que comme projet de dégustation.

D’ailleurs, voilà une question essentielle à se poser, si jamais vous voulez passer du rêve à la réalité. Pourquoi voudriez-vous un lot en particulier ? Pour le boire, ou simplement comme trophée ?

Le catalogue est en ligne maintenant. Les enchères s’ouvrent le 1er septembre et se poursuivent jusqu’au 10 septembre: la fermeture des lots se fera en trois temps, à partir du 8 septembre. Ça vous laisse le temps d’y penser.

Vente internet de vins rares à l’hôtel des Encans: grandes bouteilles et bric-à-brac

L’annonce est arrivée dans une grande enveloppe à la mi-mai, avec à l’intérieur un document cartonné de luxe, signalant un événement rare. Approchant la retraite, Michel Gillet, du restaurant Les Chenêts, souhaite se départir de son exceptionnelle cave, d’où une vente aux enchères sur Internet sous l’égide de l’Hôtel des encans, maison dirigée par Iégor de St-Hippolyte.

La dite vente, qui se poursuit jusqu’à lundi, 8 juin, 16h, comprend quelque 402 lots en tous genres, avec une dominante de bordeaux des années 80 et 90. Tous peuvent participer aux enchères, en s’enregistrant sur le site et en faisant une offre. N’oubliez juste pas qu’après, si on gagne, il faut payer…

Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y en a de tous les genres et pour tous les goûts.

Il y a des trucs magnifiques. Des lots de Tignanello 1983, 1986, 1987, trois Lafite-Rothschild 1986, un Matusalem (6 litres) de Lynch-Bages 1983, un autre Matusalem de Romanée-Conti 1972, plusieurs lots d’Opus One, six Haut-Bailly 1985, quatre Pétrus 1978, pour n’en nommer que quelques-uns. Du très haut de gamme.

Il y a aussi des trucs très sympathiques, comme cette douzaine de Château de Chantegrive, un très beau Graves, dans un très bon millésime (1996). Ou encore ces lots de magnums de Farnito, un solide cabernet toscan de la maison Carpineto. Ou ces lots de Cigare Volant, de Bonny Doon, et d’Anjou 2004 du Domaine Richou. Pas des cuvées exceptionnelles, mais des vins de très bon aloi, qu’on pourrait déguster à maturité avec beaucoup de plaisir.

Et finalement, il y a une sorte de bric-à-brac de machins disparates et de trucs un peu moins attrayants. Comme une quantité impressionnante de bordeaux 1992, un des pires millésimes des trente dernières années – pluvieux, frais, vraiment pas fait pour vieillir. Une douzaine de bouteilles de Chardonnay Louis Latour 2006. Un lot composé de deux chablis grand cru 1988 et de deux vins de glace 1995 d’Inniskillin. Un paquet de Passetoutgrain vieillissant.

Vous voulez deux Montus 1986? Il faudra prendre 9 bouteilles des vins de pays signés Francis Cabrel. Vous voulez quelques cabernets sauvignons de Napa de Robert Mondavi? N’oubliez pas les deux bouteilles de chardonnay Woodbridge (oui oui, Woodbridge). Ça vient avec. 

Bref, à la fois l’occasion de se payer la traite à toutes sortes de prix, mais aussi quelques lots à considérer avec une relative méfiance: neuf bouteilles de merlot du Frioul de 1991, même bien conservées… mettons que je ne suis pas convaincu.

Reste que l’occasion de participer à une vente aux enchères est particulièrement attrayante – et assez rare, au Québec. Et qu’il y a quelques lots qui m’attirent passablement. Bref, j’ai jusqu’à lundi, 16h, pour voir qui remportera la négociation, entre le coeur, les papilles et la raison.

Opération Italie à la SAQ: en ligne, svp?

Depuis l’année dernière, la Société des alcools du Québec a regroupé ses efforts promotionnels saisonniers en mettant à contribution tous ses outils, dans toutes les gammes de prix. C’est ainsi qu’à l’automne 2008, deux opérations du Courrier Vinicole sur les Grands vins de Bordeaux 2007 et sur les seconds vins des grands châteaux de Bordeaux 2005 avaient lieu en parallèle avec le lancement de la revue Cellier (avec ses arrivages) sur la France (et en particulier Bordeaux), avec une revue Tchin Tchin également sur la France, et avec une Foire des vins de France en succursale, avec circulaire à la clef.

En ce mois de mars, (Lire la suite…)

Aimez-vous le vin vert? La SAQ veut savoir…

C’est en lisant une discussion sur le forum Fou du vin que j’ai appris ce matin que la SAQ se livre, sur son site SAQ.com, à un petit sondage (voyez au pas de la page d’accueil) qui vous donne incidemment la chance de remporter une carte cadeau de 100$. Alléchant petit incitatif pour amener les gens à se prononcer sur les vins « verts » et équitables et l’importance de ces considérations dans leurs choix de consommation.

La SAQ, en effet, s’est dotée d’un plan vert et de critères de responsabilité sociale qui sont appelés à influencer ses choix d’achats dans les vignobles du monde entier. Les derniers appels d’offres pour des produits de spécialités, par exemple, accordaient des points aux produits plus écolos, qque ce soit par leur côté bio, leurs emballages plus écologiques (légers, recyclables), leurs politiques d’emploi, etc. Un tournant qui n’est pas anodin, si on tient compte du volume d’achats souvent très important du monopole.

Mené par la firme Ad Hoc Recherche, (Lire la suite…)