Un mot de chez Musar, un autre endroit pour déguster et du très très bon Bourgogne

Un article sous l’angle de la continuité, ici.

D’abord parce qu’après avoir écrit ma note de dégustation sur le Château Musar 1991, j’ai envoyé un courriel au Château pour obtenir quelques informations supplémentaires. J’ai reçu une réponse aussi rapide que gentille et précise signée Gaston Hochar, le petit-fils du fondateur, qui fait les vins avec son père Serge.

En voici un extrait, (Lire la suite…)

VdV 18: la synthèse des pinots

Et alors? Qu’est-ce qui a pinoté dans les verres des vendredistes? Du pinot noir de Bourgogne, d’Alsace, du Jura, du Valais, de Californie, d’Australie et du Languedoc. Mais il y aurait pu y avoir autre chose dans le verre.

Car comme le rappelle Toon, toujours fidèle aux VdV par commentaire, “J’aurais pu vous parler d’un Côte-Rôtie VV 1994 de Guy Bernard qui pinote un max. En effet, on dit des vieilles syrahs de la Blonde qu’elles pinotent.” C’est bien vrai. De nobles syrahs faisant dans la dentelle, voire de vieux nebbiolos traités en douceur peuvent aussi gagner cette limpidité visuelle et aromatique qui nous font dire que ça pinote. Néanmoins, Toon est resté dans la stricte observance avec (Lire la suite…)

Dégustation: Clos Jordanne, Pinot noir village réserve 2004, Niagara Peninsula

La première fois que j’ai dégusté les pinots noirs (et un chardonnay) du Clos Jordanne, création conjointe de Boisset et de Vincor, c’était à l’automne 2006, en préparation d’un arrivage de nouveaux vins de la revue Cellier, en compagnie des Connaisseurs de la SAQ. Une fort belle dégustation de vins des Amériques où ces pinots bio s’étaient démarqués par leur finesse et leur subtilité. Un beau contraste, quand on déguste une cinquantaine de vins d’un continent qui tend à favoriser la puissance et l’exubérance.

C’est donc sans hésiter que je me suis procuré quelques bouteilles du millésime 2004, le premier commercialisé par la maison, lors de leur arrivée en succursale, au printemps 2007. Les vignes sont donc très jeunes, mais malgré tout, le vin montre une très grande promesse. Une bonne acidité, des arômes de fruit rouge (Lire la suite…)

Dégustation: Chambolle-Musigny 2001, Patrice Rion

J’avais été très séduit par le chambolle-musigny 2001 de Patrice Rion, à l’origine, il y a peut-être trois ans, quand je l’avais dégusté tout fringant, en jeunesse, intensément aromatique et fruité. Bien du plaisir à boire. «Un peu cochon», m’avait même dit Jean-Sébastien, un bon ami sommelier.

Un peu trop, peut-être. La séduction facile n’est pas nécessairement un gage de durée.

Ce soir, c’était la Saint-Valentin. Le côté séduisant du Rion me semblait assez approprié merci.

Il y en avait encore, de la séduction, mais mettons qu’avec quelques années de plus (Lire la suite…)

Vive les “petits” pinots noirs

J’aime particulièrement le pinot noir quand il est léger, clair, aux arômes frais et friands. Pas nécessaire de trop en mettre: ce cépage est à son meilleur quand il fait dans la dentelle, dans la délicatesse. Voyez ce qu’en fait un Josh Jensen en Californie, malgré la chaleur et le soleil de la Central Coast, et vous verrez qu’il est possible de préserver cette délicatesse dans presque tous les vignobles. Ce qui n’empêche pas nombre de producteurs d’essayer d’en faire des versions musclées et opaques, comme s’ils essayaient de faire la compétition à des syrahs ou à des cabernets.

Pour éviter cette surenchère, j’aime bien me tourner vers les pinots de terroirs perçus comme plus “petits”, de coins plus frais comme l’Alsace, le Valais ou le Trentin, dans le nord de l’Italie. Ce soir, par exemple, j’ai goûté un pinot nero del Trentino, justement, le Ritratti 2005 de la Cantina La Vis, une coopérative établie en 1948 dans la Valle di la Cembra. Avec des vignes assez jeunes et des rendements tout de même relativement élevés (entre 50 et 60 hectolitres à l’hectare), la coopérative produit (Lire la suite…)

Dégustation: Calera Reed Vineyard 1998 Mt. Harlan Pinot Noir

Il y a plusieurs années que j’apprécie particulièrement la finesse et la subtilité des pinots noirs concoctés par Josh Jensen chez Calera, un domaine de la Central Coast de Californie, au sud de San Francisco. En fait, ses pinots sont souvent remarquablement pâles, pour la région et en général. À un point tel qu’on pourrait croire à un manque de substance. Pourtant, les vins se révèlent fortement aromatiques et amples en bouche, prouvant de façon superbe que le pinot noir n’a pas besoin d’une forte extraction, pas besoin d’être dense et sombre comme de l’encre pour s’exprimer, bien au contraire.

Dégusté avec la dinde de l’Action de grâces, le Reed Vineyard 1998 de Calera s’est révélé tout à fait à la hauteur de mes attentes. D’une robe grenat clair montrant une certaine maturité du vin, il exprimait d’intenses arômes de cèpes et de sous-bois, d’épices et de tabac, sous lesquels remontait graduellement (Lire la suite…)

Du vin canadien, avec un arrière-goût

J’ai découvert le vin canadien au début des années 90 grâce à ma douce moitié, qui a grandi en Ontario. Déjà, le vin ontarien avait commencé à prendre son grand tournant obligé face à l’ouverture du marché à la concurrence américaine, dans la foulée de l’ALÉNA. Les Inniskillin, Château des Charmes et autres pionniers des cépages nobles avaient déjà plusieurs années d’expérience acquise et ça commençait à paraître.

Quelques années plus tard, j’ai tenu, pendant trois bonnes années, une chronique entièrement dédiée au vin canadien (et bières et spiritueux, pour varier un brin). C’est à ce moment-là que j’ai commencé à mieux voir la diversité et la qualité de la production du Niagara, du Québec et, éventuellement, de l’Okanagan (voire même de Nouvelle-Écosse).

J’ai régulièrement été impressionné par des pinots noirs équilibrés, des chardonnays aux accents minéraux distinctifs, des rieslings bien mûrs, aux parfums parfois singuliers, ou encore des cabernets francs bien typés et parfois exceptionnels. Sans compter, bien sûr, les vins de glace qui font, avec raison, la fierté du vignoble canadien.

À preuve, je viens d’ouvrir un cabernet franc Reserve 1998 de Stoney Ridge, qui se reposait à la cave depuis que je l’avais acheté à la LCBO en 2001. À neuf ans, le vin était à pleine maturité, avec un nez riche et passablement complexe offrant de la prune, du tabac et du cuir, des notes boisées juste bien placées. Un vin d’une bonne profondeur, même si la bouche n’était pas parfaitement harmonieuse, le bois n’étant pas pleinement intégré. L’acidité bien placée, le fruit toujours abondant et les tannins bien fondus faisaient bien oublier ces petits détails. Le millésime le plus récent se vend une trentaine de dollars: je me rappelle plutôt en avoir payé une vingtaine, mais je n’aurais pas été gêné d’en payer trente, avec le plaisir et la durée de vie. Une robe grenat montrait que le vin, bien qu’ouvert et amplement prêt à boire, aurait eu encore plusieurs belles années devant lui.

1998 a été, il faut bien le dire, un millésime absolument superbe au Niagara. Même les cabernets sauvignons avaient atteint, cette année là, un degré de mûrissement exceptionnel – alors qu’ils peuvent avoir un petit côté vert, quand les saisons sont plus fraîches. Le cabernet franc reflétait bien les qualités du lieu et la nature du millésime.

C’est pourquoi j’ai été profondément déçu par un pinot noir 2005 de la même maison Stoney Ridge, un pinot qui arborait fièrement sur l’étiquette l’insigne du 20e anniversaire de la maison. Le vin goûtait vaguement le pinot, mais se montrait flasque, imprécis et excessivement mûr. Qu’est-ce qui s’était donc passé, alors que j’avais trouvé de précédents vins de la maison si bien définis?

La réponse se trouvait en trois mots sur la contre-étiquette: Cellared in Canada. Ce terme très vague signifique que le vin est un mélange de vin canadien ou étranger, une proportion qui peut aller en grande majorité (90%, même, selon certaines sources bien informées) du côté du vin étranger. C’est l’inverse du VQA, les standards de la Vintners’ Quality Alliance, qui obligent tout vin portant cette mention à venir à 100% du Canada, et même plus précisément de la région ou de l’appellation mentionnée sur l’étiquette. Le cabernet franc 98 était, lui, un VQA.

La confusion se rend désormais jusque sur les rayons de la LCBO. Alors qu’auparavant, les vins VQA étaient placés dans des rayons distincts, ils sont maintenant entremêlés avec les cochonneries (désolé, après en avoir goûté quelques-uns, je ne vois pas d’autre mot) mélangées “Cellared in Canada”, dont la majorité provient de vins cheaps importés par citernes entières du Chili ou d’Australie. Des vins faits par souci d’économie, pas pour l’amour du vin.

Comprenez-vous pourquoi j’ai eu l’impression de m’être fait avoir avec ce pinot noir? Et je me demande sincèrement ce qui passe par la tête de ce producteur: il me semble que si je mettais en marché une bouteille anniversaire de mon domaine, je chercherais à y mettre mon meilleur vin à moi, pas la piquette du voisin! Toutes les bouteilles du millésime portent cette insigne, en fait, mais ils ne le méritent pas tous.

C’est vraiment dommage. Avec tout le bon vin – vraiment – canadien disponible sur le marché, une telle confusion ne peut que nuire à l’image de marque des vignerons qui travaillent constamment pour rehausser le niveau de qualité de leurs produits et pour en faire connaître le côté distinctif et particulier. Quand les vins montrent de plus en plus de qualités distinctes, quand l’oenologie sait de plus en plus comment équilibrer les vins, sans chercher à forcer le fruit ou le bois, pourquoi diable diluer ces qualités?