Note de dégustation: Cornas Paul Jaboulet Aîné 1996 (prise 2)

Ça peut être agréable d’avoir deux bouteilles du même vin à la cave. Ne serait-ce que pour constater les différentes manières dont il peut se présenter. L’année dernière, j’avais écrit une première note de dégustation sur le Cornas 1996 de la maison Paul Jaboulet Aîné, que j’avais trouvé un brin réservé, bien que visiblement pas dépourvu de tonus.

La deuxième bouteille, ouverte il y a quelques jours, a donné une impression bien différente. Beaucoup plus expressif, le nez offrait des odeurs animales assez intense, rattrapées avec l’oxygénation par de très belles notes de réglisse, de cèdre, de café et un peu de baies noires. En bouche, ces éléments se retrouvaient dans un ensemble assez complexe, le café et le cèdre occupant toutefois plus de place, proportionnellement. Des parentés, donc, avec la dégustation précédente, mais dans un tout autre état d’esprit.

La bouche, bien qu’agréable, se montrait tout de même un brin mince. Combinée à la couleur aux reflets un peu orangés, tendait à montrer que le vin était plus près de la fin que de la jeunesse. Il tenait encore bien la route, sur des grillades, mais je n’aurais pas voulu attendre plus pour le déguster. Alors que les vins de Cornas avaient autrefois la réputation de s’ouvrir après une vingtaine d’années, celui-ci ne semble vraiment pas en mesure de vivre au-delà de vingt ans.

Remarquez, peut-être que les cuvées plus recherchées de Clape, Lemenicier, Mathieu Barret, Vincent Paris et autres vignerons renommés de l’appellation auraient plus d’endurance que cette cuvée “générique” réunissant des raisins provenant de diverses parcelles. J’attendrai encore un moment avant d’ouvrir le 1998 de Clape.

Déguster ce vin, soit dit en passant, est un acte empreint d’une certaine nostalgie, puisqu’il s’agit du dernier millésime supervisé par Gérard Jaboulet, qui avait donné une impulsion remarquable au domaine familial vieux de presque deux siècles. Son décès subit et prématuré, en 1997, avait visiblement suscité un certain désarroi au sein de la maison, dont les vins des quelques millésimes suivants avaient été assez mal reçus, la qualité n’étant plus la même, en particulier pour les cuvées les plus réputées du domaine, l’Hermitage La Chapelle en tête.

Cette dure période explique en bonne partie comment le domaine a pu en venir à être racheté par la famille Frey, propriétaire du Château La Lagune, à Bordeaux, et de la maison champenoise Billecart-Salmon. Quel effet ce changement de mains aura-t-il sur la maison rhodanienne? Elle lui a déjà permis un niveau d’investissement renouvelé. Pour le reste, laissons le temps au temps.

Dégustation: Bahans Haut-Brion 2000, Pessac-Léognan

Avant tout l’énervement qui a entouré le millésime 2005, il y avait eu un autre “millésime du siècle” en 2000. Grâce à des mois d’août et septembre magnifiques, après un printemps frais, les raisins ont atteint la maturité facilement, dans un état sanitaire parfait. Seuls les liquoreux ont parfois souffert du retour de la pluie en octobre.

En fouillant à la cave, à la recherche d’une bonne bouteille pour souligner l’anniversaire d’une bonne amie amateur de vin, j’ai ressorti un Bahans Haut-Brion, second vin de Haut-Brion, le plus célèbre des châteaux de Pessac-Léognan. À neuf ans, il est temps de voir où s’en vont ces crus dont on promettait de très grandes choses.

Le vin, fait grosso modo d’une moitié de cabernet sauvignon et d’une proportion variable de merlot et de cabernet franc (selon le millésime),  s’est montré un modèle d’intégration et d’équilibre. Tout en souplesse, avec de la finesse, une belle gamme de saveurs et d’arômes qui se succédaient en douceur. Du fruit, du tabac, de l’épice, harmonieusement rassemblés, sur des tannins fins et mûrs.

Le Bahans ne manquait pas pour autant de corps ou de présence. Nous l’avons bu autour de steaks de la ferme Eumatimi grillés au barbecue. Et le vin avait tout ce qu’il fallait pour s’équilibrer avec les saveurs grillées et viandées. Enrobant, d’une belle longueur, il nous a fait filer un parfait bonheur.

Personnellement, le vin m’amène même à me demander si le millésime 2000 ne serait pas supérieur au superlatif 2005. Un peu moins de chaleur durant l’année me semble donner des vins plus équilibrés, les 2005 ayant un peu plus d’alcool et de confiture en stock. La chaleur, le fruité et l’alcool ne sont pas garants d’un vieillissement plus durable et plus harmonieux, bien au contraire.

Évidemment, la comparaison n’est pas parfaite, la photo de l’un et de l’autre millésime étant prise à cinq ans de distance dans leur évolution. Que voulez-vous, la vie est dure, il faudra goûter encore et encore pour se faire une idée plus claire…

Dégustation: Ste-Croix 2006, Domaine de la Roche des Brises

Le cépage Ste-Croix a le privilège d’être le plus planté au Québec, ce qui le rend presque omniprésent dans les vins rouges d’assemblage et donne aussi lieu à quelques vins monocépages qui ont de la couleur et de la substance. (On peut en trouver une liste complète à partir de cette page du site de l’AVQ).

Dans les 100% Ste-Croix, le Domaine de l’île Ronde s’est fait une spécialité de son très bon Saint-Sulpice, tandis que le Domaine Royarnois et le Domaine Clos Sainte-Croix de Dunham produisent aussi des cuvées entièrement dédiées à ce raisin. À La Roche des Brises, à Saint-Joseph-du-Lac, on en fait un vin sec, mais aussi un vin de glace rouge.

S’il offre de la profondeur et de la substance, le Ste-Croix est à manipuler avec un certain soin. Au fil des ans, j’ai goûté plusieurs cuvées marquées par une amertume un peu forte. Extraction excessive? Manque de maturité phénolique? Défaut potentiel de ce cépage rustique? Je n’ai pas poussé l’analyse assez loin pour répondre à cette question, mais le risque guette visiblement le vinificateur au moment de changer le raisin en vin.

Le Ste-Croix 2006 m’a inquiété à ce propos, quand je l’ai ouvert. Au travers de notes fumées, torréfiées, l’amertume se présentait de façon assez prononcée. Et si l’acidité réussissait un tant soit peu à relever le tout, l’ensemble n’était pas tout à fait harmonieux.

Or, sur la contre-étiquette, le producteur recommande très sagement un passage en carafe. Avec raison, puisque le lendemain midi, le vin s’était ouvert, des notes de cassis étaient remontées à l’avant-plan, avec un petit côté tomaté, et l’amertume s’était quelque peu calmée. Ce qui donnait alors un vin encore assez dense et concentré, passablement marqué par son passage en chêne, mais nettement plus intégré et que j’aurais bien dégusté avec des grillades. Pour être un brin moléculaire, les éléments fumés et torréfiés semblaient prometteurs avec le grillé d’une viande au barbecue.

Au total, le vin est resté bien agréable à boire sur deux jours, ce qui m’encouragerait à en mettre une bouteille à la cave, pour voir son évolution sur deux ou trois ans. C’est ce que j’avais fait avec le Saint-Sulpice, avec des résultats plutôt convaincants.

Pour moins de 15$, un vin assez réussi, au total. Dont j’ai hâte de voir le millésime 2007, une véritable réussite dans les vignobles québécois.

Hardys: une grande maison australienne – et dans les petits pots, les bons onguents

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la dégustation des vins de la maison australienne Hardys organisée il y a deux semaines à la SAQ Jean-Lesage, à Québec, était affaire de contrastes.

Hardys, après tout, c’est une des plus grandes marques du monde, avec 300 millions de bouteilles vendues partout dans le monde. Une maison industrielle intégrée à l’empire Constellation, dont Vincor est la composante canadienne.

Et pourtant, le côté familial de cette maison fondée en 1853 est encore bien présent. À preuve, c’est Bill Hardy, l’oenologue en chef de la maison et cinquième génération de la famille Hardy à oeuvrer dans le monde du vin, qui animait la dégustation, une des premières étapes d’une tournée pancanadienne. L’animation était menée dans un excellent français, appris lorsque Hardy avait été envoyé étudier l’oenologie à l’Université de Bordeaux (et faire des vendanges chez Bouscaut et Haut-Brion), puis quand il a pris les rènes du Domaine La Baume que la famille venait d’acheter dans le Languedoc.

Et si la dégustation s’est faite à moitié autour de la série Stamp of Australia, produite à coup de millions de caisses, on sentait bien que le coeur de Bill Hardy penche vers les plus petites maisons qui composent l’empire. Un goût qui rejoint une nécessité pour l’industrie viticole australienne, dont les exportations ont été durement touchées au cours des dernières années, particulièrement aux États-Unis et en Angleterre, des marchés où les shiraz et cabernets costauds faisaient jusqu’à récemment un véritable malheur.

Pour Bill Hardy, si les exportations australiennes se portent bien en Asie – et au Canada, s’empressait-il de préciser – il est nécessaire pour le pays de mettre l’accent sur les particularités régionales, afin que «l’Australie ne soit pas une catégorie». Bref, qu’on n’aille pas acheter des vins australiens, mais plutôt des vins de MacLaren Vale, de Tasmanie ou de Coonawara, comme on achète du Bourgogne et de la Loire, plutôt que simplement du vin français.

Les vins

Les Stamp of Australia, en ce sens, sont des exemples parfaits de la «catégorie Australie». Des vins «pas très compliqués», comme le disait M. Hardy. Un chardonnay sémillon avec une bonne acidité, rafraîchissant, avec des arômes d’agrumes et un brin de fines herbes. Un cabernet merlot aux accents de tabac et d’épices, un peu de confiture de fraise, sur un mode assez équilibré, tout comme le shiraz-cabernet sauvignon, qui avait toutefois un accent de bonbon acidulé aux cerises que je trouve souvent dans des vins produits à grande échelle, avec tous les recours technologiques possibles. Bill Hardy expliquait d’ailleurs que les vins étaient acidifiés pour leur garder une fraîcheur que le climat australien rend difficile à maintenir dans les raisins très mûrs, et que le goût boisé très maîtrisé trouvé dans les Stamp of Australia était dû à l’installation de douelles (bref, de planches de tonneaux) directement dans les immenses cuves en inox où le vin prend forme. Pour lui, à peu près impossible de faire autrement, à ces échelles de production.

Il en va autrement pour les plus petits domaines contrôlés par Hardys, où, précisait Hardy, on tend à revenir à une approche plus naturelle (levures naturelles, maturation sur lies, etc.), après une ère «très technologique» dans les années 80 et 90. Tant mieux. Voilà qui devrait aider à exprimer le caractère régional plus aisément.

Ce caractère, on le sent bien dans le Cabernet sauvignon 2006 Tintara, une maison  achetée par la famille Hardy en… 1876! MacLaren Vale est une région relativement fraîche, ce qu’on sent bien dans les arômes très classique de café et de cassis, avec un peu de poivron rouge et des tannins bien présents. Un excellent rapport qualité-prix (26,50$). Rien de confituré, et pas d’alcool excessif. Hardy insiste que les Australiens cherchent à limiter le taux d’alcool de façon naturelle, devant des années très chaudes, et que leurs vins, quoi qu’il en soit, n’atteignent pas les sommets de 15, voire 16 pour cent vus dans d’autres régions.

Cette réserve relative se goûte aussi dans le Shiraz 2005 Château Reynella, une autre propriété historique acquise par les Hardys et particulièrement appréciée de la famille, qui y a installé son quartier général. Rien de nordique là-dedans, bien entendu, mais un bel équilibre entre des saveurs de fruit noir, de bleuet, de prune, de cacao, avec un élément toasté en bouche, mais une impression assez ferme, structurée, sur une belle longueur et une ampleur tout à fait agréable. Par rapport à bien des shiraz australiens ou des syrahs californiens, un modèle d’élégance.

Tout au sommet de la liste trônait le cabernet sauvignon 2001 Thomas Hardy, un assemblage de cabernet de Margaret River, dans l’ouest de l’Australie, et de Coonawara, à l’autre bout du pays. Bill Hardy explique que ce vin nommé d’après le fondateur de la maison est tiré des meilleures parcelles de l’année, assemblées après vinification, parfois d’un seul endroit, parfois de plusieurs provenances. Vendu 90$ en importation privée, le vin montrait un panache vraiment remarquable, avec des saveurs de café, de menthe, de champignon, de poussière, de cerise séchée, de vanille et de cèdre, voire de canneberge. Bref, un vin complexe, encore une fois bien équilibré, sans chaleur excessive, qui pourrait vieillir agréablement encore plusieurs années. Avec le Shiraz Eileen Hardy, qui porte le nom de la grand-mère de Bill Hardy, laquelle avait pris la relève du domaine pendant de nombreuses années, à la mort de plusieurs des hommes de la famille dans un écrasement d’avion, le Thomas Hardy se veut la cuvée exemplaire de la maison.

Fort bel exemple, dans un très bel esprit… qu’on aimerait bien retrouver un peu plus dans les cuvées plus simples de la maison. On peut toujours rêver…

Riesling Jubilée 2005, Hugel: une note de dégustation et un hommage

La nouvelle a couru très vite, quelques heures à peine après son décès. Jean Hugel, patriarche de cette célèbre famille d’Alsace, plus connu comme Jeanny ou Johnny, est mort parmi les siens mardi soir, à l’âge vénérable de 84 ans. Un décès qui a été accueilli par une multitude de salutations senties et d’hommages, rendus par de nombreuses autorités et grandes figures du monde du vin.

Jancis Robinson y était presque la première, se remémorant ses rencontres avec le fier défenseur du vin alsacien et livrant le témoignage d’Étienne Hugel sur les derniers moments de son oncle. Sur le blogue de la maison Hugel, tenu justement par Étienne, les témoignages s’ajoutent d’heure en heure, avec des noms comme Christian Pol-Roger, Nicolas Jaboulet, Marc Perrin (Beaucastel), le chroniqueur Michel Bettane ou Pierre-Henry Gagey (président de l’Interprofessionnelle de Bourgogne). Le monde du vin salue une de ses grandes figures.

Le mot n’est pas galvaudé. Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, Jeanny Hugel a travaillé avec énergie à la reconnaissance des vins d’Alsace, notamment pour assurer une reconnaissance légale stricte aux vins de vendange tardive et de sélection de grains nobles. Il avait aussi oeuvré à la reconnaissance des meilleurs terroirs alsaciens, avant de claquer la porte devant un processus qu’il jugeait trop empreint de compromis. Pas question pour lui d’appuyer un concept dilué.

Et c’est ainsi que le Riesling Jubilée, la cuvée haut de gamme de la maison, provient du coeur du grand cru Schoenenbourg, même si on ne le dit pas, par principe, sur l’étiquette. On est, quoi qu’il en soit, dans un excellent terroir, sur une excellente année avec le millésime 2005.

Voilà un vin net, droit et fier, qui montre déjà tout son potentiel et son caractère, même s’il est clair, en le goûtant, qu’il sera bon pendant des décennies. La robe va dans le même sens, avec ses reflets verdâtres qui expriment la jeunesse du vin.

Le nez, compact, livre tout de même toute la complexité du vin: un peu de fruit à chair blanche, des notes florales, du conifère et des fines herbes, aligné sur une trame minérale qui annonce subtilement les aspects pétrolés que le riesling prend avec l’âge. 

L’attaque est claire, marquée par l’acidité franche d’un riesling bien mené et par des notes minérales affirmées. Le fruit mûr se révèle derrière ces premières impressions, avec du citron, de l’abricot frais et un peu de pomme cuite. Les saveurs sont intenses, la bouche ample, l’amertume finale s’intégrant parfaitement à un ensemble, ma foi, tout à fait impeccable.

En prime, sur une note bien personnelle, le nez évoque pour moi mes premières impressions spécifiques de vin, senties chez mes grand-parents lors d’une fête de famille. La minéralité du riesling et moi, ça fait longtemps qu’on se fait de l’oeil…

Alors voilà. En terminant ce billet, tout absorbé par la beauté de cette cuvée – qui ferait bien l’affaire avec du homard, mais qui était parfaite avec ma petite tartine de rillettes de canard de chez Julien Dupont, sympathique éleveur de Tewkesbury, au nord de Québec – je lève mon verre à la santé de M. Hugel, dont les vins continuent, depuis une bonne vingtaine d’années, d’être un rendez-vous régulier pour moi. Jamais été déçu. Et si le passé et garant de l’avenir, je serai encore au rendez-vous pour des années à venir. Ne serait-ce que pour goûter, à maturité, cet excellent Jubilée.

VdV 23: les vins de printemps rassemblés

Un rosé ne fait peut-être pas le printemps, mais un bouquet de rosés et de vins rafraîssants, ça fait certainement le Vendredi du vin sous le thème du printemps. Les notes de tout un chacun donnent certainement envie de s’asseoir sur la terrasse avec ce qu’il faut pour grignoter, du soleil et du pinard facile (à boire, ce qui ne veut pas toujours dire facile à faire) et gouleyant.

Pour souligner que les VdV sont accessibles à tous, blogueurs ou pas, allons -y d’abord pour les deux amis qui nous ont laissé leurs notes sous forme de commentaires, soit Stéphane Quéralt, avec un rosé du Domaine Clavel très gourmand et à l’alcool raisonnable, et Toon, avec le Clairet du Château Haut-Colombier, “viril mais correct”. Avis à tous: ne vous gênez pas pour suivre leur exemple. Les VdV, c’est pour tout le monde.

Côté blogues, outre mon rosé expérimental californien, un carton de six avec des extras.

Tout d’abord, l’excellent Olif avait vraiment envie de célébrer, lui qui a ouvert un champagne rosé de René Geoffroy. Un rosé de saignée qui fait dans la dentelle et le taffetas, nous dit-il.

Iris, autre habituée des VdV, ne s’est pas laissée décourager par le bris de deux bouteilles, pour nous livrer ses impressions enthousiastes sur le Moulin à Vent 2007 du Domaine des Côtes de la Molière, une gourmandise qui me donne l’eau à la bouche – et je suis convaincu que c’est plus contagieux que la grippe A H1N1.

Julien Marchand, lui, avait le printemps un peu frisquet, le jour de sa dégustation, alors il est allé se réchauffer sous le soleil du Priorat avec un rouge consistant, le Los 800 2004. La terrasse et le rosé, ça sera un peu plus tard.

En regardant les martinets passer, Olivier le Showviniste, lui, a fait dans le rosé espagnol et le rosé français, ce dernier conçu par un tandem australo-britannique. Il promet même de reparler du Verjus produit par ces derniers – très bon pour la volaille, je vous le dis.

Anne, des Dindonsvins, a fait glouglou avec un vin Tombé du ciel, un 100% carignan produit en macération carbonique. Un autre vin qui redonne ses lettres de noblesse à ce cépage parfois sous-estimé.

De quoi étancher sa soif jusqu’à l’été. Et pour savoir quel plat marier à vos vins de printemps et d’été, n’oubliez pas de suivre le Vendredi du Vin du mois de mai, qui sera consacré à la sommellerie moléculaire, une approche raisonnée des combinaisons vins-mets basée sur la présence, dans le vin et le plat, des mêmes molécules aromatiques. Le sommelier François Chartier, qui prépare pour le 20 mai un livre à ce sujet, intitulé Papilles et molécules, guidera la dite dégustation.

Pour en savoir plus sur la sommellerie moléculaire, vous pouvez écouter ce reportage de l’émission Découverte, diffusée dimanche dernier à Radio-Canada. Vous verrez, c’est pas sorcier.

Vendredi du vin 23: La fraîcheur printanière, version Scholium Project

En pensant à quel vin ferait le printemps pour moi, à l’occasion de ce 23e Vendredi du vin, j’ai bien essayé d’élargir le champ de mes réflexions. Du gamay, peut-être? Un muscadet? Un cabernet franc gouleyant?

J’y ai pensé, oui, mais je suis revenu sans vraiment hésiter au rosé. Il m’arrive bien de boire du rosé l’automne ou l’hiver – quand c’est bon, c’est bon tout le temps – mais au bout du compte, aucun autre vin ne représente autant le retour du beau temps et de la chaleur qu’un rosé savoureux et rafraîchissant. Dans ma rue, c’est le vin des apéros spontanés entre voisins, au moment où la chaleur de fin de journée pousse les enfants à jouer dehors jusqu’au souper, et que les parents se retrouvent du même coup comme ils ne parviennent jamais à le faire aussi bien l’hiver.

Évidemment, les rosés sont souvent considérés comme n’étant bons que pour rafraîchir par temps chaud. Comme s’ils n’avaient pas d’autre valeur intrinsèque, d’autre qualité véritable. Ce qui explique possiblement pourquoi les autorités européennes se sont dit qu’il ne serait pas grave de faire fi des traditions et de permettre la production de rosés de coupage (c’est-à-dire des mélanges de vin blanc et de vin rouge), par opposition aux méthodes traditionnelles de saignée ou de pressurage. Le but? Permettre de faire des volumes et de vendre le vin à la Chine, par exemple. Pour le virage qualité, on repassera.

La France, après avoir autorisé le projet de règlement européen, a changé son point de vue devant les réactions outrées des associations de vignerons. L’Italie aussi semble emboîter le pas. Le vote sur la question a été reporté d’avril à juin, mais la question est loin d’être réglée. 

Bref, on a encore le printemps au complet pour profiter du bon rosé, sans avoir peur qu’il soit trafiqué en toute légalité. 

Je me suis donc sorti un excellent rosé de saignée ramené d’un voyage en Californie, l’automne dernier. Le résultat d’une des nombreuses expériences tentées chez Scholium Project par Abe Schoener, ex-professeur de philosophie antique devenu un des plus audacieux vignerons de Californie. De micro-cuvée en micro-cuvée (aussi peu que 36 caisses, parfois), il produit des vins déroutants mais toujours bien définis, précis et jamais ennuyeux. Le but, c’est d’essayer. Quand ça rate, les barriques ratées sont éliminées, tout simplement. Un labo, autant qu’un producteur de vins.

Entre les Sylphs, un chardonnay élevé sous voile, comme un xérès ou un vin jaune du Jura, ou le Prince in his caves, un sauvignon fermenté sur ses peaux comme un rouge, et toutes sortes d’autres vins conçus selon les humeurs oenologiques et la nature des raisins et du millésime, Abe avait une cuve pleine de cinsault qui lui semblait manquer un peu de coffre et de concentration. Dans l’espoir de concentrer son rouge, il avait saigné sa cuve, produisant un rosé très frais… et un cinsault toujours très frais, équilibré et lumineux. Le vin sait ce qu’il veut, l’oenologue le suit.

Le rouge, je l’ai goûté en cuve où il était encore en élevage pour plusieurs mois. Le rosé, j’en ai ramené une bouteille à la maison, généreusement offerte par l’auteur.

img_38321Avec l’arrivée du printemps et du 23e VdV, le rosé de Scholium m’a fait un clin d’oeil et je l’ai sorti de son refuge sans plus attendre. Avec beaucoup de bonheur. D’un rose très clair, presque comme un vin gris, le vin dégageait des arômes très frais d’orange sanguine, de fraise fraîche et de raisin frais, le tout rehaussé d’un petit quelque chose de jurassien au nez, une délicate touche oxydative, comme dans un savagnin ouillé de Fanfan Ganevat. En bouche, le vin avait de la fraîcheur, de la pureté, mais aussi de l’intensité et de la longueur en bouche. Bref, il y a du vin, là-dedans. Plein de plaisir, du soleil en bouteille et pourtant, du sérieux aussi. J’y penserai tout l’été, je crois bien.

Dégustation: Château de la Tour (Pey la Tour) 1995, Bordeaux Supérieur

Une remarque, pour commencer, à propos des millésimes: 1995 a été un millésime très chaud et très ensoleillé, à Bordeaux, un peu comme 2000 ou 2005. Les vins ont de la structure, du fruit, de la profondeur, de l’élégance. Et beaucoup moins d’alcool que les millésimes récents.

Ce qui n’est pas une question de qualité, mais bien de choix de viticulture et de vinification qui favorisent les plus hauts degrés d’alcool. Oubliez le réchauffement planétaire: si les vins ont plus d’alcool, c’est à cause de l’homme, beaucoup plus qu’à cause de la nature.

Une preuve? Le Château de la Tour 1995, fait d’une grande majorité de merlot (82%) complété par les deux cabernets et un petit point de petit verdot,  titre 12,5% d’alcool. Le même Bordeaux supérieur, repabtisé Château Pey La Tour, offre pour le millésime 2006, vraiment pas exceptionnel en termes de chaleur et d’ensoleillement, un solide 14,0%. 

Le 1995 est-il mince pour autant? Point du tout. Il montre de riches arômes de cacao et de café, doublé de confiture de fraise, de cerise mûre, avec une pointe d’iode qui prend de l’ampleur à mesure que le vin prend l’air. D’une belle couleur grenat, il a encore tout le tonus voulu, sur des tannins bien fondus. Rien de sec ni de végétal. Des raisins bien mûris, un bel équilibre, un vin qui se boit bien. Pas une grande complexité, mais une évolution harmonieuse et un vin sans lourdeur. Rien pour faire croire que 1,5% d’alcool de plus serait nécessaire pour ajouter quoi que ce soit.

Rencontres avec des vignerons: Guiberteau, Nusswitz, Pieropan, Pago del Vicario et cie

«Vous buvez chez lui et vous crachez chez moi? C’est du propre, ça, monsieur!

- Vous en faites pas, tout à l’heure, je ferai l’inverse!»

C’est en ces termes et avec un grand éclat de rire que j’ai rencontré Philippe Nusswitz, lors du récent Salon des vins de Québec. Au kiosque des Vins Alain Bélanger, je goûtais les vins de Romain Guiberteau et, que voulez-vous, le crachoir était du côté de chez Nusswitz. Ce qui m’a valu deux belles rencontres.

Une belle façon de démontrer que (Lire la suite…)

Vendredi du vin 23: Quels vins pour vos printemps?

Amis blogueurs et amateurs de vin, même devant votre ordinateur, vous devez bien sentir le soleil qui réchauffe la terre, les fleurs qui sortent et la vigne qui bourgeonne. Bref, c’est le printemps.

Les premiers bourgeons dans les vignobles de Beaucastel

 Avec le retour de la belle saison, que sortez-vous de vos caves – ou de vos frigos? Pour les premiers apéros sur la terrasse, zyeutez-vous un rosé? Un petit muscadet bien frais?

Ou est-ce que pour vous, le retour du printemps fait songer aux premières grillades, avec un rouge gouleyant et bien en fruit?

En ce temps pascal, voyez-vous un riesling chantant pour le jambon ou un rouge ensoleillé pour l’agneau?

Même si en avril, (Lire la suite…)