Note de dégustation: Moschofilero 2008, Domaine Tselepos, AOC Mantinia, Grèce

À peu près chaque fois que je bois un vin grec, je finis par me demander pourquoi je n’en achète pas plus souvent.

C’est ce qui m’est arrivé une fois de plus en dégustant l’excellent Moschofilero 2008 du Domaine Tselepos, un des artisans de la renaissance des cépages autochtones grecs dans la région du Péloponnèse – et plus précisément, dans l’appellation Mantinia. Une renaissance qui, même si la qualité et l’originalité sont au rendez-vous, n’est pas toujours simple à accomplir, comme le décrit un article du quotidien suisse Le Temps publié au printemps 2009.

Il y a pourtant (Lire la suite…)

Note de dégustation: Château Bouscassé 1995, Madiran, Alain Brumont

Pour le souper dominical, nous avions au menu un très beau poulet bio d’une taille considérable – sept livres, rien de moins – auquel j’avais décidé de relever substantiellement, en le frottant d’un mélange d’épices intense, d’inspiration nord-africaine: du cumin, du piment d’Espelette, de la coriandre, de l’ail, du poivre noir, un peu de cardamome et d’anis. Rendu aussi corsé, plus question de l’accorder avec un pinot noir ou un chardonnay, accords de référence avec le poulet rôti. Un rouge plus substantiel était de mise.

C’est ainsi que j’ai sorti de la cave un Château Bouscassé 1995, d’Alain Brumont, toujours considéré comme (Lire la suite…)

Note de dégustation: Sauvignon blanc 2006, Château Le Rosey, Côteau de Vincy, Suisse

Il faut que je dise un gros merci à Florence, amie graphiste basée à Lausanne et amie d’enfance de ma douce moitié. Me sachant amateur de vin, elle et son mari Olivier m’ont donné très gentiment, lors de mon dernier voyage en Suisse, trois bouteilles de vin vaudois d’un producteur de leur connaissance. Un rosé, un garanoir et un sauvignon blanc du Château Le Rosey, situé à Bursins, entre Genève et Lausanne, au nord du Lac Léman.

Il y a quelques années, j’aurais regardé ça d’un air très dubitatif. Les vins vaudois que j’avais goûté, (Lire la suite…)

Note de dégustation: Capitel Foscarino 2003, IGT Veneto, Anselmi

Les années très chaudes n’offrent habituellement pas un fort potentiel de vieillissement. Si les années fraîches peuvent manquer de coffre, les années de canicule manquent de cette acidité cruciale pour la vitalité à long terme d’une bonne cuvée. C’est pourquoi bien des vins ultra-mûrs, riches et très fruités, s’ils sont séduisants en jeunesse, perdent souvent beaucoup de tonus en relativement peu de temps.

Exemple en blanc, le Capitel Foscarino 2003 de la maison Anselmi, fait majoritairement de garganega avec un peu de trebbiano, offre à cinq ans de belles rondeurs, des saveurs de miel et de pomme cuite, une touche de fumée et un doré attrayant. Mais cet IGT Veneto (Lire la suite…)

Publié dans:  on 30 décembre , 2009 at 11:39 Commentaires (2)
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Le Roy de Hauteville, L’Ambroisie de Mirabel

Décidément, il y a de belles choses qui se trament dans le monde de l’érable québécois – ou plus précisément, des produits alcooliques dérivés de l’érable. L’année dernière, j’avais écrit un billet sur les excellents alcools d’érable produits dans le Témiscouata par Vallier Robert. Des produits qui ont pointé la voie vers une approche tout à fait nouvelle de la fermentation de l’érable.

D’autres s’emploient désormais à faire leur propre petit érable de chemin, comme l’équipe de L’Ambroisie de Mirabel, érablière de la région de Mirabel (bien entendu) qui prévoit aussi entrer prochainement en production de vins et de cidres. Depuis ses premiers pas en 2000, ce producteur travaille à développer des produits distinctifs, d’un mousseux de méthode traditionnelle nommé Caldeira à un genre de « madère » d’érable, Le Roy de Hauteville, vieilli longuement en barriques et en foudres de chêne.

Disponible à la SAQ, Le Roy de Hauteville livre, sous sa robe caramel limpide, une série complexe (Lire la suite…)

Vente de feu à la SAQ: du Mouton Cadet à 30% de rabais, ça vaut la peine?

On voit que le temps des Fêtes approche à grands pas: la SAQ offre, ce samedi seulement (5 décembre), des rabais de 25 ou 30% sur quatre produits largement distribués et aux prix accessibles. Un blanc, deux rouges et une liqueur, l’Amarula – un de ces trucs très sucrés qui ont autant de chance de vous donner mal au coeur à cause du sucre qu’à cause de l’alcool, si vous en prenez trop.

Dans les vins, le blanc est représenté par (Lire la suite…)

Red Angel on the Moonlight 2006, pinot noir, IGT Venezia Giulia, Jermann

C’est bien mon genre, ça. À la recherche de quelque chose de différent, je prends un vin au hasard : un rouge d’un producteur de Vénétie Julienne, à l’étiquette intrigante, au nom tout à fait distinctif d’Ange Rouge au clair de lune, et intrigant aussi parce qu’il s’agit d’un pinot noir hors de ses zones traditionnelles de confort. En faisant mes recherches pour en savoir plus, au moment d’ouvrir la bouteille, je m’aperçois que le producteur en question, Sylvio Jermann, est avant tout reconnu pour ses blancs. Les meilleurs blancs d’Italie, selon certains.

Découvrir un producteur de blanc par les rouges, voilà le genre de détours que j’apprécie et qui accentue, ici et là, mon cheminement dans le vin. Les chemins de traverse, j’aime bien.

Ceci dit, en découvrant le vigneron ainsi, est-ce que je serais rentré au château par les dépendances, plutôt que par l’escalier monumental? En tout cas, le vin n’a pas l’air d’une arrière-pensée. Et il est tout à fait particulier.

Rond et agréable, mais avec une profondeur certaine, le Red Angel on the Moonlight offre des arômes intenses et invitants, avec d’intrigantes notes végétales, bien intégrées à un tout harmonieux. En bouche, une belle présence, une souplesse intéressante, des saveurs attrayantes de fruits rouges et toujours ces notes herbacées, un peu d’épices, mais aussi une substance et des tannins atypiques par leur ampleur.

Ce caractère atypique s’explique certainement par la présence de 15% de cabernet et de merlot – un détail qui explique aussi l’intrigante formulation de « Vino rosso a base di uve pinot nero », vin rouge à base de pinot noir, inscrite au bas de l’étiquette. C’est tout de même le caractère du pinot qui domine. Et l’assemblage, s’il est peu courant, n’a rien d’une anomalie, puisque le tout est assez harmonieux.

Le seul ennui, c’est que c’est le genre de vin qui fait dépenser. Après avoir dégusté ce vin qui sort de l’ordinaire, j’aurai le goût d’y retourner, de laisser vieillir une ou deux bouteilles et surtout, de goûter ces blancs dont on dit tant de bien (voir cette note de l’excellent Jamie Goode, sur le blog Wine Anorak). Ça tombe bien, plusieurs des vins de Sylvio Jermann sont présentement disponibles – en petites quantités, mais à plusieurs endroits – dans les succursales de la Société des alcools. Une idée de cadeau de Noël, peut-être?

Note de dégustation: Cornas Paul Jaboulet Aîné 1996 (prise 2)

Ça peut être agréable d’avoir deux bouteilles du même vin à la cave. Ne serait-ce que pour constater les différentes manières dont il peut se présenter. L’année dernière, j’avais écrit une première note de dégustation sur le Cornas 1996 de la maison Paul Jaboulet Aîné, que j’avais trouvé un brin réservé, bien que visiblement pas dépourvu de tonus.

La deuxième bouteille, ouverte il y a quelques jours, a donné une impression bien différente. Beaucoup plus expressif, le nez offrait des odeurs animales assez intense, rattrapées avec l’oxygénation par de très belles notes de réglisse, de cèdre, de café et un peu de baies noires. En bouche, ces éléments se retrouvaient dans un ensemble assez complexe, le café et le cèdre occupant toutefois plus de place, proportionnellement. Des parentés, donc, avec la dégustation précédente, mais dans un tout autre état d’esprit.

La bouche, bien qu’agréable, se montrait tout de même un brin mince. Combinée à la couleur aux reflets un peu orangés, tendait à montrer que le vin était plus près de la fin que de la jeunesse. Il tenait encore bien la route, sur des grillades, mais je n’aurais pas voulu attendre plus pour le déguster. Alors que les vins de Cornas avaient autrefois la réputation de s’ouvrir après une vingtaine d’années, celui-ci ne semble vraiment pas en mesure de vivre au-delà de vingt ans.

Remarquez, peut-être que les cuvées plus recherchées de Clape, Lemenicier, Mathieu Barret, Vincent Paris et autres vignerons renommés de l’appellation auraient plus d’endurance que cette cuvée « générique » réunissant des raisins provenant de diverses parcelles. J’attendrai encore un moment avant d’ouvrir le 1998 de Clape.

Déguster ce vin, soit dit en passant, est un acte empreint d’une certaine nostalgie, puisqu’il s’agit du dernier millésime supervisé par Gérard Jaboulet, qui avait donné une impulsion remarquable au domaine familial vieux de presque deux siècles. Son décès subit et prématuré, en 1997, avait visiblement suscité un certain désarroi au sein de la maison, dont les vins des quelques millésimes suivants avaient été assez mal reçus, la qualité n’étant plus la même, en particulier pour les cuvées les plus réputées du domaine, l’Hermitage La Chapelle en tête.

Cette dure période explique en bonne partie comment le domaine a pu en venir à être racheté par la famille Frey, propriétaire du Château La Lagune, à Bordeaux, et de la maison champenoise Billecart-Salmon. Quel effet ce changement de mains aura-t-il sur la maison rhodanienne? Elle lui a déjà permis un niveau d’investissement renouvelé. Pour le reste, laissons le temps au temps.

Dégustation: Bahans Haut-Brion 2000, Pessac-Léognan

Avant tout l’énervement qui a entouré le millésime 2005, il y avait eu un autre « millésime du siècle » en 2000. Grâce à des mois d’août et septembre magnifiques, après un printemps frais, les raisins ont atteint la maturité facilement, dans un état sanitaire parfait. Seuls les liquoreux ont parfois souffert du retour de la pluie en octobre.

En fouillant à la cave, à la recherche d’une bonne bouteille pour souligner l’anniversaire d’une bonne amie amateur de vin, j’ai ressorti un Bahans Haut-Brion, second vin de Haut-Brion, le plus célèbre des châteaux de Pessac-Léognan. À neuf ans, il est temps de voir où s’en vont ces crus dont on promettait de très grandes choses.

Le vin, fait grosso modo d’une moitié de cabernet sauvignon et d’une proportion variable de merlot et de cabernet franc (selon le millésime),  s’est montré un modèle d’intégration et d’équilibre. Tout en souplesse, avec de la finesse, une belle gamme de saveurs et d’arômes qui se succédaient en douceur. Du fruit, du tabac, de l’épice, harmonieusement rassemblés, sur des tannins fins et mûrs.

Le Bahans ne manquait pas pour autant de corps ou de présence. Nous l’avons bu autour de steaks de la ferme Eumatimi grillés au barbecue. Et le vin avait tout ce qu’il fallait pour s’équilibrer avec les saveurs grillées et viandées. Enrobant, d’une belle longueur, il nous a fait filer un parfait bonheur.

Personnellement, le vin m’amène même à me demander si le millésime 2000 ne serait pas supérieur au superlatif 2005. Un peu moins de chaleur durant l’année me semble donner des vins plus équilibrés, les 2005 ayant un peu plus d’alcool et de confiture en stock. La chaleur, le fruité et l’alcool ne sont pas garants d’un vieillissement plus durable et plus harmonieux, bien au contraire.

Évidemment, la comparaison n’est pas parfaite, la photo de l’un et de l’autre millésime étant prise à cinq ans de distance dans leur évolution. Que voulez-vous, la vie est dure, il faudra goûter encore et encore pour se faire une idée plus claire…

Dégustation: Ste-Croix 2006, Domaine de la Roche des Brises

Le cépage Ste-Croix a le privilège d’être le plus planté au Québec, ce qui le rend presque omniprésent dans les vins rouges d’assemblage et donne aussi lieu à quelques vins monocépages qui ont de la couleur et de la substance. (On peut en trouver une liste complète à partir de cette page du site de l’AVQ).

Dans les 100% Ste-Croix, le Domaine de l’île Ronde s’est fait une spécialité de son très bon Saint-Sulpice, tandis que le Domaine Royarnois et le Domaine Clos Sainte-Croix de Dunham produisent aussi des cuvées entièrement dédiées à ce raisin. À La Roche des Brises, à Saint-Joseph-du-Lac, on en fait un vin sec, mais aussi un vin de glace rouge.

S’il offre de la profondeur et de la substance, le Ste-Croix est à manipuler avec un certain soin. Au fil des ans, j’ai goûté plusieurs cuvées marquées par une amertume un peu forte. Extraction excessive? Manque de maturité phénolique? Défaut potentiel de ce cépage rustique? Je n’ai pas poussé l’analyse assez loin pour répondre à cette question, mais le risque guette visiblement le vinificateur au moment de changer le raisin en vin.

Le Ste-Croix 2006 m’a inquiété à ce propos, quand je l’ai ouvert. Au travers de notes fumées, torréfiées, l’amertume se présentait de façon assez prononcée. Et si l’acidité réussissait un tant soit peu à relever le tout, l’ensemble n’était pas tout à fait harmonieux.

Or, sur la contre-étiquette, le producteur recommande très sagement un passage en carafe. Avec raison, puisque le lendemain midi, le vin s’était ouvert, des notes de cassis étaient remontées à l’avant-plan, avec un petit côté tomaté, et l’amertume s’était quelque peu calmée. Ce qui donnait alors un vin encore assez dense et concentré, passablement marqué par son passage en chêne, mais nettement plus intégré et que j’aurais bien dégusté avec des grillades. Pour être un brin moléculaire, les éléments fumés et torréfiés semblaient prometteurs avec le grillé d’une viande au barbecue.

Au total, le vin est resté bien agréable à boire sur deux jours, ce qui m’encouragerait à en mettre une bouteille à la cave, pour voir son évolution sur deux ou trois ans. C’est ce que j’avais fait avec le Saint-Sulpice, avec des résultats plutôt convaincants.

Pour moins de 15$, un vin assez réussi, au total. Dont j’ai hâte de voir le millésime 2007, une véritable réussite dans les vignobles québécois.