Dans le monde de la vigne, il existe une certaine aristocratie des cépages. Le pinot noir, le nebbiolo, le chardonnnay, la syrah font partie de ceux qui se retrouvent au sommet de l’échelle. Au bas, l’aramon, le trebbiano, le cinsault et d’autres cépages reconnus avant tout, historiquement, pour leur très grande productivité. À une époque où l’on privilégiait le volume, ils avaient leur rôle. À une époque de surplus viticoles, (Lire la suite…)
Un cabernet pour les vignobles du Québec?
Je suis prêt à parier que la plupart des vignerons qui s’activent au Québec – ou dans d’autres vignobles plutôt nordiques – ont été inspirés par le plaisir de boire du Bordeaux ou du vin californien, plutôt que par un verre de seyval ou de Saint-Pépin.
Alors si on leur offrait de faire pousser du cabernet capable de résister aux hivers québécois, ils seraient contents, non?
Il y a bien quelques modestes tentatives. L’excellent Vignoble Le Marathonien, à Havelock, (Lire la suite…)
Vendredi du Vin 20: Dire merci avec un vin de chez soi
Le thème de Thanksgiving proposé par Doug, le créateur du moteur de recherche oenologique Ablegrape, pour le 20e Vendredi du Vin, m’a amené à réfléchir sur le sens de cette Action de grâces que l’on fête à l’automne – en octobre au Québec et en novembre aux États-Unis. Liée aux récoltes, aux remerciements offerts à la nature (et/ou à Dieu) pour les fruits obtenus de la terre, la fête d’Action de grâces est un bon moment pour regarder autour de soi et prendre la mesure de ce qui nous entoure, de ce qui fait nos vies.
Merci à la famille, aux amis, à la fortune qui nous sourit. Merci aux bonnes choses qui passent, même quand les temps sont plus durs. Il y en a toujours, si on sait y regarder.
Et pour ce faire, il convient avant tout (Lire la suite…)
Un goût de mondeuse
Ce n’est pas que j’en ai contre le cabernet sauvignon ou le chardonnay, mais j’aime bien élargir constamment mes horizons, à la recherche de nouveaux cépages, comme le macabeu, le pineau d’aunis ou le grenache gris. Plus récent arrêt sur cette route, la mondeuse, un cépage rouge cultivé essentiellement en Savoie et dans la région voisine de Bugey. Il y en a de petites quantités en Californie et en Australie, où il prend le nom de refosco, un cépage du Frioul, dans le nord de l’Italie. Bien que les deux cépages ont des parentés de goût et de caractère, le refosco n’a pourtant pas de parenté génétique avec la mondeuse, selon les tests ampélographiques dont fait état l’Oxford Companion to Wine de Jancis Robinson, entre autres sources.
En passant à la Société des alcools, j’ai attrapé au vol une Mondeuse 2004 du Domaine Dupasquier, producteur de Jongieux, en Savoie. Pas très cher (17,50$), le vin montre un beau caractère: un nez bien poivré, de la couleur, des tannins fermes, sans être envahissants, de l’épice et du fruit, avec une acidité rafraîchissante. Pas très complexe, mais diablement bon avec des fromages savoyards à pâte ferme ou avec une grillade.
C’était la deuxième ou troisième fois que je goûtais une mondeuse seule (elle a souvent été mélangée au gamay et au pinot noir dans les vins de Savoie). J’avais notamment goûté une mondeuse d’un producteur biodynamique qu’avait dénichée Bertrand Mesotten, propriétaire du Moine échanson. Toute une aventure, dans ce cas-là, avec des odeurs animales et une intensité en bouche vraiment renversante. Dans tous les cas, des preuves que la mondeuse mérite sa place au soleil. Et en bouteille.
Le côté tranchant du grenache gris
Vous avez déjà entendu parler du grenache gris? Probablement pas. Voilà un cépage dont on dit bien peu de choses, à part qu’il entre dans la composition des vins gris de Listel, et qu’il est apparenté aux grenaches rouges et blancs (oh surprise!). La définition dans Wikipedia est limitée et, à ma grande surprise, le célèbre Oxford Companion to Wine de Jancis Robinson n’offre même pas d’entrée propre à ce cépage qui, pourtant, du haut de ses 2600 hectares cultivés en France, le mériterait amplement.
La minéralité extraordinaire des grenaches gris de vieilles vignes, leurs arômes tranchants et puissants donnant sur le caramel brûlé, l’amande amère, le fenouil et l’abricot séché (voire le caoutchouc chauffé), voilà autant de caractéristiques extraordinaires qui ne s’effacent pas quand on y ajoute une mesure de grenache blanc, de macabeu, voire de marsanne ou de roussanne. Rien ne ressemble à ça. Et peu de blancs sont aussi costauds, quand vient le temps de les boire à table.
Par exemple, on dit fréquemment que les asperges offrent (Lire la suite…)
Le mélange des genres
Une dégustation récente m’a interpellé à propos d’une tendance fréquente, dans les vins du Nouveau Monde, à créer des assemblages inhabituels de cépages: chardonnay-verdelho-pinot gris, touriga-tempranillo, sémillon-chardonnay, sangiovese-malbec, etc. La tendance est parfois stimulante, souvent étonnante, parfois franchement agaçante.
Les Australiens y vont avec un enthousiasme remarquable, comme s’ils étaient déterminés à emmener le vin là ou aucune vigne n’avait mis le pied. En Argentine, une marque créée par la famille Zuccardi, Fuzion, est entièrement dédiée à ce concept de mariages inhabituels, voire incongrus. Les États-Unis et le Chili ont aussi des exemples du genre à offrir.
Bien sûr, certains de ces mélanges ont fait leurs preuves. Les combinaisons de cabernet et de syrah ont produit plusieurs vins exceptionnels en Italie et dans le sud de la France – par exemple, les vins de Cabardès. On peut aussi penser à des combinaisons de sangiovese et de cépages bordelais, dans le monde des supertoscans. On trouve aussi des résultats accessibles et harmonieux dans des vins plus simples comme le Rawson’s Retreat de Penfolds, un australien où le chardonnay et le sémillon sont franchement bien intégrés.
Car après tout, c’est là la clef d’un assemblage réussi: l’intégration et l’harmonie. Un concept qui semble parfois oublié au profit d’une volonté de créer des nouvelles combinaisons qui devient parfois une fin en soi. Le fait que le mélange soit incongru semble parfois le but de l’opération, même si des notions théoriques de complémentarité des saveurs, des couleurs et des textures font bel et bien partie de la réflexion.
Certains des mélanges que j’ai goûté ainsi se sont montrés franchement imbuvables, parce que les cépages se côtoyaient sans jamais s’intégrer. L’audace, c’est bien, mais il faut aussi s’assurer qu’elle mène à quelque chose.
Il y a des raisons historiques derrière les assemblages traditionnels qui ont fait les grands vins du monde: la combinaison du caractère mur et ample du merlot avec la structure tannique du cabernet dans les mélanges bordelais vient immédiatement à l’esprit. Utiliser des cépages qui ont à peine pris pied dans un nouveau pays, et dont on connaît à peine le caractère dans ces terroirs neufs, et les réunir pour tenter de voir comment ils se comportent ensemble, c’est un pari considérable. Normal qu’on ne réussisse pas tout le temps.
Mission impossible? Pas du tout. Sauf que les oenologues devraient parfois faire preuve d’un peu plus de patience et de rigueur en élaborant et en testant ces mélanges. Une approche essai et erreur ne suffit pas. Mettre un vignoble en production prend plusieurs années, en maîtriser la production encore plus de temps. Pourquoi se précipiter à lancer de nouveaux assemblages? Le bon vin mérite qu’on prenne le temps qu’il faut.




