Note de dégustation: Ciel Liquide 2004, Côtes du Roussillon Villages, Jean-Philippe Padié

J’ai eu un bon coup d’instinct, hier, en cherchant une bouteille pour accompagner un magnifique rôti de veau de la ferme Eumatimi. Reconnue par un nombre impressionnant de bonnes tables québécoises pour son excellent boeuf Angus, élevé de façon humaine et saine, la ferme Eumatimi offre aussi, cet automne, un peu de veau de lait d’une qualité irréprochable. Il me fallait un vin capable de lui faire honneur.

En tombant sur un Ciel Liquide de Jean-Philippe Padié, je savais que j’avais ce qu’il me fallait.

Bourguignon “émigré” vers Calce, haut lieu viticole du Roussillon (on y trouve aussi les Domaines Gauby, Matassa et Pithon, entre autres bonnes adresses), Jean-Philippe Padié est un vigneron aussi talentueux que modeste. Travaillant en bio sur de vieilles vignes plantées dans une belle diversité de terroirs, il produit des vins que j’affectionne beaucoup: leurs parentés avec ceux de Matassa (c’est d’ailleurs Tom Lubbe qui m’avait recommandé d’aller faire un tour à sa cave) me les rendent évidemment fort sympathiques. En goûtant à la cave, au son du reggae et dans un contexte très amical, sa Milouise (un fabuleux et puissant mélange à parts égales de grenache gris et de grenache blanc) ou encore son Calice (100% carignan, goûleyant à souhait et tirant son nom de Calce, avec un “i” supplémentaire bien placé), j’avais été tout à fait séduit.

Et d’autant plus content quand Labelle Bouteille, sympathique agence (associée de près au chouette bistro Les trois petits bouchons) a décidé d’importer ses vins au Québec. Seul regret? Les quantités disponibles ont minimes, voire microscopiques. Appelez-les donc au (514) 973-7216 pour voir ce qu’ils ont et quand ils en auront plus.

Mais retournons à nos moutons – ou plutôt, à notre veau. Et à ce Ciel Liquide, dont le nom vient de ces vers de Baudelaire, chantés autrefois par Serge Gainsbourg:

Comme un flot grossi par la foudre des glaciers grondants,
quand l’eau de ta bouche remonte au bord de tes dents,
je crois boire un vin de Bohème, amer et vainqueur,
un ciel liquide qui parsème d’étoiles mon coeur.

A-t-il parsemé mon coeur d’étoiles, ce Ciel Liquide, fait de carignan et de grenache noir (30% pièce) et de syrah et de mourvèdre (15% pièce)? Et comment. Même qu’il a fait des étincelles sur mes papilles. Avec son nez de cassis et de garrigue où perce la minéralité du terroir, avec sa robe dense et violacée, ses tannins fins mais fermes, sa densité et son intensité de saveurs exceptionnelle, sa bouche en fruits noirs illuminée par une acidité vivifiante, il brillait seul, mais se mariait avec charme à la viande goûteuse et fine, rôtie juste à point. Pour citer Gainsbourg, il y avait là de quoi mettre l’eau à la bouche. Moi, c’est le genre de vin qui me met de bonne humeur pour la semaine.


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