Mon cocktail préféré: le negroni sbagliato

Vous connaissez le negroni? Un cocktail tout simple et très classique: une once de Campari, une once de vermouth rouge (Cinzano, par exemple), une once de gin. On verse sur deux ou trois glaçons et on agite. C’est tout.

C’est à la fois savoureux, doux et amer – une amertume rafraîchissante, surtout (comme je l’ai découvert cet été, quand j’étais juge à deux compétitions de vin) après une journée de dégustation qui vous a laissé le palais saturé et fatigué. L’amertume opère une véritable remise à niveau gustative. Après, on apprécie son repas – et même le vin qu’on ne recrache finalement pas, comme on l’a fait toute la journée.

Ceci dit, il y a une variation plus festive du dit negroni qui fait immensément mon bonheur, depuis quelques mois. Ça s’appelle le negroni sbagliato – un mot italien qui signifie “raté”, “mal fichu”, grosso modo, un surnom des plus ironiques, au final – et c’est Joe Campanale, propriétaire entre autres d’un excellent bar à vins naturels de New York, Anfora, qui en est l’auteur (voir l’article du New York Times).

C’est un peu plus de boulot à préparer, mais le jeu en vaut la chandelle. Et depuis le printemps dernier, je ne cesse d’y convertir les copains et copines – y compris Ryan Gray, sympathique copropriétaire de chez Nora Gray, à Montréal, qui l’a mis à son menu cocktail en novembre dernier.

Première étape, il faut d’abord faire caraméliser des quartiers d’orange au grill. Des huitièmes, pour être précis, avec la peau, qu’on fait griller jusqu’à ce que des coins bien caramélisés, presque brûlés, apparaissent en surface.

Dans un shaker, on mettra alors, pour chaque portion, 1.5 once de Campari et 1.5 once de Vermouth et deux des quartiers d’orange, coupés en deux une fois de plus. On écrase les oranges dans les deux alcools avec un pilon ou une cuiller, puis on ajoute des glaçons et on secoue vigoureusement, avant de verser le tout (en retenant glaçons et quartiers d’orange) dans un verre Old Fashioned, sur de nouveaux glaçons.

On ajoute ensuite une bonne rasade (deux onces, disons) de prosecco ou d’un autre mousseux simple, savoureux et sec. Et on déguste avec plaisir cette combinaison unique de légèreté, de fraîcheur, de sérieux et d’amer. C’est assez rafraîchissant  pour l’été (mettez un peu plus de prosecco) et assez réconfortant pour l’hiver. Et la couleur, à elle seule, a de quoi faire rêver. Décidément, il n’a rien de raté, ce negroni.

Pour un autre cocktail toutes saisons, voyez ma recette du Light and Sunny, une autre façon agréable de se fraîchir le palais avec des saveurs à revendre.

Quelques trucs à boire avec les huîtres

Cette semaine, à Bien dans son assiette, l’émission de radio sur l’alimentation à laquelle j’ai le plaisir d’être chroniqueur, chaque semaine, à la première chaîne de Radio-Canada, nous avons eu le plaisir de passer toute une heure à parler (et déguster) des huîtres en compagnie d’un expert en la matière, David McMillan, du restaurant Joe Beef, à Montréal. On a beaucoup appris – et bien goûté, aussi, puisque David avait amené plusieurs variétés d’huîtres à déguster, de la Côte Ouest comme de la Côte Est. (Si vous voulez écouter le tout, c’est disponible en ligne – émission du 30 novembre.)

Si ma chronique se concentre habituellement sur les livres gourmands, on m’avait aussi demandé de proposer des accords vins et huîtres. Un vrai plaisir, puisque ces mariages sont simples et délicieux, reposant avant tout sur la fraîcheur et la minéralité, histoire de répondre à la richesse relative de l’huître et de s’harmoniser à son caractère salin.

Voici ce que j’avais dégoté, parmi les multiples possibilités qui s’offrent à l’amateur d’huîtres.

Du côté du muscadet

Classique des classiques, le mariage huîtres et muscadet n’est pas qu’un mariage léger. Plus qu’un vin simple et frais à boire en jeunesse, le muscadet peut aussi prendre une forme plus substantielle, comme c’est le cas avec cette cuvée vieilles vignes du Château Chasseloir, qui a la belle acidité et la minéralité marquée du muscadet, mais aussi une rondeur en bouche donnée par l’élevage sur lie, et une profondeur supplémentaire donnée par ses quatre années de vieillissement. On pourrait facilement l’oublier en cave quelques années de plus, d’ailleurs. Sans lourdeur sur les huîtres plus légères, il a aussi la substance pour tenir tête à des bivalves au goût plus prononcé comme des Lucky Lime ou des Wellfleet, par exemple.

Château Chasseloir Ceps Centenaires Muscadet-Sèvre et Maine sur lie 2007 , Code SAQ : 00854489, 17,15 $

Belles bulles

Le champagne est peut-être un accord de luxe, pour les huîtres, mais il est aussi un accord évident, les bulles et l’acidité qui en forment la colonne vertébrale répondant parfaitement à la chair de ce coquillage. Débarqué lors d’un récent arrivage de la revue Cellier, le Terre de Vertus, non-dosé, de l’excellente maison Larmandier-Bernier est un candidat parfait. En étant non-dosé (c’est-à-dire qu’aucune liqueur de dosage, bien sucrée, n’est ajoutée quand on dégorge le champagne de ses lies, avant d’y remettre le bouchon final et de le préparer pour la mise en marché), il garde une tension exceptionnelle, sur des saveurs amples et complexes. Une cuvée de toute beauté.

Terre de Vertus Larmandier- Bernier Champagne premier cru, Code SAQ : 11528011, 71,00 $
Santorin à la rescousse
Il n’y a pas d’huîtres en Grèce, mais on y trouve pourtant des blancs parfaits pour les mollusques et fruits de mer, comme cet excellent blanc de la maison Argyros, sur l’île volcanique de Santorin. Fait majoritairement d’assyrtiko, il offre un mélange parfait de rondeur et de tension, avec une trame aromatique tout à fait unique. Son caractère minéral répond à merveille aux huîtres, tandis que son fruité élégant vient enrober la bouchée et l’ensoleiller. Franchement, un de mes blancs préférés, toutes catégories confondues, surtout à ce prix.

Assyrt./Athiri/Aidani Atlantis Argyros Santorini vdp Cyclades 2010 , Code SAQ : 11097477, 17,10 $

Un peu de Ferran, avec ça?
La bière est aussi un accord simple et agréable avec les huîtres. Juste avant l’émission, David McMillan me rappelait d’ailleurs que les huîtres et la Guinness sont un accord classique, dans les îles britanniques – surtout avec les excellentes huîtres rondes d’Irlande. Pour faire un clin d’oeil au passage à Montréal de Ferran Adrià, j’ai amené en studio la Estrella Damm Inédit, une bière mi-blé, mi-orge, épicée à l’orange et à la coriandre, entre autres, qui trace une ligne intéressante entre le côté rafraîchissant des bières espagnoles et le fruité-épicé des bières belges. Très sympa, belle bouteille, et un bon équilibre pour enrober gentiment les huîtres plus costaudes. Mais je prendrai quand même une Guinness, la prochaine fois.

Estrella Damm Inedit bière type lager, Code SAQ : 11276336, 8,05 $
Et encore?
Bien sûr, les choix ne s’arrêtent pas là. En vrac, voici donc quelques autres bouteilles qui pourraient bien faire l’affaire quand vous déciderez de vous attaquer à ces superbes coquilles.
• Un mousseux bien frais, à prix sympathique: Parés Baltà Brut Cava mousseux, Code SAQ : 10896365, 15,65 $
• Un riesling ontarien, avec une acidité bien présente et des notes d’agrumes, comme le Riesling Cave Spring Niagara Peninsula 2008 , Code SAQ : 10745532, 16,95 $
• Du sauvignon blanc bien frais – et qui ne goûte pas la caricature néo-zélandaise – comme le Sancerre Blanc Domaine Vacheron 2010 , Code SAQ : 10523892, 29,80 $
• Un blanc québécois comme le Voile de la Mariée du Vignoble Sainte-Pétronille ou les blancs des Pervenches, dont la fraîcheur et l’acidité répondront facilement et agréablement aux huîtres bien charnues.
• Un hydromel très frais, un de mes coups de coeur de l’année, qui vous fera revoir toutes vos impressions relatives à ces vins de miel, le Blizz de la Ferme Apicole Desrochers, Code SAQ : 11219761, 17,00 $
Alors allez-y, profitez bien de la saison des huîtres – et surtout, faites gaffe de ne pas vous couper la main.
Publié dans : on 2 décembre , 2011 at 3:46  Commentaires (1)  
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Du riesling pour l’été – un peu de vidéo avec Cellier

J’ai eu bien du plaisir, récemment, à enregistrer une petite capsule vidéo en compagnie de Frédéric Fortin, animateur du blogue Cellier  (extension web du magazine auquel j’ai le plaisir de collaborer) et des réseaux sociaux afférents, pour le compte de la SAQ. Frédéric m’avait demandé si on pouvait faire une petite dégustation appropriée au temps estival.

Après une brève discussion, nous avons opté pour le riesling, un vin auquel on pense peut-être plus pour des plats d’hiver comme la choucroute, la fondue, voire le rieslingbraten que pour le bord de piscine sous le soleil. Et pourtant, le riesling, avec son acidité franche et ses notes d’agrumes portant souvent sur la lime et le citron, est tout ce qu’il y a de plus rafraîchissant pour les temps chauds. Même que, depuis 2008, on célèbre à New York et ailleurs le Summer of Riesling, créé en 2008 par le bar à vin new-yorkais Terroir, qui n’avait mis que des rieslings à sa carte pour “forcer” sa clientèle à découvrir ce grand cépage.

Honnêtement, pas besoin de se forcer. En choisissant des rieslings secs (désigné par les termes, dry, trocken ou kabinett, par opposition à off-dry, semi-dry, spätlese, demi-sec ou auslese), le plaisir est assez immédiat, merci. En prime, on peut se faire vraiment plaisir à des prix très raisonnables: sans aucune inflation à la bordelaise, les rieslings des meilleurs terroirs se trouvent souvent pour une vingtaine de dollars et des poussières. Pour du grand vin, capable de vieillir des années, voire des décennies!

Comme vous le verrez dans la capsule vidéo ci-dessous, on a fait un petit tour du monde sympathique, de l’Allemagne à l’Australie, avec un arrêt particulièrement réussi dans les Finger Lakes new-yorkais. Le riesling 2006 de la maison Wiemer, une des meilleures de cette région que j’ai découvert par les bons soins de TasteCamp, le rendez-vous annuel de blogueurs créé par Lenn Thompson, du New York Cork Report, a été notre préféré de la dégustation, avec une belle maturité, une grande richesse aromatique – et tout de même beaucoup de fraîcheur.

Puisque trois minutes de vidéo, ça passe vite, je vous mets ici des notes de dégustation plus complètes des trois vins choisis pour l’occasion.

Riesling Kabinett Wehlener Sonnenuhr 2009, S.A. Prüm, Mosel-Saar-Ruhr, Allemagne, 22,45$

D’un millésime chaud et ensoleillé, un riesling sec mais bien mûr, avec des arômes touchant plus la poire, voire l’abricot que les agrumes, sur un ensemble complexe comportant aussi des éléments floraux, fumés, avec même un peu de pierre à fusil et une touche rappelant les conifères. Le fruité ample est soutenu par une belle minéralité, doublé d’un peu de lime, en finale, avec un petit côté un peu plus funky rappelant le gras de bacon ou le jambon séché. Le vignoble de Wehlener Sonnenuhr est un des plus réputés de la Moselle, et la maison Prüm en tire des vins de très grande qualité, auxquels une vinification par levures naturelles donne un caractère tout à fait précis et spécifique.

Dry Riesling 2006, Hermann J. Wiemer Vineyards, Finger Lakes, New York, États-Unis. 23,85$

Situé au sud-est du lac Ontario, la région des Finger Lakes offre un bon nombre de producteurs de qualité, en particulier pour la production de rieslings (et dans quelques cas, de pinot noir et de cabernet franc). Hermann J. Wiemer, immigrant allemand, est en quelque sorte le père de la viticulture actuelle dans les Finger Lakes, autant par la qualité de ses vins que par les vignes elles-mêmes, dont il a beaucoup assuré la diffusion dans la région en tant que pépiniériste. Son riesling 2006 sec est tout à fait exemplaire, avec son nez séduisant de pomme mûre et de trèfle, d’acacia et de pierre chaude, avec de petites notes légèrement noisettées. En bouche, une rondeur amenée par les quelques années en bouteille lui donne un caractère fin et enveloppant, avec des saveurs rappelant le citron confit et la cire d’abeille. Élégant, ouvert, complexe et bon pour plusieurs années encore.

Riesling B3 2007, Eden Valley, Australie, 23,45$

La fraîcheur et la vivacité des rieslings australiens des vallées de Clare et d’Eden fait un fort contraste avec la richesse confiturée des shiraz de là-bas. Le B3, même tiré d’un millésime très chaud et sec, ne dément pas cette réputation. Au nez, on est sur le citron et l’agave, le tout enveloppé de notes pétrolées assez marquées – des notes qui se développent chez les vieux rieslings, habituellement, mais aussi plus fortement lors de millésimes chauds. Citronné et minéral en bouche, il se montre assez simple – surtout en comparaison avec les deux autres – mais il ferait bien l’affaire sur des crevettes grillées ou du saumon fumé.

Quelques autres suggestions

Müller-Catoir Riesling trocken Qba Pfalz 2009 , Code SAQ : 10558462, 22,05 $ 

Riesling Echos Tawse VQA Niagara Peninsula 2009 , Code SAQ : 11156220, 22,00 $ 

Riesling Peter Lehmann Eden Valley 2009 , Code SAQ : 11465962, 18,20 $ 

Publié dans : on 21 juillet , 2011 at 1:53  Laisser un commentaire  
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Sauvignon Blanc Laurel Vineyard 2005, Valle de San Antonio, Casa Marin

Il n’est pas toujours facile de savoir, en goûtant un vin jeune et un brin agressif, s’il est mal foutu pour toujours ou si, tout simplement, il a le côté abrasif de l’ado boutonneux aux hormones déréglées, en attendant que ça se calme et qu’il trouve une phase un peu plus harmonieuse.

Il y a trois ans, j’avais écrit sur ce blogue une note de dégustation pour le sauvignon blanc Cipreses Vineyard 2005 de la maison Casa Marin, où je notais que l’acidité était tranchante et agressive. Même si je trouvais le vin prometteur, je ne peux pas dire que, en lui-même, tout seul, sans autre avertissement, il était véritablement agréable. Comme me l’avait signalé mon ami Julien Marchand, à l’époque, le vin n’avait pas fait l’unanimité, comme en témoignaient des échanges sur le forum Fou du vin, certains trouvant que le vin manquait d’harmonie, d’autres pensant qu’il s’agissait d’un grand vin. Le fait que le vin s’était retrouvé soldé à la SAQ montrait qu’il ne faisait pas exactement l’unanimité.

J’avais parié que le temps arrangerait les choses et, à déguster hier soir l’autre cuvée du même millésime, le Laurel Vineyard 2005, je regrette presque de ne pas en être resté à l’horizon de cinq à dix ans dont j’avais parlé à l’époque.

Presque.

Parce que c’est bien bon, ça s’est joliment arrondi les angles, la couleur or pâle est magnifique, et les arômes, de façon générale, sont vraiment bien intégrés. Le pamplemousse du Cipreses, il y a trois ans, a cédé le pas à quelque chose de plus tropical, plus proche de la papaye. Il y a comme une note de crème pâtissière, aussi, voire peut-être de tarte au citron avec de la meringue. Et il reste un côté herbacé, mais gentiment, bien glissé dans le reste. Et surtout, l’acidité est encore belle, mais elle n’est plus agressive.

Grand vin, pour autant? Je n’irais pas jusque-là. Impressionnant, comme j’espérais il y a trois ans? Très satisfaisant, tout au moins. Mais c’était un vin qui méritait de vieillir pour monter ce qu’il avait dans le ventre. Il s’est vraiment bonifié, a gagné de la complexité et de la finesse – il n’a pas que vieilli. Comme bien des sauvignons, d’ailleurs, qu’ils soient de la Loire, de Bordeaux ou d’ailleurs – des vignobles catalans de chez Torres, par exemple, où le Fransola, pur sauvignon blanc, est un vin que j’apprécie toujours, encore plus à 5, 8 ou 10 ans qu’au moment où il débarque en succursale. Mais ça, c’est une autre histoire.

TasteCamp North: un tour dans les vignes du Niagara

Vendredi le 13 mai, sur le coup de midi, une quarantaine d’amateurs de vin canadiens et américains commenceront un périple gustatif dans la région du Niagara, du côté ontarien et du côté américain, à la découverte de ce qui se trame dans les vignoble de la région. Venus de New York, de Boston, de la Nouvelle-Écosse, du Québec, de l’Indiana, du Colorado et de l’Ontario, ils et elles participeront au troisième Tastecamp, après des arrêts à Long Island et dans les Finger Lakes, respectivement en 2009 et en 2010.

Le chai de Malivoire, un des producteurs qui feront découvrir leurs vins lors de TasteCamp North, ce weekend

Ayant fait partie du comité organisateur de l’événement, je suis un brin fébrile et surtout, très enthousiaste de voir ce groupe se réunir dans cette région que j’ai appris à découvrir depuis la fin des années 90 et dont je constate avec plaisir les progrès constants. J’ai bien hâte de voir ce que des collègues blogueurs et journalistes du vin, dont plusieurs en seront à leur première visite dans la région, penseront de ce qui se trame dans les vignobles, de part et d’autre de la rivière Niagara. De mon côté, les vins américains de l’AVA Niagara Escarpment seront une découverte totale – j’en ai goûté un ou deux, sans plus.

Ce que je peux dire sans hésiter, c’est que les blogueurs présents ne manqueront pas de bonnes choses à découvrir. Des vétérans de la première heure comme Inniskillin, Château des Charmes, Vineland Estates ou Thirty Bench aux nouveaux chefs de file comme Tawse, Southbrook, Hidden Bench ou Ravine, il y a beaucoup de joueurs de calibre mondial, dont les cuvées se défendraient fort bien face à des régions réputées de la planète vin. Tout n’est pas parfait, bien entendu – quelle région l’est, d’ailleurs? – mais entre les rieslings vifs et expressifs, les chardonnays bien menés, quelques pinots noirs fins et équilibrés et des assemblages bordelais qui réussissent à se distinguer même les années froides, on ne manque pas de bonnes choses à se mettre sous la dent.

De façon plus précise, voici quelques vignobles dont j’ai eu le plaisir de goûter les vins de façon plus assidue, depuis deux ou trois ans, et qui valent la découverte, que ce soit par les quelques bouteilles qui se rendent à la SAQ ou par un voyage dans la région pendant la belle saison.

Château des Charmes

C’est en bonne partie en dégustant des vins du Château des Charmes que j’ai découvert, il y a près de vingt ans, que l’Ontario pouvait faire des vins de grande qualité. Paul Bosc, le patriarche de la famille, est un des grands pionniers de la région du Niagara avec Donald Ziraldo, cofondateur d’Inniskillin. En goûtant plusieurs cuvées de cette maison familiale, plus tôt cette année, j’ai été impressionné par la bonne tenue générale des vins, d’un agréable chardonnay musqué à l’excellent Equuleus 2007, un assemblage bordelais très classique et savoureux tiré de vignes plantées en 1982, en passant par un très bon pinot noir 2007 (une année qui a été parfois difficile pour les pinots du Niagara) et un vin de glace de savagnin qui est une des plus belles curiosités canadiennes que j’aie bu récemment.

Ravine Estate Vineyards

La maison ancestrale de la famille Harber, où l'on déguste aujourd'hui les vins de leur jeune vignoble, Ravine

Profitant d’un site parfaitement exceptionnel – l’ancien lit de la rivière Niagara, il y a plusieurs milliers d’année -, Ravine profite d’une variété de sols qui a permis à la famille Harber et au vigneron et oenologue Peter Gamble  de jouer habilement avec les cépages, pour produire certains des vins les plus précis et les plus représentatifs du terroir de Niagara et des qualités que peut donner un climat frais. Leur riesling à l’allemande, avec un équilibre vraiment irréprochable de douceur et d’acidité, est un des meilleurs de la région, voir du pays, tandis que leur Merlot Réserve 2007 (disponible en importation privée au Québec via Trialto) est un des meilleurs rouges du Niagara qu’il m’ait été donné de boire, toutes catégories confondues.

Le Clos Jordanne

Ce projet conjoint de deux géants, le groupe Boisset et Vincor, travaille depuis une dizaine d’années sur une exploration toute bourguignonne du terroir, afin de déterminer, dans quatre vignobles installés sur les hauteurs du “Bench”, la partie sud de la péninsule du Niagara, les secteurs qui donnent les meilleurs vins de chardonnay et de pinot noir. Sous la gouverne de Thomas Bachelder, et maintenant de Sébastien Jacquey, le Clos livre des vins de haut vol, avec beaucoup de précision et de finesse. Leurs vins “village” sont de véritables aubaines et le cru Claystone, en particulier, est un vin de garde d’une profondeur épatante. Le seul défaut, c’est que Le Clos n’a pas de domaine à faire visiter pour les voyageurs qui passent par le Niagara.

Hidden Bench

Projet ambitieux dirigé par Harald Thiel, Hidden Bench profite d’une viticulture tirée à quatre épingles pour produire des cuvées amples et savoureuses qui visent les plus hauts sommets. Son Nuit Blanche, un sauvignon blanc de grande qualité, ses pinots noirs et riesling précis, entre autres, sont plus que satisfaisants – et plusieurs années de cave seront nécessaires pour qu’ils parviennent à livrer tout leur potentiel. Le départ de Jean Martin Bouchard (maintenant chez Road 13, dans l’Okanagan) a créé une certaine transition, mais une équipe compétente continue de tenir le fort.

Southbrook Vineyards

Née dans les vignes et les arbres fruitiers de l’Okanagan, Ann Sperling est une des vigneronnes et des oenologues les plus accomplies au Canada. Les quelques conversations que j’ai eu le plaisir d’avoir avec elle, depuis deux ans, m’ont toujours permis d’en apprendre énormément sur les vignobles ontariens, les méthodes de viticulture et de vinification qui conviennent à la région, le tout avec une sorte de pragmatisme et de bon sens impressionnants. Certifié biodynamique, Southbrook produit sous sa gouverne des vins impeccables et souvent surprenants: la manière dont Ann Sperling (et son mari Peter Gamble, chez Ravine) a réussi à tirer des rouges élégants et agréables dans un millésime aussi exigeant, pluvieux et frais que 2008 constitue un véritable exploit. Un domaine à surveiller, doté en prime d’un des plus beaux édifices de la région, un long ruban bleu qui vaut le détour à lui seul.

Tawse

Maury Tawse, riche homme d’affaires ayant particulièrement bien réussi, est en train de faire de Tawse un des hauts-lieux de la viticulture ontarienne – en plus d’avoir acheté des premiers crus en Bourgogne, dans un projet auquel participe aussi le Québécois Pascal Marchand. S’il fait du volume avec les vignobles Lakeview, achetés récemment, c’est autour de sa winery imposante et moderne, dans une série de vignobles travaillés en biodynamie (vous y verrez notamment paître des moutons), que le travail plus sérieux de mise en valeur du terroir se fait. Avec une attitude prudente et attentive, Paul Pender produit là des chardonnays, pinots noirs, rieslings et cabernets francs précis et élégants, toujours bien définis et délicieux.

Malivoire

Chez Malivoire, où le souci des particularités du sol et le travail bio sont dans le collimateur, on réussit à faire une cuvée pas mal réussie (mais aussi pas mal tannique) de Maréchal Foch vieilles vignes, un cépage hybride qui n’est pas toujours facile à maîtriser. Et ce n’est là qu’un de leurs exploits. Le gamay tout court et son grand frère, le gamay Courtney, tiré d’un vignoble particulièrement parlant, ont beaucoup de personnalité, tandis que les chardonnays Moira et Mottiar (ce dernier étant tiré du vignoble personnel du maître de chai, Shiraz Mottiar) sont ronds et équilibrés, avec du coffre et de la personnalité. Et le rosé “Ladybug” de la maison, pas mal sympathique, a de quoi vous ensoleiller une journée de printemps, aussi.

Vineland Estates

Brian et Allan Schmidt gèrent avec beaucoup d’aplomb ce domaine qui compte un des plus vieux vignobles de riesling de la région, le St Urban’s Vineyard, dont il tire des vins superbes et aptes à un long vieillissement – à un point tel que l’on trouve régulièrement en vente à la boutique du domaine de vieux millésimes des rieslings de la maison, remontant jusqu’au début des années 90. Capable de produire des vins de terroir bien définis, Brian Schmidt sait aussi faire des vins à plus grand volumes à peu près irréprochables dans leur catégorie, comme le chardonnay 2009 simple, rafraîchissant et équilibré qui fonctionne plutôt bien sur les rayons de la LCBO, avec un prix d’une quinzaine de dollars. Schmidt a aussi une grande affection pour le cabernet franc, dont il produit des cuvées réserves sérieuses et pourtant bien accessibles. La maison a aussi fait une belle trouvaille en créant le Vice, un “martini” fait de vodka et de vin de glace qui est franchement très agréable: moi qui ne suis pas cocktail pour deux miettes, j’avoue m’en resservir facilement un deuxième verre.

Creekside Wines

Au chai de Creekside Wines, j’ai dégusté des syrahs extrêmement intéressantes, des rieslings étonnants (en particulier un réserve tiré d’une section à haute densité du vignoble Butler’s Grant, vraiment exceptionnel), et aussi des vins vraiment expérimentaux d’une série appelée Undercurrents, où l’on mélange par exemple du muscat et du sauvignon blanc avec beaucoup de succès. Il leur arrive même de faire mûrir du sangiovese avec pas mal de succès. Dommage qu’ils ne viennent pas mettre un brin de folie dans les dégustations de TasteCamp. Il faudra que je fasse un détour…

Lailey Vineyards

Même s’il fait des chardonnays agréables et des pinots noirs équilibrés qui valent le détour, ce sont les syrahs concoctées par Derek Barnett, un sympathique australien qui s’est remarquablement bien adapté au climat local, qui me ramènent le plus vers ce domaine situé tout près de la rivière Niagara, sur la route qui relie Niagara Falls à Niagara-on-the-Lake. Barnett produit aussi un Zweigelt original et facile à boire, ainsi qu’une série de cuvées élevées en chêne canadien qui ont une personnalité des plus intéressantes. Je m’en voudrais d’oublier son chardonnay tiré du vignoble Brickyard, qui est plus que simplement agréable.

Ces quelques domaines, je le précise bien, sont un palmarès personnel au fil d’un parcours personnel et incomplet, à ce jour. D’autres maisons comme Colaneri et A Foreign Affair, qui travaillent tous deux des vins selon la méthode italienne de l’appassimento (séchage partiel des raisins), Rosewood, Thirty Bench, Megalomaniac, 13th Street, voire même des domaines “virtuels” comme l’excellent Nyarai (la winery virtuelle est en fait une marque distincte produite dans un domaine d’un autre nom, en profitant du même permis de produire), ont aussi beaucoup de belles choses à offrir – et j’en oublie plusieurs autres. Il y a de quoi faire plusieurs voyages dans le Niagara, pour prendre la mesure de tout ce qui se produit là-bas.

Publié dans : on 12 mai , 2011 at 4:09  Commentaires (2)  
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Salon des vins de Québec: dégustations et bilans

Le Salon des vins et spiritueux de Québec, qui avait lieu la semaine dernière au Centre des congrès, semble avoir trouvé sa place auprès des amateurs de vin québécois. La hausse d’achalandage de 15% annoncée par les organisateurs, portant la fréquentation de quelque 10 500 entrées, en 2009, à près de 12 000, cette année, est en tout cas un très bon signe.

Les organisateurs, croisés sur place le dimanche après-midi, étaient souriants et satisfaits, après trois journées bien remplies. Le samedi, en particulier, de l’avis d’absolument toutes les personnes rencontrées, avait été un véritable feu roulant, avec des quantités impressionnantes d’amateurs défilant constamment de midi à la fermeture, en soirée. Au total, les vignerons et agents rencontrés semblaient heureux – ou tout au moins, satisfaits – de leur participation à l’événement. Plusieurs soulignaient la qualité des rencontres avec un public jugé enthousiaste et curieux. Bref, pas mal de positif.

Quelques découvertes

Lors de mon passage au Salon, j’ai fait plusieurs découvertes et profité de quelques retrouvailles appréciées. Voici la liste de celles qui m’ont le plus séduit – pas le meilleur du Salon, je n’ai pas suffisamment écumé les stands pour ça, mais bien des coups de coeur au hasard des rencontres.

Clos Haut-Peraguey, Sauternes, 2009 et 2005: Des vins de haut vol, avec beaucoup de finesse, d’équilibre et de caractère, à un prix très correct, pour du Sauternes (78$ pour le 2005 à la SAQ), dont les coûts de production sont nettement plus élevés que les vins de table de Bordeaux, fussent-ils premiers crus. Le 2009 était très jeune, et donnait cette impression compacte que les meilleurs vins de garde donnent en début de parcours: tout est là, mais retenu et réservé. De la cire d’abeille, un peu d’amande, de la poire séchée, beaucoup de longueur, mais il lui faudra du temps pour s’ouvrir. Le 2005, porté sur le caramel et la marmelade d’oranges de Séville, avec un nez très ample et ouvert, montre le chemin que l’autre pourrait emprunter – et aussi la longue vie que ces vins ont devant eux. Pas lourd ou riche pour une miette, ni l’un, ni l’autre. (Agence: Francs Vins)

Stronghold Nachise 2009: Le chanteur du groupe Tool, Maynard James Keenan, a décidé de faire des vins de terroir sur des coteaux abrupts de son Arizona natal – une aventure qui a même fait l’objet d’un documentaire intitulé Blood into Wine. Et alors? Alors c’est vraiment bon – en tout cas, le Nachise 2009, cet assemblage de cépages du Rhône, avec une part de petite sirah, est intense, savoureux, bien épicé, témoin d’un lieu ensoleillé mais sans lourdeur. En sachant que les vignes sont toutes jeunes, c’est tout à fait prometteur. Vaut les 31$, environ, qu’il coûte au Québec, qu’on soit fan de Tool ou pas. (Agence: Anthocyane – en importation privée)

Pouilly-Fuissé Vieilles Vignes 2008, Domaine Pierre Vessigaud: Quand on dit qu’un vin fait la queue de paon, c’est à ce genre de vin que l’on pense. Je l’ai goûté, j’ai trouvé que c’était bon, même très bien, un chardonnay avec une belle tension, équilibré au possible. J’ai fait un signe favorable au vigneron et ensuite, mon expression a changé, au fur et à mesure que les saveurs s’ouvraient, qu’une ampleur et une rondeur remarquables s’installaient en finale. Wow. (Agence: Vins Alain Bélanger – en importation privée)

En plus de pouilly-fuissé, les Vins Alain Bélanger avaient aussi ce très sympathique Valençay, frais et gouleyant, bon rapport qualité-prix à moins de 20$

Barbera d’Alba Superiore 2008, Azienda Vinicola Palladino: Ce n’est pas la première fois que je goûtais les vins de cette maison piémontaise, et j’y retourne toujours avec plaisir. Des saveurs affirmées, avec une petite touche un peu sauvage qui vous garde les sens éveillées, dans le cas des barbera. J’ai toujours le goût d’y revenir, également pour le Barolo, avec de la substance et de l’élégance. (Agence: Olea).

Ruberpan 2008, Pieropan: Très beau rouge de Vénétie par un maître du soave. Les saveurs de cerise séchée et de cuir/tabac qu’on retrouve dans les bons rouges de la région, de la profondeur et beaucoup de buvabilité. Toujours très satisfait des vins de cette maison. (Agene: Enotria Internationale – en reconduction à la SAQ)

Saint-Véran Les Mandeliers 2009, Domaine Arnaud Combier: D’un jeune vigneron énergique, un chardonnay bio, vinifié naturellement et sans soufre, au nez riche et ample, avec une bouche à l’avenant, mais monté sur une colonne vertébrale bien droite. Tendu juste comme il faut, avec une belle matière. Vaut amplement son prix – sous les 25$. (Agence: Symbiose – en importation privée)

Mercurey Blanc 2008, Domaine du Meix-Foulot: Très beau bourgogne blanc avec cette acidité citronnée que j’aime tant, de la fraîcheur et de la vivacité, mais le tout bien enrobé de juste ce qu’il faut de gras, avec une belle intensité aromatique. Bien aimé le rouge, aussi, mais c’est le blanc qui m’a fait le plus d’effet. (Agence: La Fontaine Vins et Liqueurs - importation privée).

Côtes du Rhône 2008, Château de Montfaucon: Un agréable côtes-du-rhône avec du beau fruit, une petite touche de poivre, une bonne longueur et pas de lourdeur. Destiné à la SAQ, sous les 20$: un bon rapport qualité-prix. Jolie curiosité, la maison faisait aussi goûter un vin de table appelé le Vin de M. le Baron de Montfaucon, assemblage de 15 (!) cépages chaleureux, qui s’anime bien en bouche, comme si tous les cépages voulaient montrer leur part dans le total. (Agence: La Fontaine Vins et Liqueurs)

Et pour la suite?

La seule ombre au tableau – ou enfin, la seule interrogation – tient à la suite de l’événement, dans le contexte de la fin du Salon de Montréal et de son remplacement par la Grande dégustation de Montréal. Jusqu’à maintenant, le Salon de Québec alternait avec celui de Montréal, les deux étant programmés aux deux ans. Toutefois, la Grande dégustation, présentée en octobre, sera annuelle. Les agents et autres participants seront-ils prêts à faire les deux événements? Si les deux formules sont très différentes, on peut imaginer que chacun pourra y trouver son compte, ses participants et son public.

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