Dégustation: Le voile de la mariée 2008, Vignoble Sainte-Pétronille

Même si, comme on se plaît à le répéter, l’île d’Orléans a été nommée “Isle de Bacchus” par Jacques Cartier, lors de ses voyages des années 1530, y faire pousser de la vigne reste un défi considérable. Le degré ou deux de moins, en moyenne, qu’offre le climat de la région de Québec, par rapport aux Cantons-de-l’Est ou à la Montérégie (où la culture de la vigne n’est déjà pas une évidence) rend la production de vin particulièrement exigeante.

Ce n’est pas ici qu’on fera pousser du cabernet sauvignon ou de la roussanne, pour produire des vins costauds ou exceptionnellement riches. Mais en s’ajustant aux conditions, et en choisissant des vignes hybrides adaptées au climat frais, afin de bien permettre au raisin de mûrir pleinement, on peut arriver à quelque chose de très sympathique.

C’est ce que prouve agréablement le Voile de la mariée, un assemblage de vandal-cliche et de vidal produit par le Vignoble Sainte-Pétronille. Depuis qu’ils ont repris la propriété en 2003, les propriétaires de ce vignoble fondé il y a presque vingt ans ont mis des efforts considérables, à la vigne et au chai, pour améliorer la qualité des produits.

D’une robe pâle et limpide, ce blanc frais présente des arômes de fleurs et de miel, avec un peu de poire et d’agrumes. En bouche, un brin de miel aussi, mais sur un ensemble sec, simple et assez bien équilibré. Une trace du caractère végétal parfois agaçant des cépages hybrides nord-américains persiste, mais le fruit frais domine, sur une acidité franche, sans être excessive, pour donner un vin désaltérant et sympathique.

On saluera le fait que le producteur est arrivé à ce résultat honorable dans un millésime aussi frais et pluvieux que 2008. En voilà qui semblent équipés pour relever les défis parfois éreintants que mère nature impose aux vignerons d’ici.

Le vignoble Sainte-Pétronille profite d'un superbe panorama sur le Saint-Laurent et la chute Montmorency.

Publié dans:  on 29 novembre , 2009 at 7:05 Laisser un commentaire

Courrier vinicole La relève France-Espagne: c’est quoi au juste la relève?

Si vous êtes amateurs de belles bouteilles, il vous reste jusqu’à minuit, lundi soir (23 novembre) pour placer votre commande au Courrier Vinicole La Relève France | Espagne, un catalogue au principe original, qui offre, comme d’habitude, un choix de cuvées intéressantes, parfois rares et pas toujours à des prix stratosphériques. Innovation appréciable – un retour, en fait, après quelques incompréhensibles années de recul technologique – on peut faire sa commande par Internet. Au lieu de se courir un télécopieur ou de se chercher un timbre (on s’en sert si souvent, de nos jours…), voilà que vous pourrez procéder de façon instantanée. Il était temps!

Ceci dit, ce Courrier Vinicole consacré à “La Relève France | Espagne” me laisse un brin perplexe.

Un peu comme c’était le cas pour les Pastilles de goût, le problème n’est pas tellement dans le concept, mais plutôt dans l’exécution.

Pour la plupart des gens, la relève, c’est la jeunesse, la nouveauté, ceux et celles qui percent, qui renouvellent fraîchement les domaines, les régions où ils travaillent. Le jeune groupe qui explose sur la scène musicale avec un son inédit. L’entrepreneur fraîchement sorti de l’université qui innove et trouve sa place sur le marché. Le vigneron qui change la direction d’un domaine ou crée le sien et montre rapidement une grande promesse. C’est ce qu’on laisse entendre dans la présentation du catalogue, constitué de «51 produits issus d’une nouvelle génération».

Mais la relève, ce n’est donc pas le milieu de carrière – ni, évidemment, l’expérience du vétéran. D’un point de vue personnel, je ne suis pas vieux, il me reste un bon quart de siècle de carrière devant moi, mais je rigolerais franchement si on me disait que je fais partie de la relève.

Après vingt ans aux commandes du domaine familial, Michel Chapoutier fait-il vraiment encore partie de la "relève"?

C’est pourquoi je sursaute en voyant que la Relève définie par l’équipe du Courrier Vinicole inclut Michel Chapoutier, qui a repris le domaine de son grand-père il y a bientôt vingt ans, Étienne de Montille, qui vinifie les vins du domaine familial depuis 1989 (et qui sera de passage à Montréal Passion Vin, la fin de semaine prochaine), ou encore Pascal Chatonnet, qui oeuvre dans le vin depuis les années 80 et qui a mis le Château La Sergue en route en 1996. Autre exemple, on présente Jean-Bernard Larrieu comme la relève du Clos Lapeyre, dans le Jurançon, en précisant qu’il «a débuté en 1985 à l’âge de 22 ans».

Je reste aussi perplexe en voyant Emmanuel Cazes, jeune relève du Domaine Cazes, certes, mais représenté par un vin doux naturel de 1990 qu’il n’a certainement pas vinifié lui-même. Du côté des Moueix, même problème avec un Château Bélair 2000, qu’on lit à Édouard Moueix, fils de Christian, entré dans l’entreprise familiale en… 2002 et à Bélair lors de l’acquisition par les Établissements Moueix en… 2008.

Même hésitation devant le Silex 2007 de Didier Dagueneau: Louis-Benjamin et Charlotte Dagueneau sont maintenant aux commandes du domaine familial, mais le 2007, c’était encore le vin du paternel, mort en septembre 2008.

Entre le Silex ou le Volnay des de Montille, ce n’est surtout pas la qualité des bouteilles qui me pose problème. La Sergue, pour l’avoir goûté le printemps dernier, est un excellent vin et un très bon rapport qualité-prix, à 45$. Je suis sûr que Bélair 2000 est loin d’être de la piquette. Mais que font-ils dans un catalogue de “La Relève”?

Avec un concept aussi dilué, on perd l’occasion de pointer vraiment, avec un véritable travail de recherche, les vignerons qui sont à définir l’avenir du vin, ceux qui arrivent fraîchement sur la scène et qui sont à créer les grands vins de demain. Là, on aurait peut-être fait de parler de familles du vin ou de générations, tous simplement, puisqu’on finit par simplement illustrer le processus traditionnel de succession, dans d’innombrables domaines viticoles.

Il se pourrait très bien que je cède à la tentation en achetant un Hermitage de Yann Chave à 33$, le Jurançon La Magendia de Lapeyre au même prix, un Mas Karolina du Roussillon à 23$, ou encore un Auxey-Duresses d’Estelle Prunier à 55$. Je ne vais pas bouder mon plaisir à cause d’un flou dans les définitions. Mais j’aimerais bien que l’on soit un peu plus précis dans les concepts, ceci dit: que dirait-on si un catalogue Nouveau Monde nous offrait des Bourgogne et des Brunello en nous disant qu’ils sont de style nouveau monde?

 

Le retour de la Convergente, fête des importations privées (à Montréal et à Québec)

La Convergente, salon des vins d’importation privée organisée par le RASPIPAV, est de retour pour une troisième édition, les 9 et 10 novembre, au Marché Bonsecours, à Montréal. Pour la première fois, une partie des agences et des vignerons se rendront à Québec le 12 novembre. S’il vise d’abord les restaurateurs, le salon est également ouvert, tant à Montréal qu’à Québec, à tous les amateurs intéressés qui y trouvent une rare d’occasion de découvrir des dizaines et des dizaines de vins qu’on ne trouve pas sur les rayons de la SAQ.

Je vous le précise tout de suite, je suis partie prenante de l’événement, puisque l’agence avec laquelle je collabore, Insolite Importation, sera présente au salon avec 6 producteurs (voir les détails ici). Je serai donc présent à l’événement autant pour déguster chez les autres agences spécialisées dans l’import privé que pour accompagner les vignerons Insolite.

Pour ceux qui aiment les vins artisans, les petites productions, le bio, le naturel, l’original, La Convergente est vraiment un rendez-vous de choix. Au Marché Bonsecours, les 9 et 10 novembre, 33 agences rassemblent 80 vignerons et offriront quelque 500 vins de huit pays (Australie, Autriche, Canada, Espagne, France, Italie, Portugal, États-Unis) à déguster. Le rendez-vous de Québec, plus modeste, réunira une trentaine de vignerons à l’École hôtelière de la Capitale le 12 novembre.

Pour vous donner quelques exemples, sachez qu’à Montréal, Rézin présentera des vins de chez Stratus, excellent producteur ontarien, Puzelat, Clos du Tue-Boeuf, Lapierre, pour ne nommer que ceux-là. Chez Oenopole, on aura de l’Alsacien de chez Schueller  et du champagne de Lassaigne. Chez Vinnovation, Pierre-Yves Colin Morey viendra proposer ses bourgognes blancs très appréciés, entre autres, par Jancis Robinson. Et ce ne sont que quelques exemples. Avec 33 agences, au total, il y aura quantités de cuvées et de domaines qui méritent le détour et qui vous feront peut-être même revoir quelques-unes de vos notions sur ce qui ait un vin, une appellation, un terroir.

Si vous passez, vous viendrez me dire bonjour.

Des vins valaisans pour la brisolée (et plus) : Gérald Besse, Jean-Louis Mathieu et Jo Gaudard

Depuis que j’ai écrit un petit billet sur la brisolée, il y a bientôt deux ans, les liens se font très nombreux vers cette page d’À chacun sa bouteille, particulièrement du mois d’octobre au mois de décembre, en pleine saison des châtaignes. Tout simple, ce repas de châtaignes grillées accompagnées de fromage est un plat des plus réconfortants et des plus conviviaux, quand la froidure revient. Une spécialité suisse – et en particulier valaisanne – moins connue que la raclette ou la fondue, mais tout aussi agréable.

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Des vignes à perte de vue dans la portion valaisanne de la vallée du Rhône

Même si on s’en fait au moins une fois par hiver, à la maison, la brisolée reste pour moi associée étroitement à mes souvenirs de voyage en Valais, avec les châtaignes grillées sur feu de bois dans une sorte de cylindre troué en fer que l’on tourne périodiquement pour assurer une cuisson égale. Avec une petite touche fumée et caramélisée, un vrai délice.

Voici donc un excellent prétexte pour vous parler de trois vignerons valaisans que j’ai visité en août dernier, lors de mon passage en Suisse en tant que juré du Mondial du pinot noir, un concours où sont jugés plus de 1100 pinots de 24 pays, par une soixantaine de professionnels d’une dizaine de pays. Avec beaucoup de sérieux et d’application, comme j’ai pu le constater. Épatant aussi de voir toute la diversité qu’on peut trouver entre vins d’un même cépage: les nuances de goût, de texture, d’extraction, de mûrissement, d’arômes, d’intensité, de couleur ont voir toutes les nuances du vin. Des nuances qui en font un plaisir et un apprentissages infini.

Le Mondial, c’est à la fois un travail sérieux, organisé avec toute la précision… d’une horlogerie suisse, tiens, et un étalage exceptionnel de l’hospitalité valaisanne, des marches en montagne à la très belle station de Crans-Montana aux dégustations de raclette au Château de Villa, à Sierre, en passant par un repas à l’exceptionnel restaurant gastronomique de Didier de Courten, toujours à Sierre.

Quelques journées où l’on découvre des vins exceptionnels, tant dans le cadre du concours (du grand pinot dans les Sierras de Malaga, en Espagne? Qui l’eût cru.) que lors des repas où les vins valaisans prennent le relais (les cuvées élevées en chêne suisse de chez Rouvinez, l’arvine si vive et intense de Mike et Jean-Charles Favre, pour ne donner que deux exemples parmi tant d’autres).

Déjà que j’étais très fan des délices valaisans…

Le vignoble de Chamoson, en Valais.

Le vignoble de Chamoson, en Valais.

Le pire, c’est qu’après toutes ces bonnes choses et surtout, tout ce vin, j’avais encore des trucs que je tenais à goûter, après la fin du concours. En une courte journée, j’ai donc visité trois domaines: Jean-Louis Mathieu, à Chalais, Jo Gaudard, au Leytron, et Gérald Besse, à Martigny. Trois coins différents du Valais, chacun avec leur terroir, leur ensoleillement et leurs spécialités.

Jean-Louis Mathieu

C’est sur la recommandation d’un ami commun, Daniel Rossellat, que je me suis dirigé vers chez Jean-Louis Mathieu, du côté sud de la vallée du Rhône. De quoi me mettre en confiance, puisque l’ami Daniel sait apprécier les bonnes bouteilles – et les bonnes personnes.

Jean-Louis s’est avéré aussi sympathique que talentueux, affichant une maîtrise calme et une connaissance précise de ses vignes et de ses raisins. Son fendant de Sierre 2008 s’est avéré frais, bien mûr mais aussi bien sec, et animé par une petite touche de gaz carbonique. L’arvine, bien typée, était de bonne ampleur, avec un fruit bien défini et la petite touche saline si distinctive de ce cépage unique au Valais. En rouge, le pinot noir de Chalais se distinguait par un profil très aromatique et une bonne fraîcheur en bouche, tandis que la syrah de Sierre exhalait un très beau poivre blanc sur un fond de fruit rouge et une trame tannique équilibrée. Le Cornalin, avec son fruit ample et enrobant, ses tannins fins et serrés et sa structure nette, est un des plus beaux exemples qu’il m’ait été donné de boire de ce cépage dont le caractère si capricieux explique sa quasi-disparition, il y a deux décennies, du vignoble valaisan. Des vinifications maîtrisées comme celle-ci expliquent par ailleurs pourquoi il effectue un retour apprécié.

Pour le dessert, j’ai également pu goûter au Tulum, un vin d’assemblage réunissant petite arvine, marsanne, malvoisie et muscat, élevés en minimisant l’oxydation, afin d’accentuer la netteté des saveurs et les nuances aromatiques riches des raisins surmaturés. De toute beauté.

Jo Gaudard

L’arrêt chez Jo Gaudard était motivé par la dégustation, lors d’un voyage précédent, d’un très bon cornalin où l’on trouvait un équilibre et une intensité aromatique plus qu’appréciable. Si j’ai bien aimé l’arôme floral de son humagne blanc, ainsi que le côté épicé de son humagne rouge, c’est avec un rosé qu’il m’a vraiment fait sourire. La syrôse est, comme son nom l’indique, un rosé de syrah d’une belle rondeur, avec beaucoup de fruit et de bonheur – et une étiquette très appréciée et même très courue par les médecins, me disait Jo, lors de notre rencontre à la bonne franquette. Avec une étiquette aussi directement anatomique, il y a de quoi amuser bien des gens du domaine de la santé.

Sachant flairer une bonne affaire, Gaudard a fait protéger la marque dans plus d’un pays, avec le projet éventuel de faire de la syrôse dans d’autres régions portées sur la syrah. Un projet intéressant, puisque tout buveur préfère avoir une syrôse qui fait d’un bien, plutôt que l’autre sorte.

Gérald Besse

En fin de journée, je me suis dirigé vers le domaine de Gérald Besse, sur les coteaux encaissés qui bordent Martigny du côté ouest, dans le début de la vallée qui conduit au Val d’Aoste, par le Grand Saint-Bernard. Un endroit de prédilection, pour moi, tant pour son paysage que ses fendants bien minéraux et frais, et toutes les autres bonnes choses qui viennent avec.

Les Besse venaient de revenir de vacances et la visite chez eux s’est faite dans un brouhaha amical que j’ai beaucoup apprécié. Même avec tout le travail qu’une journée de retour suppose, toute la famille s’y est mise pour offrir un accueil de qualité. Patricia, d’abord, puis sa fille Sarah (qui étudie l’oenologie à l’école de Changins), puis Gérald lui-même se sont succédés aux bouteilles, faisant goûter à peu près tout le panorama de leur production, qui couvre près de trente cuvées distinctes, sur deux grandes gammes: les cuvées “traditionnelles”, peu ou pas boisées, et Les Serpentines, une série de vins élevés en barrique (mais nommés d’après la pierre serpentine présente dans les coteaux avoisinants.

Voilà un voyage gustatif que j’ai bien apprécié, de bout en bout. Toutes les cuvées sont bien définies, avec une direction correspondant au cépage et au terroir. Deux bonnes pages de notes et beaucoup de plaisir, surtout, à discuter avec ces trois personnes si énergiques et si attachées à leur terroir. Gérald Besse parlait avec beaucoup de fierté de ce domaine constitué graduellement pendant trente ans, à la force du bras. Des années de galère qui rapportent finalement une satisfaction bien méritée, avec 16 hectares de vignobles en terrasse, dont une belle petite parcelle d’ermitage (marsanne) plantée en 1947 par son grand-père Clément qui offre un vin véritablement exceptionnel.

Allons-y pour les dégustations.

Le terroir de Martigny, souvent granitique, avec quelques affleurements calcaires, est un vrai paradis pour le fendant, et ceux de la famille Besse ne font pas exception. Le Fendant Martigny 2008 était minéral, frais et gouleyant, avec la fraîcheur apportée par la pointe de CO2. La cuvée Les Bans 2008, pris dans une parcelle spécifique, était dans le même esprit, mais avec une profondeur et un gras supplémentaires.

Toujours sur Martigny, le Johannisberg 2008 (le nom local du sylvaner) se distinguait par son caractère bien sec et vif, avec de la pierre à fusil et de la cire d’abeille au nez. Très agréable. La petite arvine 2008, travaillée sans fermentation malolactique, embaumait les agrumes, le fruit de la passion et le tilleul et se montrait nette et sèche en bouche. Une approche que j’avais bien apprécié chez Christophe Abbet, l’hiver précédent.

Les gamays 2008, comme les fendants, montraient bien la nature de chaque endroit. Du petit coin de vignes qui s’accroche aux pentes voisines du village de Bovernier, un passage étroit et encaissé de la route du Grand Saint-Bernard, Besse tire un gamay gourmand, qui goûte la confiture de fraise et offre des touches épicées, mais aussi végétales. Du lieu-dit Champortay venait une cuvée minérale (le sol y est plus sur le calcaire), structurée, avec une acidité rafraîchissante et un dez de cèdre et d’épices. Le gamay du Domaine Saint-Théodule, un beau vignoble racheté par Gérald et Patricia Besse en 1993, se montrait plus dense et plus structuré, avec un fruité bien mûr.

J’ai bien apprécié les pinots noirs et les syrahs, qui m’ont aussi donné l’occasion de faire le contraste entre les cuvées avec et sans chêne. D’un vignoble extraordinairement pentu, surnommé le Calvaire à cause de la difficulté d’y travailler la vigne, le pinot noir sans chêne 2008 offre une structure minérale très ferme qui gagnera à s’ouvrir avec le temps. En cuvée Serpentines, le même pinot trouve son fruit monté sur deux rails – un de calcaire, l’autre de chêne – et se révèle bien avec le temps, comme en témoignait le 2006, plus ouvert que le 2007. Côté syrah, le côté fraise au poivre de bien des vins valaisans tirés de ce cépage était au rendez-vous, avec en prime une belle touche de réglisse. Dans ce cas, j’ai préféré le sans chêne, le Serpentines 2007 ayant, avec 60% de fût neuf, une dose assez costaude d’arômes torréfiés et vanillés qui m’ont semblé un peu excessifs.

Les vins de raisins surmaturés sont de très belle qualité, comme en témoignaient une malvoisie 2007 très nette et équilibrée, débordant de pêche et d’abricot, et encore plus la petite arvine 2007, qui fleurait bon l’ananas, l’orange et le caramel au sel, le tout soutenu par l’acidité typique du cépage, avec ainsi un surcroît de fraîcheur.

Mon préféré de toute la dégustation aura toutefois été l’Ermitage Martigny vieille vigne 2007 de la série Les Serpentines, dont je me suis ramené une petite bouteille à la maison, après l’avoir goûté. Les deux fois, je suis tombé totalement sous le charme de ce vin profond et expressif, dont les saveurs intenses s’ouvrent par vagues en bouche et dont le parfum est carrément envoûtant. “À méditer”, avais-je écrit dans mes petites notes trop rapides. Et comment.

Pour la brisolée, déjà?

Dans tous ces vins, les fendants et les arvines sont particulièrement appropriés pour la brisolée, qui se marie particulièrement bien aux blancs dotés d’une belle acidité (de Suisse ou d’ailleurs). Un gamay fruité, un pinot bien minéral comme le Calvaire de Besse, ainsi que son Ermitage Les Serpentines, avec son intensité remarquable, pourraient aussi faire le travail. Évitez simplement des rouges trop tanniques et concentrés, qui donnent souvent un arrière-goût métallique au fromage.

Note de dégustation: Cryomalus 2007, cidre de glace, Antolino Brongo

Il y a beaucoup de belles choses à dire sur la complexité – et je ne parle pas, ici, du nom assez complexe du Cryomalus (des racines grecques cryo=froid et malus=pomme), ce cidre de glace produit par le domaine Antolino Brongo, situé à Saint-Joseph du Lac, au nord-ouest de Montréal. Ni de la référence un peu alambiquée, sur la contre-étiquette, au mythe romain de Vertumne et Pomone (et non Vertumnus et Pomona, en français), des dieux qui ne sont pas vraiment les parents de Cryomalus.

Je parle plutôt de la composition de ce nectar doré, qui compte sur cinq variétés de pommes: McIntosh (54%), Cortland (20%), Lobo (12%), Spartan (12%) et Empire (2%). La douceur de la McIntosh, la substance de la Cortland, l’acidité de la Lobo et de la Spartan, tout ça aide à donner un supplément de complexité aux arômes et aux saveurs. C’est ainsi qu’on est dans la pomme poêlée, l’abricot frais, le caramel, un peu la compote de pommes, le tout sur une texture assez fine, pas trop riche (c’est un compliment), avec l’acidité qui soutient bien un taux de sucre raisonnable.

Cet équilibre en fait un bon accord pour les fromages et les plats de porc simples (je verrais bien ça avec une petite côtelette grillée, avec des pommes de terre rissolées et des carottes glacées, par exemple), mais aussi un liquide tout à fait agréable à déguster seul, tel qu’en lui-même, en fin de soirée. Et comme tous les breuvages “de glace”, il a l’avantage de se conserver aisément plusieurs jours au frigo, une fois ouvert.

Élégamment habillé de noir, le Cryomalus est un peu le chouchou des chroniqueurs, cette année (voir le billet du Méchant Raisin, par exemple). Tant mieux pour les partenaires de ce tout nouveau domaine, Daniel et Patricio Brongo et Francisco Antolino, qui ont également eu la bonne idée de s’associer à l’agence Rézin, une des plus intéressantes et des plus dynamiques au Québec.

Le Cryomalus est certainement une des belles nouveautés dans le monde en croissance du cidre de glace et rejoint les excellents produits de chez Pinnacle (qui vient de s’allier à un très gros joueur, Vincor, pour assurer sa distribution), La Face cachée de la pomme, Michel Jodoin ou la Cidrerie Saint-Nicolas. Est-il au sommet de la liste? Peut-être pas. Mais ils ne font que commencer.

Une soirée avec Randall Grahm, les vins de Bonny Doon et les plats de chez DNA

«On se voit à Montréal?»

La question concluait un gazouillis de bonne humeur de Randall Grahm, légendaire vigneron Californien fondateur de la maison Bonny Doon et chef de file des Rhône Rangers, ces promoteurs de l’utilisation des raisins du Rhône dans le climat de la Californie. Le créateur de vins dont les étiquettes ont parfois été aussi remarquées que le contenu, grâce à un sens de l’humour et de la mise en marché remarquables, est en effet un adepte très actif de Twitter, où il poursuit des conversations enthousiastes en 140 caractères ou moins, avec un nombre exceptionnellement élevé des quelque 120 000 personnes qui le suivent.

Depuis quelques mois, nous avons des conversations occasionnelles, parfois parsemées de jeux de mots un peu vaseux, envoyés sans complexe dans la Twittosphère (prenez ceci et ceci, par exemple). Nous avons eu des échanges plus sérieux, aussi, sur son affection de longue date pour le Château Palmer, ou encore sur les vertus des différents types de bouchons utilisés dans le monde du vin – il est totalement converti à la capsule dévissable, mais était prêt à écouter des arguments en faveur du bouchon DIAM. Un échange aussi enrichissant que sympathique.

Mais de là à recevoir une invitation à venir me joindre à un souper en sa compagnie à Montréal? Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’agissait d’une très agréable surprise.

L’occasion du souper? Une tournée promotionnelle entourant la publication d’un livre longuement mûri, soulignée dans la Métropole par un repas au restaurant DNA, par l’entremise de l’agence qui représente Bonny Doon au Québec, Réserve et Sélection.

Randall Grahm vient en effet de publier une “vinthologie” intitulée Been Doon So Long. Un livre fantaisiste, plein de réflexions aux formes variées, de textes pointus sur les méthodes oenologiques, de chansons réécrites (Old Time Rock and Roll de Bob Seger devient Old Time Pomerol, par exemple) ou encore de poèmes parodiques qui livrent tout de même des points de vue sérieux sur le monde du vin. Une collection à l’image de son éclectique créateur, qui semble capable de faire flèche de tout bois. Depuis, il est parti dans un véritable marathon de séances de signatures, lectures et soupers où l’auteur et le vigneron sont également mis en valeur. La “Bataan Death March“, comme il surnomme ce périple qui l’occupera passablement jusqu’en novembre.

Direction terroir

La tournée sert à la promotion du livre, bien sûr, mais aussi à montrer l’évolution de la maison Bonny Doon, qui s’est considérablement (et volontairement) rapetissée, au fil des trois dernières années. En 2006, Bonny Doon vendait 5 millions de bouteilles par année (ou 450 000 caisses). Aujourd’hui, c’est plutôt 420 000 bouteilles (35 000 caisses).

Grahm a notamment accompli ce resserrement des activités en vendant la très populaire marque Big House. Le Big House Red et son pendant blanc étaient particulièrement identifié à la maison Bonny Doon – comme en témoignent les messages que Grahm envoie fréquemment à des admirateurs sur Twitter pour leur rappeler qu’il n’en est plus le producteur. La marque Pacific Rim, avec ses rieslings vifs et parfumés, a également été séparée de la maison mère.

La raison de ce changement d’orientation? Grahm avoue candidement qu’au sommet des volumes produits par Bonny Doon, son rôle était devenu celui d’un directeur marketing, plutôt que celui d’un vigneron. Tout en vantant les vertus du terroir, il produisait des masses de vin à partir de raisin acheté, en mettant à profit bien des trucs de l’oenologie moderne à grande échelle. «Rien, dans ce que je faisais, n’était en accord avec ce que je disais», confessait-il d’emblée, au début du souper chez DNA.

Aujourd’hui, Grahm, concentré sur ses propres vignobles, s’est converti avec ardeur à la biodynamie et cherche à faire sentir dans ses vins l’esprit des lieux. Bref, le terroir. Histoire de joindre l’acte à la parole. «Nous ne produisons pas des vins de terroir – pas encore. Mais c’est ce à quoi nous travaillons», ajoutait-il encore. C’est ce que nous étions invités à constater, au fil d’un souper où allaient défiler cinq vins, avec autant de services.

En chemin, le vigneron converti s’est montré d’une grande générosité avec la vingtaine de convives présents, au-delà des amusantes lectures de son livre. Prenant le temps de visiter les bouts plus éloignés de la table, de discuter avec des convives enthousiastes (dont un vrai fan, Étienne, qui garde dans sa cave une centaine de bouteilles de Randall Grahm), il présentait ses vins avec simplicité et enthousiasme et acceptait des échanges en tous genre avec ouverture et écoute.

J’ai beaucoup apprécié nos discussions, au fil de la soirée. Des échanges sur nos vins préférés (j’ai pris une note sur les syrahs d’Edmunds St. John, qu’il me décrivait comme étant “off the charts”), nous avons échangé à propos de David Page et Barbara Shinn, solides producteurs de Long Island, où Randall Grahm devait être dimanche. Nous avons aussi parlé de la petite barrique de pinot noir qu’il tire du vignoble d’un ami professeur d’université vivant à Santa Cruz, et que sa petite fille Mélie a foulé du pied. Le fier papa était plus qu’heureux de me montrer les photos de son apprentie-vigneronne (en voici une en ligne). Un beau bonheur familial, de partager ainsi sa vocation avec ses enfants.

Nous nous sommes aussi trouvé une admiration commune pour Véronique Dalle, l’excellente sommelière du Pullman, à Montréal. Une sommelière au jugement sûr et précis, qui avait passablement asticoté Grahm, il y a quelques années, sur son rapport au terroir. Un ingrédient dans sa conversion?

Quoi qu’il en soit, au fil des conversations, nous avons dégusté de très bons vins et mets, dont voici les descriptions.

Vin Gris de Cigare 2008

Le rosé de Bonny Doon, explique Randall Grahm, est travaillé avec des bâtonnages fréquents, afin de secouer les lies et de donner au vin un côté plus vineux, tout en réduisant ce qu’il qualifie de «fruité vulgaire». Le jus des raisins rouges (grenache, majoritairement, avec cinsault, mouvèdre et syrah) est additionné d’une petite part de roussanne et de grenache blanc, qui viennent donner, explique-t-il encore, de la profondeur et de la minéralité.

Agréable, juste assez rond et gras, effectivement avantagé par une petite touche minérale soutenant un fruit abondant (mais sans confiture), avec un brin de garrigue, le Gris était parfait pour accompagner les charcuteries maisons variées de chez DNA, des saucissons secs aux viandes séchées en passant par de l’excellent lard. Ce qui montrait qu’il avait la fraîcheur et l’acidité pour couper le gras et le fruit pour bien enrober le tout.

Le Cigare blanc 2006

En mettant le nez dans le verre, et en absorbant ces intenses arômes de cire d’abeille et de coing (le vignoble d’où les raisins sont tirés s’appelle Beeswax, imaginez-vous donc), je me suis retourné vers Randall Grahm en m’exclamant: «pourquoi les blancs du Rhône sont-ils aussi sous-estimés?». Une bonne question, convenait-il, fier avec raison de son blanc, doté d’une solide colonne vertébrale qui semblait presque étonner son auteur, puisque le 2008 est fait de 75% de grenache blanc et 25% de roussanne, pratiquement l’inverse de l’habitude.

Gras, mais tendu, persistant, avec un milieu de bouche plein et expressif, le Cigare blanc était simplement délicieux et enveloppant. Bien marié au saumon coho fumé entier, tout aussi onctueux que le vin. Additionné de crème fraîche et accompagné de petites crêpes fines (de blé Red Fife, apparemment très réputé), le saumon fondait dans la bouche. Satisfaisant en diable, dans les deux cas.

Nebbiolo Ca’ Del Solo Estate Vineyard 2005

DNE05C_bottle_600pxh_300dpiÀ 32,25$, à la SAQ, le nebbiolo Ca’ Del Solo se révèle le plus beau rapport qualité-prix de la soirée, et la plus belle surprise, aussi. Un nebbiolo aussi bien typé, aussi bien équilibré, en Californie? Ben oui. Du tonus, les arômes intenses (prune de Damas, réglisse, goudron, fleurs), sur une bouche serrée, avec un rien d’astringence… et un petit côté Amarone, causé par la technique dite Sforzato, utilisée dans le Valtellina, tout au nord-est de l’Italie. Le Sforzato consiste à sécher partiellement les raisins de nebbiolo, pour accroître l’intensité et la concentration du vin. Ici, la moitié des raisins sont séchés ainsi, ce qui semble amplement, vu ce que ce vin «cinglé à produire» a dans le ventre. Très bon, et vraiment parfait sur les pâtes à l’excellente sauce bolognaise à la tête de porcelet.

Le Cigare volant 2004

Vin emblématique de l’oeuvre de Rhône Ranger de Randall Grahm, cet hommage à Châteauneuf-du-Pape s’exprimait avec une jeunesse remarquable, à cinq ans d’âge. Les bénéfices de la capsule dévissable, souligne le vigneron, vendu à sa capacité de limiter l’oxydation des vins et de leur donner une capacité de vieillissement prolongée.

Un peu trop limitée, l’oxydation, peut-on se demander devant les arômes un peu timides, au départ, de ce mélange de grenache (38%), de syrah (35%), de mourvedre (12%), de carignan (8%) et de cinsault (7%). Mais à la longue, le fruit se révèle, élégant, avec une bonne dose d’épices. Le vin est bien centré, insense, bien que retenu.

La biodynamie et le travail plus attentif, selon Grahm, se révèlent dans des saveurs plus nette, moins de prune et de fruit trop mûr. Pas que j’aie trouvé de telles saveurs tellement gênantes dans les millésimes passés de Cigare Volant, mais je dois dire que la netteté du 2004 est vraiment marquée. Le veau sauce béarnaise, se mariait correctement au vin, mais j’aurais peut-être mieux apprécié une grillade d’agneau, ou un boeuf braisé, selon la suggestion de Randall.

Le vol des anges 2006

En fin de parcours, Grahm, connu pour ses vins de dessert (le Muscat de glacière, par exemple), a présenté Le Vol des anges 2006, un 100% roussanne ayant profité d’une botrytisation importante (comme à Sauternes, par exemple), ce qui concentre évidemment les raisins et leur donne un caractère très particulier. Ici, la roussanne prenait un côté caramélisé proche de la tire éponge, la finale légèrement amère venant structurer le vin un peu plus. La tarte à la poire et au vin rouge – et peut-être encore plus le surprenant gelato à la toast (qui était comme une inversion de la toast beurrée de caramel) – répondait fort bien à l’appel. Peut-être que, dans ce cas précis, j’aurais voulu un peu plus d’oxydation.  Mais je n’ai pas pour autant boudé mon plaisir.

Bonny Doon et Randall Grahm sont-ils passés pleinement à l’heure du terroir? Bonne question, difficile à pleinement évaluer sur une seule dégustation. Les vins ont du tonus, en tout cas, un équilibre très intéressant, sans ces excès trop fréquents du vin Californien. Les vinifications se font avec levures naturelles, mais restent un peu techniques, si on se fie aux fiches… techniques. Au fond, s’il est sur la voie du terroir et de la biodynamie, il semble clair que Randall Grahm suit son propre chemin. Et son chemin n’a jamais manqué d’être intéressant.

La pastille entre les dents: quand la SAQ essaie de définir vos goûts

Peut-on définir un vin par une simple pastille et deux qualificatifs? La Société des alcools parie que oui.

Pour être plus juste, disons plutôt que le monopole québécois des vins et spiritueux cherche, avec son nouveau système de “Pastilles de goût”, à offrir aux consommateurs un guide simple et facile pour trouver un vin à leur goût et à mieux identifier les mets à marier à la bouteille. Huit pastilles, au total: quatre pour les blancs, quatre pour les rouges, passant du plus léger au plus corsé.

Devant le côté parfois intimidant du monde des vins, l’intention est excellente, louable, potentiellement intéressante. Après tout, si un passionné de vin entre à la SAQ à la recherche d’un pinot noir, voire même d’un mercurey, voire encore d’une cuvée particulière de cette appellation, la plupart des consommateurs se cherchent un rouge qui ira bien avec les pâtes du soir, ou un blanc pour les truites que le beau-frère a pêché et gentiment partagé. Cépage? Appellation? Pas sûr qu’il ou elle ait toujours des idées très précises à ce sujet. Une échelle de goûts à quatre “barreaux”, c’est potentiellement un bon guide, pour commencer – ou pour accroître le plaisir du buveur débutant (ou distrait).

Mis à l’essai depuis plusieurs mois dans quelques nouvelles succursales de la Société, le concept a été intégré aux recherches sur SAQ.com au début de l’été. Depuis le weekend dernier, il a été lancé en grande pompe dans tout le réseau. La circulaire SAQ du mois est tout entière consacrée à ce nouveau concept, mettant l’accent sur une sélection de vins de chaque catégorie, et offrant même des coffrets dégustation pour tester, à l’aide de quatre petites bouteilles, la nature de chaque pastille. Ajoutons à ça un questionnaire en ligne pour trouver “votre” pastille, ainsi que des dégustations en succursale, et on voit vite que le monopole met le paquet pour positionner son concept.

(En passant, j’ai fait le questionnaire, pour les rouges, et le site m’a répondu “Vous êtes fruité et généreux”. Je prends le compliment, pour la générosité, mais je dois dire que je ne me suis jamais considéré comme fruité. Faudrait que je demande à ma blonde… Entéka.)

La bonne pastille pour le bon vin

Évidemment, si on veut que le système fonctionne, il faut que les vins désignés par une pastille correspondent vraiment au profil annoncé. Or, après avoir exploré un peu le répertoire offert, pas sûr que l’alignement est tout à fait bien réglé.

En regardant la circulaire de la SAQ claironnant l’arrivée généralisée des pastilles dans les succursales, je m’étais retrouvé assez sceptique devant le classement réservé au riesling McWilliams Hanwood Estate 2008, un des vins vedette de l’opération. La pastille? Fruité et doux.

Fruité et doux? Un riesling australien?

Dans la liste des vins classés Fruité et Doux (la pastille bleu oeuf de pigeon),  on retrouve des rieslings allemands, du chardonnay en cannette australien Billy Rock (qui est tellement fruité et doux qu’il en est même sucré), du pinot grigio californien, voire même du vin de glace L’Orpailleur. Pour tous ces vins, aucun mal à croire que le terme s’applique.

Mais un riesling australien, normalement, ça vous accueille avec une acidité saisissante, de la minéralité, des agrumes. Parfumé, oui. Fruité? Pas tellement. Doux? Pas pantoute.

Le McWilliams aurait-il été atypique? J’en ai acheté une bouteille, pour en avoir le coeur net. Et vous savez quoi, l’acidité aurait de quoi vous décaper les dents. Les parfums sont sur le zeste de lime et de citron, le fruit de la passion, la trame est serrée et minérale. Moi, j’adore ça. J’ai bu ça à grand soif, avec une tarte au fromage et à la courgette, l’acidité et le côté vif venant bien couper le gras des oeufs et du fromage.

Mes notes de dégustation rejoignent d’ailleurs celles de Julien Marchand et celles du Méchant Raisin sur le millésime 2006. Et celles de la maison McWilliams. Même celles de la SAQ mettent l’accent sur les agrumes, la minéralité et la nervosité. Il y a peut-être du sucre résiduel, mais si c’est le cas, on ne le sent pas du tout.

J’insiste, ce n’est pas un vin doux et le consommateur néophyte qui se fierait à la pastille pourrait être très surpris et potentiellement, voir ses attentes déçues.

Bref, on l’enverrait plus facilement vers la pastille jaune, celle des vins fruités et vifs, avec le riesling de Hugel, toujours bien sec et vif, et avec la plupart des chablis qui sont classés là. Si on avait besoin d’y faire de la place, on pourrait toujours échanger le Gros Manseng/Sauvignon blanc gascon d’Alain Brumont ou le San Vincenzo d’Anselmi, deux vins que je connais bien et qui m’apparaissent beaucoup plus proches du fruité et doux que le McWilliams.

Si le classement des rouges me semble généralement plus approprié, il y a là aussi des exceptions. Les Cahors et les primitivo iraient vraiment dans l’aromatique et souple plutôt que dans le fruité et généreux? Et ne pourrait-on pas dire l’inverse pour le Teroldego Mezzacorona ou le Proprietor’s Red de Jackson-Triggs (un vin qui n’est d’ailleurs pas vraiment de l’Ontario, mais fait à majorité de vins achetés en vrac à l’étranger et coupés d’eau, soit dit en passant)?

Bref, le système a clairement ses limites.

Loin de moi l’idée de le condamner intégralement. Je le répète, l’idée est bonne, pour un public non averti. Si ça permet à un plus grand nombre de gens de s’initier agréablement aux plaisirs du vin, je suis pour. Et je souhaite sincèrement que ce soit le cas.

Toutefois, pour que le système fonctionne, les choix doivent être véritablement fidèles à ce que la pastille promet. D’autant plus que les catégories ne sont peut-être pas tout à fait évidentes, au départ. Le registre allant de léger à corsé, par exemple, est décrit essentiellement, dans les explications audio-visuelles données par un conseiller virtuel, lors du questionnaire en ligne, comme étant un passage du moins au plus asséchant. Je comprends qu’on veut parler du caractère tannique des vins, mais un vin très corsé et puissant, s’il est bien fait, ne devrait rien avoir d’asséchant. Pas sûr que cette description est nécessairement une bonne pub pour les vins “aromatiques et charnus”.

Le consommateur, s’il peut se fier globalement aux catégories offertes, ne doit pas y aller totalement à l’aveuglette. À chacun de bien goûter les vins achetés à partir d’une catégorie, pour voir s’il correspond bien à ses goûts et à la description. Le vin est-il fruité et léger, par exemple? Peut-être bien, mais ses arômes, sa concentration, sa texture, ses tannins – bref, sa personnalité – devraient le différencier d’autres vins de la même catégorie. Et c’est en notant et en appréciant ces différences que l’on peut partir sur le chemin de la découverte pour laisser derrière soi les pastilles, au profit d’une appréciation plus personnelle et plus raffinée.

Allez, je vous laisse. J’ai justement envie d’un vin généreux, aromatique, souple et charnu…

Note de dégustation: Cornas Paul Jaboulet Aîné 1996 (prise 2)

Ça peut être agréable d’avoir deux bouteilles du même vin à la cave. Ne serait-ce que pour constater les différentes manières dont il peut se présenter. L’année dernière, j’avais écrit une première note de dégustation sur le Cornas 1996 de la maison Paul Jaboulet Aîné, que j’avais trouvé un brin réservé, bien que visiblement pas dépourvu de tonus.

La deuxième bouteille, ouverte il y a quelques jours, a donné une impression bien différente. Beaucoup plus expressif, le nez offrait des odeurs animales assez intense, rattrapées avec l’oxygénation par de très belles notes de réglisse, de cèdre, de café et un peu de baies noires. En bouche, ces éléments se retrouvaient dans un ensemble assez complexe, le café et le cèdre occupant toutefois plus de place, proportionnellement. Des parentés, donc, avec la dégustation précédente, mais dans un tout autre état d’esprit.

La bouche, bien qu’agréable, se montrait tout de même un brin mince. Combinée à la couleur aux reflets un peu orangés, tendait à montrer que le vin était plus près de la fin que de la jeunesse. Il tenait encore bien la route, sur des grillades, mais je n’aurais pas voulu attendre plus pour le déguster. Alors que les vins de Cornas avaient autrefois la réputation de s’ouvrir après une vingtaine d’années, celui-ci ne semble vraiment pas en mesure de vivre au-delà de vingt ans.

Remarquez, peut-être que les cuvées plus recherchées de Clape, Lemenicier, Mathieu Barret, Vincent Paris et autres vignerons renommés de l’appellation auraient plus d’endurance que cette cuvée “générique” réunissant des raisins provenant de diverses parcelles. J’attendrai encore un moment avant d’ouvrir le 1998 de Clape.

Déguster ce vin, soit dit en passant, est un acte empreint d’une certaine nostalgie, puisqu’il s’agit du dernier millésime supervisé par Gérard Jaboulet, qui avait donné une impulsion remarquable au domaine familial vieux de presque deux siècles. Son décès subit et prématuré, en 1997, avait visiblement suscité un certain désarroi au sein de la maison, dont les vins des quelques millésimes suivants avaient été assez mal reçus, la qualité n’étant plus la même, en particulier pour les cuvées les plus réputées du domaine, l’Hermitage La Chapelle en tête.

Cette dure période explique en bonne partie comment le domaine a pu en venir à être racheté par la famille Frey, propriétaire du Château La Lagune, à Bordeaux, et de la maison champenoise Billecart-Salmon. Quel effet ce changement de mains aura-t-il sur la maison rhodanienne? Elle lui a déjà permis un niveau d’investissement renouvelé. Pour le reste, laissons le temps au temps.

Vente aux enchères de vins fins sur Internet : la deuxième fois est la bonne

Le printemps dernier, j’avais écrit un billet sur une vente aux enchères organisée par l’Hôtel des encans de Montréal, avec la Société des alcools du Québec, pour le compte du propriétaire du restaurant Les Chenêts. Je m’étais posé quelques questions, à l’époque, sur la répartition un peu particulière des millésimes et des choix de vins, en me disant que le vendeur avait gardé plusieurs belles bouteilles par devers lui.

Et pour cause. C’est qu’à la lumière de la deuxième vente organisée par le même trio, on serait tenté de penser que la première vente était une sorte de test de marché. De 400, le nombre de lots est passé à 1200, la qualité des lots et le caractère exceptionnel des crus grimpant d’autant.

Cette fois, naviguer au travers des lots devient un véritable magasinage de rêve. Des Mouton-Rothschild de plusieurs millésimes, incluant celui dont l’étiquette a été peinte par Riopelle. Même chose pour les Yquem et pour un paquet d’autres solides liquoreux de Sauternes, ainsi que quelques lots de champagne qui montent facilement à la tête. Des vins du Domaine de la Romanée-Conti en formats et années diverses. Des châteauneuf-du-pape de haut vol, comme des Beaucastel d’une vingtaine d’années et quelques bouteilles du rare et exceptionnel Rayas. Sans compter d’autres vins moins chers mais tout aussi attrayants, comme le Moulin Touchais, le Pesquera ou le Farnito.

En prime, les lots sont de tailles variables, ce qui laisse la chance à des gens aux bourses moins bien garnies de rêver un peu – voire d’acheter un grand cru. Parfois, il y a une douzaine de bouteilles par lot, parfois une seule. Les plus riches pourront viser la dizaine de Mouton-Rothschild des années 80, mais un autre sera peut-être très heureux de mettre la main sur un lot comptant une seule bouteille de ce vin d’exception.

On trouve aussi de très vieilles bouteilles, avec un Lafite-Rothschild 1890 et un Calon-Ségur du légendaire millésime 1900. Dans d’autres cas, il faut toutefois se méfier. Le vin a beaucoup baissé, a pris des couleurs assez étonnantes et sera vraisemblablement très altéré. Dans ces cas, on voudrait la bouteille comme objet, plus que comme projet de dégustation.

D’ailleurs, voilà une question essentielle à se poser, si jamais vous voulez passer du rêve à la réalité. Pourquoi voudriez-vous un lot en particulier ? Pour le boire, ou simplement comme trophée ?

Le catalogue est en ligne maintenant. Les enchères s’ouvrent le 1er septembre et se poursuivent jusqu’au 10 septembre: la fermeture des lots se fera en trois temps, à partir du 8 septembre. Ça vous laisse le temps d’y penser.

EnRoute dans les vignobles canadiens

J’attendais impatiemment, depuis le printemps, la publication d’un article sur les vins canadiens dans EnRoute, le magazine distribué à bord des avions d’Air Canada. Et pour cause, puisque c’est un projet auquel j’ai travaillé dès le mois de janvier dernier.

L’article présente six producteurs de vins canadiens (et des notes de dégustation de cinq vins d’autres producteurs), Ad Mari Usque Ad Mare – soit deux de la Colombie-Britannique, deux de l’Ontario, un du Québec et un de la Nouvelle-Écosse. Le choix des producteurs n’était pas simple, avec plus de 400 vignobles en activité au Canada. Il permet toutefois de donner une petite idée de la diversité de la production viticole canadienne, qui en offre vraiment pour tous les goûts.

L’article m’a permis de découvrir quelques trésors insoupçonnés et encore méconnus du grand public, comme les vins mousseux de Nouvelle-Écosse (les plus proches du champagne qu’il m’ait été donné de goûter hors de la Champagne) ou encore les pinots et chardonnays de Prince Edward County, un vignoble en pleine croissance situé sur une péninsule au bord du lac Ontario, au sud-ouest de Kingston. Si j’avais déjà une idée du potentiel de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, ou du Niagara, en Ontario – et aussi des domaines les plus intéressants du Québec, j’ai pu constater avec plaisir que la production ne cesse de progresser partout au pays.

Encouragé par ce tour d’horizon, j’ai poursuivi mon chemin cet été en allant visiter des vignobles de Prince Edward County et du Niagara, dégustant plus de deux cents vins en quelques jours dans les caves et vignobles. La Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique auront aussi leur tour dans un avenir rapproché, je l’espère.

Les constats de ces visites ontariennes sont très positifs. Même si la production de Prince Edward County est inégale (les vignes y ont à peine dix ans), on y trouve déjà des vins d’une belle finesse et d’une personnalité très distinctive. Dans le Niagara, le nombre de vins de haut vol, reflétant la personnalité des divers terroirs de la péninsule, va en augmentant, grâce au travail assidu et créatif de domaines comme Tawse, Le Clos Jordanne, Southbrook, Ravine, Creekside, Malivoire, Hidden Bench et bien d’autres encore.

Le travail des meilleurs oenologues canadiens vise, avec une précision croissante, à livrer des vins qui correspondent aux particularités de chaque région, voire de chaque sous-région ou de chaque vignoble. Une perspective extrêmement stimulante, qui devrait livrer des cuvées de plus en plus intéressantes.

J’y reviendrai plus en détails au cours des prochains jours – je devais, logiquement, attendre la publication de l’article avant d’aller plus loin. Ma principale difficulté est de trier l’information et de parvenir à écrire tout ce que j’ai à dire sur les vins canadiens.

Une chose est sûre: elle est très, très loin, l’époque du Baby Duck…